Enième rejeton de la génération Starfix qui engendrera des revues comme Mad Movies, Alexandre Aja, fils d'
Alexandre Arcady (pour qui il a joué enfant), s'est fait connaître aux débuts des années 2000 en essayant, comme tant d'autres, d'imposer un certain cinéma de genre français. Nourri au film d'horreur américain des eighties et des seventies (les
Wes Craven,
Tobe Hooper,
George Romero, etc), il est très influencé par tout un courant qu'il tentera de dupliquer poliment, relisant ses classiques avec quelques pointes de modernité pour se distinguer et tenter d'imposer son style. Sa carrière au cinéma débute alors qu'il a à peine vingt ans avec le court-métrage
Over the Rainbow (1997), présenté à Cannes, puis un premier long métrage d'anticipation adapté d'un roman de
Julio Cortazar,
Furia (1999). Produit par son père, avec
Marion Cotillard et Stanislas Merhar,
Furia, film de science fiction aux velléités romanesques, sera un bide mais néanmoins salué par une partie de la critique, spécialisée notamment. Aja revient derrière la caméra en 2002 avec
Haute tension, toujours produit par papa. Il revisite cette fois le slasher : perdue dans la cambrousse,
Cécile de France est poursuivie par un Philippe Nahon, plus maniaque que jamais. Si la relative efficacité de la mise en scène arrive à créer son effet, le suspens pourri par la roublardise du scénario laisse entrevoir les limites du jeune réalisateur. D'autant que le film est d'une violence alors peu commune, et autant le dire, gratuite et complaisante. Le problème avec Aja, c'est qu'il n'a pas grande idée de ce qu'il filme, aucun recul sur ses images, mais il compense par une certaine maîrise technique qui à l'usure peut faire ses preuves.
Son film suivant, un remake de
La Colline a des yeux (2006) de
Wes Craven, tourné grâce à
Haute tension qui lui a servi de carte de visite à Hollywood, en a encore apporté la preuve. Le style et l'esthétique de ce survival au réalisme éprouvant et à nouveau très efficace font penser à un exercice vintage en quête d'effet maximal. Le talent maniériste d'Aja est certain, il est salué unanimement par la critique, mais son post-modernisme n'est que pure perte. Sa fascination pour la crasse et les chairs meurtries, la violence extrême, n'ont aucun contrepoint dialectique. Aja est plus proche du bis italien des années soixante-dix que des maîtres américains auxquels pourtant il se réfère -ce qui peut aussi se défendre, il a ses admirateurs. Ce cinéma d'horreur en forme de spectacle total plaît néanmoins à Hollywood, d'autant que les frenchies ont la côte. Co-écrit à nouveau par le vieux complice d'Aja, Grégory Levasseur, les deux hommes continuent donc leur carrière aux USA et se lancent dans
Mirrors (2008), un film d'horreur et un remake d'un film coréen (pas terrible) autour de mystérieux miroirs supposés révéler le pire en chacun de nous, avec Kiefer Sutherland dans le rôle principal. En projet également, Aja devrait tourner ensuite un remake de
Piranhas, le film culte de
Joe Dante, mais cette fois en 3D, mode oblige. Tant que les studios américains et leur public ne se seront pas lassés de ce renouveau horrifique (ce qui ne devrait pas tarder), la carrière d'Alexandre Aja semble avoir de beaux jours devant elle à Hollywood. A moins qu'il ne rebondisse vers d'autres genres, ce qu'on lui souhaite.