Andy Lau est l'une des stars les plus populaires en Chine et à Hong Kong, son nom est connu de tous. Chanteur adulé par des millions de fans, il est l'une des figures incontournables de la canto-pop avec son complice
Tony Leung. Plus connu en Occident pour ses talents d'acteur, il cumule derrière lui près de 140 apparitions au cinéma et à la télévision où il a fait ses débuts dès le milieu années 80. Il est la belle gueule par excellence, l'éternel lover aussi bien à l'aise dans des romances sirupeuses, des comédies bouffonnes, des films d'arts martiaux que des polars cérébraux ou stylisés. Bien avant que le public français ne le découvre chez
Wong Kar-Wai,
Johnnie To, Zhang Yimou ou dans
Infernal affairs, Andy Lau fait ses premiers pas comme comédien dans
Shanghai 13 (1981) de Chang Cheh, l'un des maîtres du Wu Xia Pian (cinéma d'arts martiaux), puis il intègre la TVB, une célèbre chaine de télévision hongkongaise où vers la fin des années 70 la plupart des génies du cinéma de l'ex colonie britannique font leurs armes (
Tsui Hark,
Johnnie To...). Il rencontre rapidement le succès dans différentes séries télé tout en menant parallèlement déjà sa carrière au cinéma : on le voit notamment dans
Boat People (
Passeport pour l'enfer, 1982), d'Ann Hui, l'une des rares réalisatrices et auteurs hongkongaises au sens occidental du terme.
Andy Lau the gambler, the lover, the star
Son visage ne laisse alors pas indifférent. Dès 1985, Andy Lau commence à enchaîner les tournages à un rendement quasi industriel, comme le cinéma de Hong Kong, qui va bientôt vivre son âge d'or, en a l'habitude. On le voit chez Eric Tsang dans
My Lucky Stars Go Places (1986), Wong Jing dans
Jade Crystal (Id), Corey Yuen dans
In the Blood (1987), puis dans quelques polars aux côtés de la superstar du moment, Chow Yun Fat :
Rich and Famous et
Tragic Hero (Taylor Wong, Id). En 1988 il croise la route du méconnu
Wong Kar Wai sur son premier film,
As Tears Go By, où il tient le rôle principal. Les deux hommes se retrouveront plus tard sur
Nos années sauvages (1990). Le film lance définitivement l'acteur, qui devient alors l'une des stars favorites du public. Il multiplie les tournages, allant jusqu'à cumuler en 1989 17 apparitions à l'écran la même année. Véritable stakhanoviste de la comédie, il s'essaye néanmoins à tous les genres et joue dans plusieurs grands succès du moment. Ainsi les films de gambling sera son genre de prédilection :
Casino Raiders et
God of Gamblers (
Les dieux du jeu, Wong Jing, 1989) avec
Chow Yun-Fat ; tout comme la comédie :
Romancing Star II (Id) ; le film de triades :
Long Arm of the Law 3 (Michael Mak, Id) ; l'action :
Bloody Brotherdood (Johnny Wang, Id) ; ou le drame criminel :
Island of Fire (Chu Yin-Ping, 1990) avec
Jackie Chan.
Les années 90 n'auront pas raison de lui ni de son activité : la côte d'Andy Lau ne cesse de grimper et il côtoie les cinéastes les plus célèbres et actifs du moment. En 1991 il tourne pour la première fois avec
Johnnie To dans le sympathique gambler movie revisité
Casino Raiders 2, il retrouve Eric Tsang sur
Succession par l'épée (1992), enchaîne sur
Moon Warriors pour Sammo Hung (Id), un Wu Xia Pian avec
Maggie Cheung. Fidèle à l'inénarrable Wong Jing, réalisateur capable du plus étonnant comme du pire, les deux hommes collaborent sur divers titres tels que
Casino Tycoon et
Casino Tycoon 2 (Id), toujours du gambling ;
Future Cops (1993), un joyeux mélange entre comédie, kung-fu et fantastique où Lau partage l'affiche avec le non moins célèbre
Simon Yam ; ou encore
The Sting 2 (Id), une comédie débile toujours sur fond de gambling. En 1995 il tourne pour
Ringo Lam, l'un des maîtres du polar hongkongais,
The Adventurers, une histoire de vengeance où il part à la recherche du meurtrier de sa famille. Il est également le héros de productions plus ambitieuses comme
Shanghai Grand (Poon Man-Kit, 1996), une saga mafieuse dans le Shanghai des années 30 ;
Island of Greed (Michael Mak, 1997), un film noir en forme de portait de la société taïwanaise ; et
A True Mob Story (Id), l'un des meilleurs films sur les triades et accessoirement le chef d'œuvre de son complice, l'infatigable Wong Jing.
Johnnie To et Infernal Affairs
Ces derniers films réussissent alors à l'imposer dans un registre plus dramatique et nuancé. Ce qui n'échappe pas à
Johnnie To qui en 1999 lui offre l'un des deux rôles principaux de l'un de ses chefs d'œuvre,
Running Out of Time - où il interprète avec élégance et sensibilité un voleur à qui il ne reste plus que quelques jours à vivre. Un film charnière pour le cinéaste et le comédien. Pour le premier parce qu'il va entamer une succession de joyaux qui vont enthousiasmer les cinéphiles du monde entier (il incarnera aussi la relève du cinéma hongkongais bientôt moribond) ; pour le second parce qu'il va trouver dans le réalisateur un nouveau complice l'imposant dans de nombreux succès aux box office. Il y aura désormais un tandem To/Lau qui va s'illustrer dans divers genres et faire le bonheur du public. Ainsi, si l'acteur continue de tourner ailleurs, le début des années 2000 est clairement placé sous l'hospice du cinéaste, notamment pour
Needing You (2000), une comédie romantique qui fait un triomphe en salles. Suivront d'autres comédies du nouvel an (un genre en soi) :
Love on Diet (2001),
Fat Choi Spirit (2002), ou encore la fabuleuse comédie romantique,
Yesterday Once More (2004), film qui clôt leur coopération. Mais la collaboration la plus fructueuse entre les deux hommes culminera avec le polar réflexif et comique
Fulltime killer (2001), et l'insituable
Running on Karma (2003), film concept et composite où il joue avec une prothèse transformant son corps en adepte du body building. Sans doute leur chef d'œuvre.
Les années 2000 seront aussi et surtout celles où Andy Lau affole les compteurs du box office hongkongais avec la trilogie
Infernal affairs d'
Andrew Lau et Alan Mak (2002/2003). Réunissant une pléthore de stars locales, le film devient un succès tel qu'il s'exporte partout dans le monde et que
Martin Scorsese en signe le remake (l'inégal
Les Infiltrés, 2006). L'acteur y tient sans doute le rôle dramatique de sa carrière, celui d'un mafieux infiltré dans la police de Hong Kong. Son alter ego inversé est joué par
Tony Leung, une autre star pour qui le mot glamour semble avoir été inventé. Le film le fait connaître auprès du grand public en Occident, à peu près au même moment où
Zhang Yimou l'emploie pour son Wu Xia Pian romantique,
Le Secret des poignards volants (2004). Par la suite, Andy Lau continue de mener sa carrière à raison de plusieurs films par an au sein d'une industrie qui a perdu toute sa créativité. On peut retenir toutefois le polar mafieux
La Voie de Jiang-Hu (Wong Ching-Po, Id) ; le drame guerrier
A Battle of Wits (Jacob Cheung, 2006) ; un autre film de guerre historique avec
Jet Li et Takeshi Kaneshiro,
Les Seigneurs de la guerre (Peter Chan, 2007), accessoirement une relecture de
Blood Brothers de Chang Cheh ; et le thriller sur fond de flic infiltré
Protégé (Derek Yee, 2007). A noter enfin qu'Andy Lau est l'auteur d'un documentaire remarqué autour du Sida,
Love Under the Sun (2003), et que depuis 1994 il est également producteur. On lui doit entres autres
Made in Hong-Kong de Fruit Chan (1997) et
Vagues invisibles de Pen-Ek Ratanaruang (2006).