D'origine chilienne, Alejandro Amenàbar est forcé de quitter son pays avec sa famille lorsqu'il a à peine un an pour fuir le coup d'état de Pinochet. Exilé en Espagne à Madrid, il sera d'abord tenté par des études scientifiques à la Faculté des Sciences et de l'Information à l'Université Complutense. Mais peu doué, il est obligé de changer de filière. Après une série d'échecs scolaires, il se tourne alors malgré lui vers le cinéma, où il va très vite faire ses preuves. A 20 ans il tourne son premier court-métrage,
Himenoptero (1992), déjà un thriller, à 23 ans son second,
Luna (1995), encore un thriller. Et comme il n'a pas froid aux yeux, à peine un an plus tard Amenabar se lance dans son premier long-métrage,
Tesis (1996). Présenté dans divers festivals, le film rafle les récompenses à n'en plus finir. Il fait le buzz et se transforme en peu de temps en succès commercial. Le cinéaste devient le jeune prodige du cinéma ibérique qui n'est connu que par les films d'Almodovar. Le film surfe alors sur le mythe à la peau dur des snuff movies tout en dévoilant un nouvel acteur au charme fou, Edouardo Noriega. Il n'en faut pas plus pour qu'Amenabar se transforme en surdoué, star montante qui va déflorer le cinéma de genre espagnol et ainsi mettre le feu au poudre : derrière lui, très vite, d'autres vont profiter de la brèche et enchaîner les thrillers et surtout les films d'horreur ou fantastiques.
Fort du triomphe de
Tesis, Amenabar récidive dans la foulée avec
Ouvre les yeux (1998), de nouveau avec Edouardo Noriega. Thriller encore, assez grossièrement expérimental avec sa structure éclatée tentant de naviguer entre rêve et réalité, le film devient l'un des plus gros succès du cinéma ibérique. Son plébiscite international ira même jusqu'à tellement séduire Hollywood qu'on y tournera un remake plutôt raté,
Vanilla Sky (Cameron Crowe, 2001) avec
Tom Cruise. Hollywood encore, vers où part, en toute logique, Amenabar pour son film suivant :
Les Autres (2001) avec
Nicole Kidman. Un film de fantôme romantique à twist où le cinéaste impose une ambiance triste et crépusculaire. Sur fond de religion et à partir d'un film structuré comme une cartographie mentale de son héroïne, il distille angoisse et anxiété, ménage ses effets, soigne son image, ses décors et sa musique qu'il compose depuis toujours, bref Amenabar séduit et réussit un réel tour de force salué par la critique et le public.
Il change ensuite complètement de registre avec
Mar adentro (2004), histoire (vraie attention) d'un tétraplégique qui coincé dans son corps et figé sur son lit demande qu'on l'euthanasie. Quoique salué et très récompensé (par un Oscar notamment), le wonder boy espagnol se plante lamentablement dans ce mélo pénible au sentimentalise pompier. Ici la mort n'est qu'un aboutissement du scénario, et le film qu'une lente agonie sous perfusion stylistique laborieuse où l'écran est notre seul supplice. Après ce succès pour les uns et cet insupportable nanar pour les autres, Amenabar disparaît. Alors qu'on le porte aux nus, plus de nouvelles. Ce laps de temps sera alors fatal. Aujourd'hui il apparaît bien désuet face à la concurrence massive des cinéastes espagnols qu'il a engendrée, et qui pourtant ne brille pas toujours par la qualité de leur cinéma. Amenabar apparaît désormais telle une baudruche qui un temps à provoqué l'emballement du public et de la critique avec des films qui ne survivent pas forcément au temps. Ce qu'il viendra peut-être contredire avec son nouveau film,
Agora (2009), un drame historique avec
Rachel Weisz.