Fermer

Agnès Varda


Agnès Varda en interview


Bonheur féroce


Un homme qui est amoureux de sa femme tombe amoureux d'une autre femme. Voilà comment Le Bonheur - Ours d'Argent au Festival de Berlin 1965 - peut-être brièvement résumé. Réalisé quatre ans avant mai 68, Agnès Varda revient sur un film-charnière, à l'occasion d'une série de projections à Paris.

Jeune, marié, père de deux adorables enfants, menuisier proche de la nature, François a tout pour être heureux. Mais, un jour, il s'éprend d'Emilie, guichetière dans une poste de banlieue parisienne. En toute bonne foi, François s'imagine dès lors que le bonheur ça s'additionne et le voilà qui trompe sa femme sans remords. Mais le bonheur s'effrite. Il faut découvrir cette œuvre d'Agnès Varda dans le cadre de la rétrospective que lui consacre jusqu'à fin septembre le Saint-André des Arts à Paris*. Quarante ans après son tournage, Agnès Varda évoque un Bonheur qui n'arrive jamais seul.

Fluctuat : À sa sortie en 1965, le film a été interdit aux mineurs et qualifié de « superbement choquant » par un critique. Pourquoi ?
Agnès Varda :
Il faut replacer les choses dans leur contexte. J'ai fait ce film en 1964, c'est-à-dire quatre ans avant Mai 68. C'était étonnant à cette époque d'oser des propos aussi déconnectés de toute idée de remords et d'adultère. Aujourd'hui, bien sûr, il n'y a pas une scène qu'on interdirait. Il y a une proposition « tranquille » qui est de dire, au fond, ce n'est pas anormal d'être attiré par une autre femme que la sienne. Le personnage principal, François, est un type qui additionne le bonheur. C'est un type plutôt sympa. Je me souviens que le film avait reçu un blâme de l'Eglise catholique et une recommandation de l'Eglise protestante...

Comment est née l'idée du film ?
À sa sortie, le film a eu un gros succès, en plus d'avoir choqué. Beaucoup de gens me demandaient si c'était personnel. Mais, comme je dis toujours s'agissant de Cléo de 5 à 7 : « Je ne suis pas grande, je ne suis pas blonde et je n'ai jamais eu la menace de cancer. » Là, je n'étais pas dans un truc de me dire : « Est-ce que mon homme a trouvé une autre petite brune etc., etc. ? » Ce n'était pas du tout ça. Heureusement pour nous, il y a un peu de champ libre, un peu d'imagination. Mais ce n'est pas l'imagination de l'histoire qui m'intéresse. C'est l'imagination du concept. Ce côté d'addition du bonheur sans remords. C'était ça qui m'intéressait. L'idée aussi que c'était un type auquel cette histoire pouvait arriver dans la mesure où ce n'était pas quelqu'un qui cherchait tellement la consommation. Il n'avait pas de frigo, il n'avait pas de bagnole, il travaillait l'artisanat du bois, ce qui est toujours beaucoup plus paisible que d'être dans une usine avec un syndicat. Il n'avait pas énormément de désir de possession parce qu'il était heureux avec sa femme et ses enfants et qu'il aimait la nature. J'avais mis des conditions sociales, psychologiques et environnementales de mon côté, pour que l'histoire soit éventuellement acceptable.

Thérèse, la femme de François, semble incarner un monde ancien de petit pavillon de banlieue, alors qu'Emilie, la maîtresse, incarne davantage la modernité d'une vie en HLM
La deuxième femme qu'il choisit fait partie d'un monde en devenir, du monde de ces nouvelles constructions. Elle a un prénom beaucoup plus moderne. En même temps, il y a quelque chose d'ancien et de traditionnel chez Emilie qui est la générosité des femmes. Par amour pour cet homme, elle se colle quand même les deux enfants. Elle s'en occupe, elle va les chercher à l'école, elle les baigne, elle les fait manger, elle les met au lit. Elle adopte deux enfants en bas âge par amour pour lui. Je trouve qu'elle est très courageuse. Elle pourrait dire, bon c'était bien une belle affaire, mais maintenant tu te débrouilles avec tes enfants. Mais je pense qu'il y a une générosité formidable qui, justement, n'est pas très moderne chez cette Emilie. Ce qui était aussi la marque de temps, c'est que chez leur oncle, ils ont une toute petite cabane, mais elle est au milieu des énormes immeubles de Créteil que l'on commençait à construire. C'était la fin d'une époque. Je sentais un peu ça.

Lorsque François découvre l'appartement d'Emilie, juste avant l'adultère, il y a des plans très rapides sur les détails du décor dans lequel vit la jeune femme comme lorsqu'on découvre un univers qui nous est inconnu et que l'on voudrait embrasser d'un seul coup d'œil. Pourquoi ce choix d'écriture cinématographique ?
C'est l'œil qui voit sans voir. Ce qui l'attire, c'est cette femme. Ce qu'il désire, c'est la regarder. Mais, il ne peut pas ne pas voir. Donc il voit juste un tout petit peu. C'est minimaliste. Il voit un peu d'un banc, il voit un peu d'une caisse, il voit un peu d'un bouquet. J'ai toujours essayé de trouver un langage de cinéma. De même lorsque François trouve Thérèse morte, il n'arrive pas à la ramasser. Il n'arrive pas à la réalité de prendre sous les épaules sa femme morte et par le montage répétitif, il recommence ce geste, alors que dans la réalité il ne l'a ramassée qu'une fois bien sûr. Mais c'est comme s'il bégayait avec ses gestes, comme quand on est ému. C'est ça que j'ai essayé de rendre.

Il y aussi tout un travail sur la couleur...
Là j'étais fière ! C'était mon premier long-métrage en couleurs. J'ai des vrais palettes, bleu, vert, rouge, des pique-niques d'été rouges, des couleurs d'automne. C'était un délice ça ! Je pouvais inventer l'histoire et la couleur de l'histoire. Je me suis régalée à le faire.

Le choix de la musique de Mozart ?
Mais oui, parce que c'est une certaine idée du bonheur justement. Une fausse idée facile. De même, eux sont un cliché. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont dans la nature, les enfants sont mignons. Ce sont des clichés du couple et du bonheur en famille. Et le bonheur de Mozart est un cliché. Parce que, particulièrement à la fin de sa vie, il a créé des choses très belles, mais, je ne sais pas pourquoi, ça pince le cœur. Et là c'est l'idée que ce bonheur pince un peu. Ça ne marche pas. Ça ne passe pas, quoi...

C'étaient la vraie femme et les vrais enfants de Jean-Claude Drouot qui joue François...
Oui, et d'ailleurs sa femme a eu un petit doute. Elle s'est demandé si ce n'était pas dangereux de jouer quelque chose où l'on raconte « mon couple en péril ». Mais c'était bien, ils ont aimé faire ça.

À l'époque, Jean-Claude Drouot était déjà célèbre ?
Oui. Je suis allée le voir tourner dans les bois de Rambouillet. Il était très connu pour... (Agnès Varda chantonne le générique de Thierry la Fronde)

Pour vous, il incarnait quelque chose en particulier ?
Non, pas du tout. Je ne le connaissais pas. J'avais vu un reportage dans un magazine où on le voyait avec sa femme et ses enfants. C'est ça qui m'a donné l'idée de tourner en famille.

L'idée du bonheur sur papier glacé ?
Bien sûr. Mais c'est surtout que je me suis dit qu'il avait une femme et des gosses qui feraient bien la farce !

Le Bonheur
Un film d'Agnès Varda
France, 1965
Avec Jean-Claude Drouot, Claire Drouot, Marie-France Boyer
Reprise au Saint-André des Arts (Paris) jusqu'à la fin septembre 2005

[Illustrations : Le Bonheur. Photos DR]

Laure Naimski .

* A signaler - Sont également programmés le mythique Cléo de 5 à 7 (1961), Daguerréotypes (1975 - documentaire sur la rue Daguerre où vit Agnès Varda) et quatre courts-métrages.

A lire sur Flu : - Chronique de l'expo L'île et elle d'Agnès Varda à la Fondation Cartier - Voir aussi les fils vidéo et art et cinéma sur De Visu, le blog expos et les fils réalisateur et documentaire sur Ecrans, le blog cinéma - Voir aussi la reprise en DVD de son film le bonheur (printemps 2006)

A voir également :

Jane Birkin
Jane Birkin
Alain Resnais
Alain Resnais
Jacques Demy
Jacques Demy
Philippe Noiret
Philippe Noiret
Anna Karina
Anna Karina
Jean Vilar
Jean Vilar

Les films de la semaine

Balles de feu, Bienvenue au cottage, Hancock, Kung Fu Panda, Le Bruit des gens autour, Le Voyage aux Pyrénées, Les Murs porteurs, Saturno contro, Short Film about the Indio Nacional, Une épopée

Les films de la semaine prochaine

Broken English, Fool Moon, Glory to the Filmmaker !, Harold et Kumar s'évadent de Guantanamo, Lake Tahoe, Les Grands s'allongent par terre, Les Proies, Max la menace, Nos 18 ans, Soit je meurs, soit je vais mieux, Souvenir, Spartatouille, The Unseeable, Un monde à nous, VHS Kahloucha, Voyage au centre de la Terre - 3D, Wanted : choisis ton destin

Personnalités cinéma

Nés aujourd'hui :

Tom Hanks

Tom Hanks /

L'abécédaire

 A   B   C   D   E   F   G   H   I   J   K   L   M   N   O   P   Q   R   S   T   U   V   W   X   Y   Z 

Afficher par : naissance / nationalité / métier

Les concours sur Fluctuat
Les Proies : des places de ciné à gagner Des maxis de Mangrove à gagner Les Promesses de l'ombre : des DVD à gagner
Les Proies : des places de ciné à gagner
Des maxis de Mangrove à gagner
Les Promesses de l'ombre : des DVD à gagner

Zoom sur

Mark WahlbergJohnnie ToAlain ChabatBouli LannersJean-Claude Van DammeScarlett JohanssonSean PennGeorge RomeroRamzy BediaFrères WachowskiMiou-Miou Alice Taglioni

Mark Wahlberg / Johnnie To / Alain Chabat / Bouli Lanners / Jean-Claude Van Damme / Scarlett Johansson / Sean Penn / George Romero / Ramzy Bedia / Frères Wachowski / Miou-Miou / Alice Taglioni

Encyclopédie Films

L'abécédaire

 A   B   C   D   E   F   G   H   I   J   K   L   M   N   O   P   Q   R   S   T   U   V   W   X   Y   Z 

Afficher les films par :

genres / nationalité / années de sortie

Les tags Cinéma

DVD james bond paris cinéma sélection officielle You tube acteur actrice adaptation cinéma d'animation bande annonce berlinale biopic blockbuster harry potter cinémathèque française classique du cinéma court métrage dailymotion documentaire films en salles expos ciné cinéma expérimental festival de cinéma festival de cannes aventures des films perdus hollywood mk2 musique au cinéma news cinéma pirates des caraibes films en production quinzaine des réalisateurs réalisateur sexe et cinéma short list cinéma sorties de la semaine super héros films en tournage webfilm
Sur le forum cinéma

- quizz Cinema ... Devinez le film.
- lego(re)
- quel film vous a fait pleuré?
- Si j'avais su j'aurais pa vnu: le film que...
- Comment graver un DVD ?

La newsletter