Benoît Jacquot, cinéphile, intellectuel, débute très tôt au cinéma comme assistant. De Bernard Broderie d'abord, au milieu des années soixante, sur un film de la série
Angélique, puis, entre autres, de
Marguerite Duras (
Nathalie Grangier,
Indian Song), dont il conservera un temps l'influence : rigueur du cadre, sens de la durée, économie des plans. Réalisateur pour l'INA à ses débuts (
Jacques Lacan : La psychanalyse 1 & 2, 1974), il choisit d'adapter
Dostoïevski pour son passage au cinéma,
L'Assassin musicien (1975), bientôt suivi des
Enfants du placard (1981), où l'on distingue notamment son admiration pour
Fritz Lang. Dès ses premiers films on découvre un cinéaste exigeant, analytique, construisant des œuvres dépouillées, théoriques, austères, bressoniennes. Ses films ne touchent alors qu'un petit cénacle de critiques ou de spectateurs avertis. En 1981, bénéficiant d'un budget plus conséquent, il tente de toucher un plus large public avec une adaptation d'
Henry James,
Les ailes de la Colombe, un mélodrame vénitien avec
Isabelle Huppert qu'il assèche de toute forme de romantisme. A partir de 1982, Jacquot retourne travailler pour l'INA (
Une villa aux environs de New York, 1983), adapte un roman de James Gunn,
Corps et biens (1986), avec
Lambert Wilson, puis réadapte
Henry James en passant par la pièce de
Marguerite Duras pour
La Bête dans la jungle (1988, TV). Théâtre toujours avec l'adaptation télé d'
Elvire-Jouvet (Id, TV), puis cinéma à nouveau pour
Les Mendiants (Id), sur un scénario co-écrit par
Pascal Bonitzer. Sans grand succès.
Après des débuts discrets, Jacquot renaît en 1990 avec
La désenchantée, qui tout en révélant la jeune
Judith Godrèche, ouvre également la porte de ses portraits de jeunes filles qu'il prolongera avec
Virginie Ledoyen dans
La fille seule (1995) puis
Isild le Besco pour
A tout de suite (2004), actrice qu'il avait déjà révélé dans le nullissime
Sade (2000), et qu'il retrouvera pour
L'Intouchable (2006). La reconnaissance critique et publique du premier le remet alors en selle. En 1997 Jacquot obtient son premier succès commercial avec
Le Septième ciel, où il traite du couple sur fond d'hypnose. Enchaînant sur
Marianne (Id) de
Marivaux, il adapte Mishima pour
L'école de la chair (1998) avec
Isabelle Huppert et en compétition en Cannes. Théâtre toujours,
Marivaux encore, pour son essai,
La fausse suivante (2000), où il tente de réinventer les règles de la captation : on touche alors malgré la volonté de renouveler les enjeux esthétiques un certain académisme. Expérience et exercice de style qu'il prolonge ensuite avec l'opéra pour
Tosca (2001). Les actrices ou acteurs de tous bords se bousculant à sa porte, il fait tourner
Isabelle Adjani dans
Adolphe (2002), où il traite de l'un de ses sujets de prédilection, le sentiment amoureux. En 2006 avec
A tout de suite Jacquot fait délirer la critique : tourné en noir et blanc et en DV, avec une image de Caroline Champetier et une musique de Tangerine Dream, le film est encensé pour sa jeunesse, son audace et son étrangeté. Rarement l'auteur n'aura été aussi fédérateur.