Yeux bleus, cheveux blond aux mèches châtains, un sourire franc sur un visage en rectangle, Aaron Eckhart avait tout pour ressembler à une caricature, un cover boy de plus. Américain d'origine, 1m80, une allure droite, franche, presque sportive, il aurait pu passer inaperçu. Mais Aaron Eckhart a ce je ne sais quoi : non seulement chacun de ses traits achoppent sur les clichés, mais en plus il a ce charme qui séduit les filles prêtes à le suivre jusqu'au bout du monde, et les hommes pour qui il est un bel alter ego. Depuis le début des années 90, il a tourné à peine trente films, pas vraiment des chefs-d'œuvre, mais quelques titres non négligeables où à chaque fois, on ne l'oublie pas, qu'il soit une ordure cynique ou un tombeur, drôle ou émouvant, inquiétant ou égaré. Celui qui a vécu les premières années de sa vie entre l'Angleterre et l'Australie avant d'apprendre son métier d'acteur à la Brigham Toung University, commence par se faire connaître au théâtre à New York aux débuts des années 90, puis se fait remarquer au cinéma dans
En compagnie des hommes (1997) de son ami Neil La Bute.
Le film remporte une dizaine de prix, à Sundance, à Deauville. Aaron y tient le rôle principal, un cadre frustré décidé à se venger des femmes en compagnie d'un collègue. Une histoire de perversion maligne et déroutante où l'acteur excelle, on salue alors sa prestation. La Bute et Eckhart noueront alors une solide complicité artistique, ils se retrouveront dans le médiocre, aigri et ampoulé
Entre amis et voisins (1999) ;
Tumnble (2000), un court métrage ; l'inégal
Nurse Betty (2001), une satire des soap médical au concept original mais mal exploité ;
Possessions (2002), où l'élégance froide de l'auteur, un peu prétentieuse, se noie dans des intentions un peu trop grande pour lui, heureusement Eckhart brille, comme à chaque fois ; et enfin l'horrible
The Wicker Man (2006), remake insipide d'un classique du cinéma british des années 70, dans lequel il fait une petite apparition.
Thank you Aaron
Si La Bute lui apporte une caution d'auteur, assez discutable, le succès viendra par des œuvres moins confidentielles mais qui, généralement, démontrent sa volonté de collaborer avec des cinéastes renommés. Après avoir tourné avec
Oliver Stone dans le baroque et cocaïné
L'enfer du dimanche (1999), en 2000 on le remarque en boyfriend de
Julia Roberts dans
Erin Brockovich, seule contre tous, plus grand succès public de
Steven Soderbergh. L'année suivante, il côtoie
Jack Nicholson et
Benicio Del Toro dans
The Pledge (2001), thriller psychologique de Sean Penn ; en 2003, après
The Core (Jon Amiel), réponse fauchée et tardive à
Armageddon, il joue le bad guy de
Paycheck, relecture de
La Mort aux trousses inspirée de Philip K. Dick et réalisée par
John Woo. Il est aussi exceptionnel face à
Helena Bonham Carter dans
Conversation(s) avec une femme (Hans Canosa, 2005), film en split screen comme procédé de détourage du dialogue amoureux. Et génial encore, voire inoubliable, dans
Thank You for Smoking (Jason Reitman, Id), fable cynique sur les lobbyistes de l'industrie du tabac où il est plus fort que le film qui sans lui s'écroule.
Un an plus tard,
Brian De Palma lui confie l'un des rôles principaux de son adaptation de
James Ellroy,
Le Dahlia Noir (2006), film controversé, aplati, en morceaux, presque malade, mal reçu par une partie de la critique ainsi que du public, et pourtant non dénué de qualités. Suivront le tendre et romantique
Le Goût de la vie (Scott Hick, 2007), où avec la belle Catherine Zeta Jones il mélange amour et cuisine. Son charme est indiscutable. Puis
Bill (Bernie Goldmann & Melisa Wallack, Id), une comédie avec
Jessica Alba encore inédite où son sens de la comédie fait mouche. 2007 toujours, il est à l'affiche du premier film d'
Alan Ball, célèbre créateur de la série Six Feet Under :
Nothing is Private -présenté aux festivals de Toronto et à Sundance, le film sort à l'automne 2008 en France. L'année où Aaron Eckhart rejoint le casting de
The Dark Knight, nouvel épisode noir et spectaculaire des aventures de Batman selon
Christopher Nolan, dans lequel il joue le procureur Harvey Dent, alias Double Face.