Bigas Luna est l'auteur d'œuvre singulière, véritablement obsessionnelle, naviguant entre dérives sexuelles et névroses pathologiques. Après une formation en sciences économiques, il décide de suivre des cours de design et d'architecture intérieure qui le conduiront progressivement à s'intéresser aux techniques cinématographiques. En 1978, il se lance dans l'écriture et la réalisation de ses deux premiers courts-métrages,
Tatuaje et
Bilbao, dont l'univers fétichiste teinté d'humour est annonciateur de ses films à venir.
L'année suivante, pour son passage au long,
Caniche (1979), Luna poursuit naturellement dans cette veine sulfureuse et n'hésite à convoquer inceste et zoophilie afin de narrer la relation fusionnelle qu'entretiennent un frère et sa sœur. Exilé pour un temps aux Etats-Unis où il tourne le thriller fantastique
Reborn (1981) avec
Dennis Hopper, cinq années s'écoulent avant la sortie de
Lola (1986), un nouveau drame passionnel qu'il noue cette fois autour d'un triangle amoureux. Amateur de genre, Luna s'essaye par la suite, avec une certaine efficacité, au suspense horrifique avec
Angoisse (1987), avant d'évoquer les dangereux fantasmes et perversions auxquels se livre l'héroïne des
Vies de Loulou (1990).
En 1992,
Jambon, jambon lui apporte enfin une reconnaissance hors des frontières ibériques. Le succès critique et populaire que remporte cette comédie exubérante et sarcastique sur la lutte des sexes, portée par la toute jeune et brûlante
Penélope Cruz, lui permet alors d'enchaîner dans un même éclat avec
Macho (1993), dans lequel il érige
Javier Bardem en symbole phallique de la réussite. Ce qui ne sera malencontreusement pas le cas de son film suivant,
La lune et le téton (1994), une fable moderne sur la quête charnelle entrepris par un garçonnet obsédé par la poitrine féminine. Si sa participation au projet collectif
Lumière et compagnie (1995), conçu à la manière des vues des premiers temps, lui permet pour un temps de rebondir,
Bambola (1996) s'annonce un un nouvel échec, principalement en raison de la vacuité et de la lourdeur de ses propos artificiellement machistes et misogynes.
Retenant la leçon, Luna fait donc le choix de la romance pour sa prochaine réalisation,
La Femme de chambre du Titanic (1997), interprétée par
Romane Bohringer et Olivier Martinez. Mais, à l'instar de
Volavérunt (1999), pour lequel il retrouve
Penélope Cruz, et de
Son de mar (2001), cette dernière peine rééllement à convaincre, attestant ainsi de l'incapacité du cinéaste à se renouveler. Son dernier film,
Yo soy la Juani (2006), n'a d'ailleurs pas été distribué en France et témoigne une fois encore de la situation délicate dans laquelle l'espagnol se trouve actuellement.