Anouk Aimée, sa beauté et son mystère ont inspiré certains des plus grands cinéastes, de Jacques Demy à
Marco Bellocchio en passant par
Federico Fellini, et évidemment
Claude Lelouch qui la consacra aux côtés de
Jean-Louis Trintignant dans
Un homme et une femme (1966). Fille de comédiens, elle est repérée à l'âge de treize ans par le réalisateur Henri Calef qui lui propose un petit rôle dans
La Maison sous la mer sorti en 1947. Après avoir étudié la danse et le théâtre en France et en Angleterre, elle se voit confier son premier grand rôle dans
La Fleur de l'âge de Marcel Carné (1947). Bien que le film demeure inachevé,
Jacques Prévert décide l'année suivante d'en faire l'héroïne de ses
Amants de Vérone (1948) réalisé par André Cayatte. Le succès de ce drame romantique lance sa carrière en révélant sa présence lumineuse et son apparente fragilité.
De retour sur les terres britanniques, elle tourne
La Salamandre d'or (Ronald Neame, 1951), avant de prêter main-forte à son ami
Prévert en doublant le personnage féminin de merveilleux son dessin animé
La Bergère et le ramoneur (Paul Grimault, 1952). Grande voyageuse, elle multiplie par la suite les expériences à l'étranger, que ce soit en Allemagne, en Espagne ou aux Etats-Unis, en participant notamment à
L'Homme qui aimait regarder les trains (Harold French, 1952), d'après l'œuvre policière de
Georges Simenon, et au drame
Nina (Rudolf Jugert, 1956) dans lequel elle incarne le rôle-titre. En France, depuis
Le Rideau cramoisi (1953), son second court-métrage, Alexandre Astruc est envoûté par les charmes de la jeune actrice. C'est donc naturellement que le critique aux
Cahiers du cinéma lui propose de figurer au casting des
Mauvaises rencontres (1955) qui marquent son passage au long. Bientôt dirigée par Jacques Becker (
Les Amants de Montparnasse, 1958), George Franju (
La tête contre les murs, 1959) et
Jean-Pierre Mocky (
Les Dragueurs, id), elle continue pourtant de s'expatrier, surtout si les propositions sont hollywoodiennes, à l'image du
Voyage (Anatole Litvak, 1959).
En 1960,
La Dolce vita de
Federico Fellini marque un tournant dans sa carrière. Le maître italien pose un nouveau regard sur elle, effaçant l'innocence des débuts au profit d'une nouvelle image, celle d'une femme sensuelle, volontiers complexe. Ce que viendra confirmer l'année suivante son inoubliable interprétation de
Lola, la danseuse de cabaret de Jacques Demy. Installée désormais en Italie, l'actrice s'épanouit de nouveau au contact de
Huit et demi (1963), dans lequel elle incarne l'épouse névrosée de
Marcello Mastroianni, tout comme avec Robert Aldrich (
Sodome et Gomorrhe, 1962) et Alessandro Blassetti (
Le Coq du village, 1964). C'est à cette période que
Claude Lelouch fait appel à elle et à Trintignant afin de composer le couple intemporel d'
Un homme et une femme (1966). Sans aucun doute le plus beau film de son auteur, ceette histoire d'amour passionnée, d'une rare élégance, remporte un succès inespéré que vient récompenser une pléiade de prix prestigieux dont une Palme d'Or. Reposant entièrement sur l'émotion pudique que suscite son magnifique duo d'acteurs, Un homme et une femme immortalise à jamais la beauté troublante et énigmatique d'Anouk Aimée.
Après un nouvel exil, cette fois aux Etats-Unis où elle tourne successivement
Model Shop (
Jacques Demy, 1969), suite désabusée de
Lola, devenue strip-teaseuse à Los Angeles,
Le rendez-vous (Sidmey Lumet, id) et
Justine (
George Cukor, id), elle disparaît subitement des écrans de cinéma pendant près de sept ans, avant de réapparaître, aux côtés de
Catherine Deneuve, dans
Si c'était à refaire (1976) de
Lelouch. Depuis
Le Saut dans le vide (
Marco Bellocchio, 1980) et
La Tragédie d'un homme ridicule (
Bernardo Bertolucci, 1981), ses derniers grands rôles, l'actrice se fait de plus en plus rare, ne tournant principalement que pour son fidèle collaborateur,
Claude Lelouch (
Vive la vie ! 1984 ;
Un homme et une femme, vingt ans déjà, 1986 ;
Hommes, femmes : mode d'emploi, 1996), et au gré de ses envies, à l'instar des
Marmottes (Elie Chouraqui, 1993),
Prêt-à-Porter (
Robert Altman, 1994),
Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants (
Yvan Attal, 2004) ou
De particulier à particulier (Brice Cauvin, 2006).