En débarquant à Hollywood dans les années 90, Antonio Banderas s'est vite imposé comme le nouveau latin lover capable d'associer le charme suave et capiteux de ses racines ibériques à une décontraction exemplaire mais maîtrisée dans l'action. Beau et viril mais jamais vraiment macho, il incarne une sorte d'amant idéal hérité de la génération qui a survécu au franquisme et un pur fantasme venu des plus grandes heures du glamour hollywoodien. Il est à la fois très réel, moderne, et d'une autre époque, tout à la fois à l'aise dans les univers les plus décomplexés et délirants que la comédie ou la romance. Né à Malaga, son père était policier et sa mère enseignante. Comme beaucoup, il est élevé dans une école catholique dont il fuira plus tard l'endoctrinement. Au départ, le jeune Antonio se dirige vers une carrière de footballeur professionnel, mais une blessure au pied à l'âge de 14 ans l'oblige à reconsidérer son avenir. Il s'intéresse alors aux arts dramatiques après avoir assisté à une représentation de la comédie musicale
Hair. Le futur acteur se décide ainsi à prendre des cours de théâtre, à Malaga, où il fera ses débuts. On raconte notamment qu'il fût arrêté un jour pour avoir joué du Brecht dont le caractère subversif et politique n'était pas du goût de la police de Franco.
Dès 1981, Antonio part pour Madrid, là où les choses bougent davantage, où la vie culturelle est plus active. Il joue alors dans quelques pièces tout en travaillant comme serveur ou mannequin pour joindre les deux bouts. A 21 ans il intègre le Théâtre National d'Espagne, dont il est le plus jeune membre. C'est là qu'il est découvert par un jeune réalisateur en quête de nouveaux talents pour son second film,
Pedro Almodovar. Les deux hommes tournent ensemble
Le labyrinthe des passions (1982), leur première et déjà fructueuse collaboration. Ils vont briser les tabous, innover, provoquer, parler de sexe sans fausse pudeur, ils sont les enfants de la movida, ils veulent donner du souffle, un vent de liberté sur cette Espagne qui a trop longtemps vécu sous la botte du franquisme. Alors que la carrière de Banderas s'envole, qu'on le voit chez Pedro Costa dans
El Caso Almerio (1984), chez
Carlos Saura dans
Los Zancos (Id), chez José Luis Garcia Sanchez dans
La Corte de Faraon (1985), il devient l'acteur fétiche d'
Almodovar. On le voit dans
Matador (1986),
La Loi du désir (1987), où son rôle d'homosexuel fait scandale ; puis
Femmes au bord de la crise de nerfs (1988) et enfin
Attache-moi ! (1990), leur dernière collaboration.
Go West !
Banderas est alors une star en Espagne, il tourne plusieurs films par an. Il ne tarde pas à recevoir des propositions venues d'Hollywood et par Madonna qui rêve de le mettre dans son lit. On le voit ainsi dans
Les Mambo Kings (Arne Glimcher, 1992),
La Maison aux esprits, aux côtés de
Meryl Streep,
Glenn Close et
Jeremy Irons, et puis arrivent
Philadelphia (
Jonathan Demme, 1993), où il est très remarqué dans le rôle de l'amant de
Tom Hanks, et
Entretien avec un vampire (Neil Jordan, 1994),dans lequel malgré un rôle secondaire il fait forte impression. Pourtant, malgré la petite comédie romantique avec
Sarah Jessica Parker,
Miami Rhapsody (David Frankel, 1995), qui tente de lui offrir un peu la vedette, l'acteur reste encore cantonné aux seconds rôles. C'est alors qu'un jeune inconnu, adulé par le récemment starifié et palmé
Quentin Tarantino, vole à sa rescousse :
Robert Rodriguez. Le jeune réalisateur, qui n'a qu'au compteur un petit film d'action fauché autoproduit,
El Mariachi (1993), lui offre le rôle principal d'une version customisée et financée par les Américains de son film amateur :
Desperado (1995). Banderas s'impose immédiatement dans cet actionner débridé largement influencé par un
John Woo alors encore peu connu. Le cinéaste aux origines mexicaines et l'immigré espagnol nouent ainsi une solide amitié. On reverra Banderas dans plusieurs films de Rodriguez :
Four Rooms (Id), un film à sketchs, la délirante trilogie
Spy Kids (2001-2003) et
Il était une fois au Mexique Desperado 2 (2003).
Banderas s'installe alors à Hollywood comme si il y était né, quoiqu'il continuera de vivre dans son pays. Impressionné par son charisme dans
Desperado, les studios lui offrent naturellement des films d'action.
Assassins d'abord (
Richard Donner, 1995), écrit par les
frères Wachowski, puis, après un petit détour (enfin) aux côtés de
Madonna pour
Evita (
Alan Parker, 1996), il est la star du
Masque de Zorro (
Martin Campbell, 1998), tourné deux ans après son mariage avec l'actrice
Mélanie Griffith, qu'il a rencontrée sur la comédie
Two Much (
Fernando Trueba, 1995). Des noces qui l'auront fait prendre un peu ses distances avec le cinéma puisqu'il n'a rien tourné pendant deux ans. Son panache et son charme dans
Le Masque de Zorro aux côtés de Catherine Zeta Jones feront merveille, le film sera un succès qui connaîtra une suite un peu tardive et pas aussi bien accueillie,
La Légende de Zorro (
Martin Campbell, 2005). Quoique bien présent sur les écrans, la star connaît quelques échecs artistiques et commerciaux vers la fin des années 90.
Le 13ème Guerrier (1999), chef d'œuvre malade de John McTiernan est victime de ses coupes et de l'abandon de son réalisateur en cours de tournage (congédié par
Michael Crichton) ; le génial
Femme Fatale (2002) de
Brian de Palma est incompris même par certains de ses admirateurs ; et la situation ne s'arrange pas avec
Les adversaires (Ron Shelton, 1999) ou des navets tels que
Le Tombeau (Jonas McCord, 2001) ou
Ballistic (Wych Kaosayananda, 2002).
Baisse de régime
Au creux de la vague, Banderas passe alors à la réalisation avec
La Tête dans le carton à chapeaux (1999), dont il offre le rôle principal à
Mélanie Griffith. Si une partie de la critique salue poliment le jeune réalisateur, le film ne déplace pas les foules. Ni son deuxième essai,
Summer Rain (2006), tourné cette fois en Espagne et jamais distribué en France, mauvais signe. Le film d'animation des studios Dreamworks,
Shrek 2 (2004), où il double le fameux Chat Potté, le remet alors un peu en selle, mais sans pouvoir vraiment convaincre de nouveau ailleurs. On a vite oublié
Entrez dans la danse (Liz Frielander, 2006) ainsi que
Les Oubliées de Juarez (Gregory Nava, Id) ; et
My Mom's New Boyfriend (George Gallo, 2008), où il joue aux côtés de
Meg Ryan, peine à trouver acheteur pour être distribué. Toutefois Banderas continue de tenir à jour son agenda puisqu'il est attendu ou à l'écran dans
The Code (Id), un polar de Mimi Leder avec
Morgan Freeman ;
The Other Man (Richard Eyre, Id), un drame conjugal avec
Liam Neeson et
Laura Linney ;
Sin City 2 (
Frank Miller &
Robert Rodriguez, 2010) dont il devrait rejoindre le casting ; un quatrième épisode de Shrek,
Shrek 4 (Mike Mitchell, Id) ;
Puss in Boots (Id), un film d'animation consacré à son personnage dans Shrek ; et enfin
Memoirs of Hadrian (Id), une adaptation de
Marguerite Yourcenar par John Boorman.