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Arlette Varda Nationalité : française Naissance : 30 mai 1928 à Ixelles, Belgique Age : 81 ans Métiers : Réalisatrice, Photographe |
Au fil d'une filmographie où elle n'a cessé de filmer ses rencontres avec les autres, Agnès Varda est devenue un personnage phare et truculent des anciens de la Nouvelle Vague. Avec humour, intelligence et amitié, elle tourne inlassablement.
Plus d'un demi-siècle qu'Agnès Varda tourne, des courts, des longs, des essais, des documentaires, des fictions, on l'a même aperçue dans des expositions, pour des photographies et des installations. A 80 ans passés, elle reste d'une vitalité étonnante, insatiable curieuse tournée vers les autres, la rencontre, son grand sujet. Dernière figure mythique des prémisses de la Nouvelle Vague aux côtés d'Alain Resnais et Chris Marker, elle incarne cette génération venue chambouler les règles établies de la qualité française, presque par hasard pour elle qui, avant de tourner La Pointe courte en 1954, son premier film, n'a aucune notion technique et ne s'avoue guère très cinéphile. La Belge née d'un père grec et d'une mère française, enfuie avec sa famille à Sète durant la guerre, vient alors de la photographie, notamment pour Jean Vilar au TNP. Elle témoigne immédiatement d'une grande maîtrise des moyens du cinéma, de la caméra, du cadre, du montage (piloté par Resnais) et révèle un sens de la proximité, une certaine approche du réel où l'autobiographie n'est jamais très loin. Plus tard, grâce à Godard, son ami qui l'introduira auprès de Georges de Beauregard, producteur de la Nouvelle Vague, Varda tournera Cléo de 5 à 7, petit film moderne suivant pas à pas une jeune fille durant une journée où elle se croit malade. La forme est dans l'air du temps, fraîche, novatrice, le regard dans son époque, il deviendra un classique. Varda sera alors la fille de la bande et l'épouse de Jacques Demy, l'amour de sa vie, à qui elle rendra hommage avec Jacquot de Nantes et, quelques années après son décès, Les Demoiselles ont eu 25 ans.
Très tôt portée vers le court et le documentaire, elle est capable de changer une commande pour les châteaux de la Loire ou la Côte d'Azur en projet personnel (Ô Saisons, Ô châteaux ; La Cocotte d'Azur). Tout peut se transformer chez elle en film, elle est une cinéaste en mouvement, en parole, qui discute, commente, raconte, s'interroge, avec finesse, sensibilité, humour et intelligence. Exilée aux Etats-Unis pendant que Demy tente l'expérience hollywoodienne, le hasard d'une rencontre inopinée avec un prétendu oncle américain est l'occasion d'un film, Oncle Yaco, puis profitant de vivre à San Francisco alors en plein mouvement contestataire, elle consacre un documentaire aux Black Panthers. Elle s'était déjà envolée quelques années plus tôt à Cuba pour en ramener quantité de photos dont elle tira Salut les cubains, un titre qui en dit encore long sur sa vision du cinéma où l'autre est toujours au centre, avant la politique, ce qui ne l'a pas empêchée d'être militante en certaines occasions. Avec Daguerréotypes, qu'elle tourne dans sa rue, chez ses commerçants, pour ne pas s'éloigner de son fils (Matthieu Demy), elle rend hommage avec une beauté sereine à ces inconnus peuplant son quotidien. Plus tard dans Murs murs, elle s'intéresse aux murs peints de Los Angeles avec un mélange étonnant de réflexion, d'interprétation et de pédagogie ; puis dans la foulée elle tourne, toujours en Amérique, Documenteur, vraie-fausse fiction évoquant sa rupture passagère avec Demy. A chaque fois Varda s'introduit par divers moyens au sein même du dispositif, souvent par des interventions directes, des commentaires servant de contrepoints discursifs et réflexifs au film qui semble se construire sous nos yeux.
La force de ses essais, d'Ulysse, où à partir d'une photographie elle construit une réflexion sur le temps et l'Histoire, à Les glaneurs et les glaneuses, dans lequel elle s'intéresse avec pudeur et sensibilité aux quotidien des sans abris, témoignent toujours d'une limpidité et d'une acuité dans le regard n'empiétant jamais sur la construction théorique des films. Varda compte parmi ces cinéastes, à l'image de Marker, chez qui la complexité des œuvres réside dans leur absolue simplicité, un art de la concision, de l'à propos, du collage aussi, avec une caméra toujours à la bonne distance, dans un respect exact de l'autre. Elle a cette capacité à se mettre au centre de chaque projet avec un art funambulesque de l'intervention. Ses commentaires, avec cette voix si singulière qui deviendra sa marque, ne monopolisent pas le sens des images mais l'ouvrent ; chaque élément d'un projet, du tournage au montage, étant une occasion de multiplier les pistes avec une précision désinvolte évitant les contours définitifs du discours. Comme chez Godard, il y a chez elle un sens aigu des pouvoirs du cinéma, un talent d'analyste, une faculté à déployer dans la lumière les coutures de chaque projet, une certaine littéralité. Ses films sont une pensée ludique en construction, ils créent une complicité généreuse et amusée dont l'intelligence est le plus grand cadeau, car offert sans retenu et un souci de compréhension permanent. Rien n'est montré ou dit par hasard chez Varda, ou pour tirer profit des autres, d'une situation, faire semblant. Ses films sont consciencieux, rigoureux, clairs, leur mécanique transparente et rarement, sinon jamais, d'une prétention au-delà de leurs ambitions. Au pire Varda passe à côté de son sujet, s'embourbe un peu, à l'image des Cent et une nuit de Simon Cinéma, son plus grand échec.
En parallèle des essais qu'on dira « documentaires » pour aller vite, Varda a continué de tourner des fictions, plus rarement mais avec quelques réussites. Notamment Le bonheur, une variation sur l'impossibilité du triangle amoureux, prix Louis Delluc également récompensé à Berlin ; Les Créatures, une fable semi fantastique sur l'art et la vie avec Deneuve et Piccoli ; Kung Fu Master et Jane B. par Agnès V., deux projets avec Jane Birkin : l'histoire d'une femme mûre tombant amoureuse d'un adolescent et un film kaléidoscope sur l'actrice ; et surtout Sans toit ni loi avec Sandrine Bonnaire, récit âpre d'une marginale errant au fil d'une série de travellings à l'esthétique dépouillée. Enchaînant les courts et les essais depuis l'échec des Cent et une nuit de Simon Cinéma, un film hommage plein de stars, Varda tourne inlassablement, caméra au poing souvent. Son affection et sa fidélité à Demy dont l'absence pèse sur sa mémoire, l'ont poussée à entretenir l'œuvre de son amour défunt à travers différents projets comme L'univers de Jacques Demy, ainsi que la restauration de ses œuvres sur lesquelles elle veille avec la plus grande attention. Avec Ciné Tamaris, sa société de production, elle gère son patrimoine et continue de financer ses films. Les Plages d'Agnès, son dernier projet, une évocation autobiographique de son enfance en Belgique à aujourd'hui où elle est devenue grand-mère, pourrait résumer son œuvre à lui seul. Léger, pudique, drôle et parfois désinvolte ou surréaliste, elle raconte sa vie et surtout les rencontres qui ont jalonné son existence avec une élégance discrète à l'intelligence de chaque instant.
Jérôme Dittmar
| Collaborations | Jane Birkin, Catherine Deneuve, Jean Vilar, Alain Resnais, Philippe Noiret, Michel Piccoli, Sandrine Bonnaire, Anna Karina |
| Amis/Famille | Jean-Luc Godard, Jacques Demy |
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