Bernard Giraudeau a toujours été un bourlingueur, sans aucun doute un héritage familial de par son grand-père cap-hornier et son père militaire. Son enfance passée au port de La Palice l'incite à prendre la mer dès ses 16 ans. Il fait son apprentissage à l'Ecole des apprentis mécaniciens de la Marine nationale et sort premier de sa promotion l'année suivante. Après deux tours du monde et une multitude de petits jobs notamment dans la pub, il décide d'intégrer en 1970 le Conservatoire national. Auréolé des premiers prix en comédie classique et moderne, il ne tarde pas à faire ses débuts professionnels sur scène, puis sur le petit écran en apparaissant dans plusieurs séries et téléfilms.
En 1973, Sergio Solima et José Giovanni lui offrent ses premiers rôles cinématographiques dans
Poursuite implacable et
Deux hommes dans la ville dans lesquels il croise Oliver Reed et
Jean Gabin. Continuant de faire ses classes dans le genre policier, il enchaîne par la suite
Le Gitan (José Giovanni, 1975) et
Le Juge Fayard dit Le Shériff (Yves Boisset, 1977) avec
Patrick Dewaere dans le rôle-titre. Bientôt, ses grands yeux clairs et son sourire enjoleur l'aident à décrocher des seconds rôles dans des comédies populaires, à l'image de
Moi fleur bleue (Eric Le Hung, 1977) où il donne la réplique à
Jodie Foster,
Et la tendresse ?... Bordel ! (Patrick Schulman, 1979) et
La Boum (Claude Pinoteau, 1980). En 1981, le duo de bras cassés qu'il compose avec
Michel Blanc dans
Viens chez moi, j'habite chez une copine (
Patrice Leconte) l'installe définitivement au premier plan.
Loin de se satisfaire de son image de joli cœur, Giraudeau va par la suite se diriger vers des rôles nettement plus sombres où il va jouer à contre-emploi de son physique de séducteur.
Le grand pardon (
Alexandre Arcady, 1982),
Hécate (Daniel Schmid, id),
Rue Barbare (Gilles Béhat, 1984),
L'Année des méduses (
Christopher Frank, id) ou
Les longs manteaux (Gilles Béhat, 1986) le consacrent ainsi dans ce registre, volontiers trouble et violent, si à la mode durant les années 80. Autant à l'aise dans le film d'aventure que celui d'action comme en témoignent L
e Ruffian (1983) et
Les Spécialistes (1985) sur lesquels il retrouve de nouveau José Giovanni et
Patrice Leconte, Giraudeau s'essaye par la suite à la comédie loufoque avec
Vent de panique (Bernard Stora, 1987) et au thriller par l'entremise de
Poussière d'ange (Edouard Niermans, id), écrit par
Jacques Audiard.
Sur les conseils du cinéaste italien
Ettore Scola qui l'a dirigé dans
Passion d'amour (1981), l'acteur se lance en tant que réalisateur en 1989 avec
La Face de l'ogre (TV), puis un segment du film collectif
Contre l'oubli (1991) en faveur des prisonniers politiques. La même année, il signe
L'Autre, d'après le roman éponyme d'Andrée Chédid, un drame atypique nominé au César de la meilleure première œuvre. Tournant pour la télévision
Un été glacé (1992), il lui faut par la suite quatre ans avant de mettre en chantier
Les caprices d'un fleuve d'un fleuve (1996), un ambitieux film d'époque doublé d'une ode naïve à la tolérance où il se met en scène. Affecté par l'échec retentissant de ce projet qui lui tenait particulièrement à cœur, il se tourne alors vers le documentaire (
Esquisses philippines, TV, 2003), où avec davantage de simplicité, il tente de faire sa partager sa passion pour les contrées lointaines.
Ne délaissant pas pour autant sa vocation première de comédien, Giraudeau continue régulièrement de tourner, dirigé par Diane Kurys (
Après l'amour, 1992),
Nicole Garcia (
Le fils préférépréféré, 1996) ou
Patrice Leconte (
Ridicule, 1998). Plus que jamais ambigu et ironique dans
Une Affaire de goût de goût (Bernard Rapp, 2000),
Gouttes d'eau sur pierres brûlantes (
François Ozon, id),
La Petite Lili (
Claude Miller, 2003),
Ce jour-là (Raoul Ruiz, id) et
Je suis un assassin (Thomas Vincent) où il prend un malin et communicatif plaisir à jouer les manipulateurs, l'acteur s'est aussi récemment illustré dans le peu inspiré
Chok Dee (2005), le troisième long-métrage de Xavier Durringer.