Célèbre visage des années 90 où sa carrière a explosé timidement, Alec Baldwin a toujours été un comédien prolifique. Malheureusement, entre des rôles de premier plan chez les plus grands auteurs hollywoodiens de son époque et des productions mainstream sans étoffe, son parcours est sinueux, hésitant, parfois ingrat. Deuxième d'une fratrie de comédiens (Daniel Baldwin, Stephen Baldwin et William Baldwin), il décide d'abandonner ses études de droit à la George Washington University pour se lancer dans l'art dramatique. Il rejoint ainsi la New York University pour étudier la comédie au Lee Strasberg Theatre Institute, où il est formé par Elaine Aiken et Geoffrey Horne. Tout en faisait quelques premières apparitions à la télévision dans des soap ou séries telles que The Doctors (1983), Côte Ouest (1984-1985) ou L'Amour en cavale (1985), il fait également ses débuts au théâtre à Broadway en 1986. Il continuera en parallèle de ses apparitions au cinéma ses activités théâtrales tout au long de sa carrière, en jouant notamment Serious Money, Macbeth et Un tramway nommé désir (aux côtés de Jessica Lange et James Gandolfini), dont la version télévisée lui rapporta un Emmy Award.
Homme de conviction qui a souvent fait entendre sa voix et ses intentions de se lancer dans la vie politique américaine : il n'a pas caché son mépris pour
Arnold Schwarzenegger comme sénateur de la Californie ; il a déclaré que si
Bush gagnait les élections ce serait peut-être une bonne occasion pour quitter les Etats-Unis ; il a taxé
Dick Cheney de terroriste ; il a comparé les élections de 2000 aux attentats du 11-Septembre, Alec Baldwin a régulièrement défrayer la chronique aux Etats-Unis pour ses opinions tranchées et vindicatives. Au cinéma, sa carrière débute avec
Forever Lulu (1987) d'Amos Kollek, cinéaste indépendant d'origine israélienne. Il ne tarde pas à apparaître ensuite régulièrement aux côtés d'acteurs ou d'auteurs confirmés ou en passe de le devenir. On le voit notamment chez
Tim Burton dans
Beetlejuice (1988) ; chez
Jonathan Demme aux côtés de
Michelle Pfeiffer dans
Veuve mais pas trop... (Id) ; chez
Mike Nichols en compagnon de
Mélanie Griffith dans
Working Girl (Id) ; dans le biopic du chanteur
Jerry Lee Lewis aux côtés de
Dennis Quaid dans
Great balls of fire (
Jim McBride, Id) ; et surtout dans son premier rôle principal, celui de Jack Ryan (que reprendra plus tard
Harrison Ford), dans
A la poursuite d'Octobre rouge (1990) du surdoué John McTiernan. Personnage qu'il accepte d'interpréter malgré
Steven Spielberg qui lui offrait un rôle dans
Always (1989), à raison puisque ce sera sans doute l'un des films les plus ratés de son auteur.
Love etc
Alec Baldwin entre donc dans les années 90 avec l'assurance de devenir l'un des nouveaux maîtres étalons d'Hollywood, imposant sa carrure et son style plutôt classique avec un mélange d'intelligence et de certitude nuancée. Après un passage dans le très beau
Alice de
Woody Allen (1990) avec
Mia Farrow, il fait la rencontre de
Kim Basinger sur
La chanteuse et le milliardaire (Jerry Rees, 1991). Le film ne sera pas un succès, mais il tombe amoureux de la comédienne alors au sommet de sa carrière. Baldwin épouse l'actrice en 1993, leur mariage durera sept ans, l'acteur en sortira abîmé. Ensemble ils tourneront un autre film,
Guet apens (Roger Donaldson, 1994), un mauvais remake du film de
Sam Peckinpah. Mais sa carrière durant les années 90 ne sera pas à la hauteur de ses espérances. Malgré quelques productions diverses au casting rutilant où il arrive parfois à s'imposer comme
Glenglarry Glen Ross (James Foley, 1992) avec
Al Pacino et Jack Lemmon,
Malice (Harold Becker, 1993) avec
Nicole Kidman, ou
Les fantômes du passé (
Rob Reiner, 1996), il tombe souvent dans les pièges de films bâclés par des tacherons sans talent. Il est ainsi le héros de
The Shadow (1994) du has been Russel Mulcahy, une adaptation de comics sans ampleur, ou encore l'anti-héros de
La jurée face à
Demi Moore (Brian Gibson, 1996). Un type de personnage antipathique dont il va se faire un moment la spécialité :
A couteaux tirés (
Lee Tamahori, 1997),
Code Mercury (Harold Becker, 1998), films sans grandes ambitions.
Dévasté par son divorce, Alec Baldwin commence à se perdre sérieusement dans des productions mineures où il fait parfois de la figuration. Sa carrière aux débuts des années 2000 commence à battre de l'aile, déjà bien entamée par une décennie qui ne lui a offerte aucun chef d'œuvre pouvant le hisser comme un acteur qui compte. Il accepte alors des petits rôles ou de s'égarer dans des nanars :
Séquences et conséquences (David Mamet, 2000),
Pearl Harbor (
Michael Bay, 2001),
Pluto Nash (Ron Underwood, 2002), mauvais
Eddie Murphy Movie,
Le Chat Chapeauté (Bob Welch, 2003), avec
Mike Myers,
Polly et moi (John Hamburg, 2004), comédie romantique avec
Ben Stiller et
Jennifer Aniston. On le voit aussi à la télévision ou au doublage de divers dessins animés :
Clerks (2000-2001),
Mes parrains sont magiques (2001),
Friends (2002),
NipTuck (2004) - on entend sa voix également chez
Wes Anderson dans
La Famille Tenenbaum (2001), preuve que certains auteurs n'ont pas oublié le charme de son empreinte vocale. Et puis Alec Baldwin fait son come back, par la petite porte mais remarqué. Il a pris du poids, sa voix est devenue plus rugueuse, plus rauque, comme abîmée par le whisky et la cigarette. Ses apparitions, mêmes courtes, en imposent :
Aviator et
Les Infiltrés (
Martin Scorsese, 2004 - 2005),
Rencontres à Elizabethtown (Cameron Crowe, 2005),
Raisons d'état (Robert de Niro, 2006). Il semble venir d'un autre temps, d'une autre époque, il apporte quelque chose de physique, une stature.
30 Rock, rocks !
Tout en continuant malgré tout à jouer pour des productions inégales :
Braqueurs amateurs (Dean Parisot, 2005),
Courir avec des ciseaux (
Ryan Murphy, 2006),
Une fille à la plage (Marc Klein, 2007),
Brooklyn Rules (Michael Corrente, Id), c'est surtout grâce à la télévision qu'Alec Baldwin doit son retour en force - à l'instar d'autres comédiens de sa trempe (
James Woods,
Martin Sheen...). Depuis 2006 il joue en effet dans la série déjà multi primée
30 Rock. Crée par
Tina Fey, le show relate la vie professionnelle et personnelle d'un groupe de personnages travaillant pour une émission télé dont les bureaux sont situés dans le Rockfeller Plaza à New York. L'acteur reçoit ainsi en 2007 plusieurs prix pour son interprétation, dont le Golden Globe du meilleur acteur dans une série comique. Ce qui ne l'empêche pas de continuer parallèlement sa carrière au cinéma puisqu'il joue également dans
My Best Friend's Girl (Howard Deutch, 2008) aux côtés de
Kate Hudson,
Lymelife (Derick et Steven Martini, Id),
My Sister's Keeper (
Nick Cassavetes, 2009) avec
Cameron Diaz, et
Solitary Birds (Carlos Bolado, Id).