Acteur de seconde zone errant depuis vingt ans passés dans le cinéma américain sans trouver ses marques malgré son talent, Bill Pullman doit ses rares moments de gloire à l'intervention providentielle d'une poignée de cinéastes l'ayant sorti du néant. Ancien professeur d'art dramatique, il fait ses débuts comme comédien au théâtre à New York et Los Angeles, avant de rentrer dans le movie business en 1986 avec
Y'a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? (Zucker-Abraham-Zucker) avec
Danny DeVito et Bette Midler. Poursuivant dans la comédie, il devient le héros de la parodie de
Star Wars selon Mel Brooks,
La Folle histoire de l'espace (1987) - un genre de personnage caricatural qui lui collera toujours à la peau. En 1988
Wes Craven lui donne malgré tout le rôle principal de
L'emprise des ténèbres, celui d'un anthropologue partant pour Haïti sur les traces des zombies et autres rites vaudou. Suivront ensuite plusieurs films oubliés :
Rocket Gibraltar (Daniel Petrie, 1988) avec Burt Lancaster ;
Lawrence Kasdan, 1989), pourtant plusieurs fois nominés aux Oscars ;
Going Under (Mark W. Travis, 1990), une comédie débile et parodique ;
Brain Dead (Adam Simon, Id), un thriller horrifique avec
Bill Paxton écrit par l'auteur de
La Quatrième dimension, Charles Beaumont ;
L'amour dans de beaux draps (Carl Reiner, Id), une comédie avec Kirstie Alley ;
Traumatismes (1991), un thriller de
Mike Figgis avec la divine et regrettée Kim Novak dans son dernier rôle ; ou encore
Newsies (
Kenny Ortega, 1992), un musical qui fait un flop en salles.
En 1992 Bill Pullman rejoint le casting d'
Une équipe hors du commun (Penny Marshall), comédie sportive avec
Tom Hanks,
Geena Davis et
Madonna : le film est un succès et l'acteur intègre enfin des productions plus ambitieuses. Il devient chirurgien esthétique face à Bridget Fonda dans
Singles pour Cameron Crowe (1992), puis donne la réplique à
Richard Gere et
Jodie Foster dans le drame sudiste
Sommersby (Jon Amiel, Id), remake du film français
Le Retour de Martin Guerre. Malheureux en amour dans la relecture bâclée d'
Elle et lui selon Nora Ephron,
Nuit blanche à Seattle (1993), avec
Tom Hanks et
Meg Ryan, il est professeur et amant de
Nicole Kidman pourchassé par
Alec Baldwin dans le thriller
Malice (Harold Becker, Id). Il multiplie alors les genres : comédie romantique avec
The Favor (Donald Petrie, 1994) et
L'amour à tout prix (John Turtletaub, 1995) ; thriller avec
Last seduction (
John Dahl, 1994) ; western pour
Wyatt Earp (Lawrence Kasdan, Id), aux côtés de
Kevin Costner et
Dennis Quaid. En 1996 il est l'inoubliable président américain va-t-en guerre de la série B blockbusterisée de
Roland Emmerich,
Independence Day. Un rôle intéressant, beaucoup dans la caricature et l'excès volontaire, mais toujours au premier degré pour mieux jouer sur une approche frontale et non décalée du personnage. Une véritable prémonition de George W. Bush.
Lost actor ?
En 1997 Bill Pullman décroche enfin le rôle de sa carrière, Fred Madison, le héros névrosé de
David Lynch pour
Lost Highway. Le réalisateur amoureux des acteurs de second plan joue avec sa plastique un peu fade pour mieux créer le trouble, et le film sera l'un de ses chefs d'œuvre. Après un passage chez
Wim Wenders dans
The End of Violence (1997) en producteur hollywoodien de films d'action, il devient détective aux côtés de
Ben Stiller dans le thriller
Zero Effect (Jake Kasdan (1998), puis affronte un crocodile géant dans la comédie horrifique
Lake Placid (
Steve Miner, 1999). Il est ensuite avocat pour
Claire Danes et
Kate Beckinsale dans
Brokedown Palace (Jonathan Kaplan, Id), agent de la CIA aux côtés d'
Irene Jacob dans
History Is Made at Night (Ilkka Järvi-Laturi, Id), ou encore empêtré dans une sale affaire d'assassinat avec
Le coupable (Anthony Waller, 2000). En 2001 il revient au théâtre et fait ses débuts à Broadway avec la pièce plusieurs fois récompensée,
The Goat, or Who is Sylvia? Il continuera par ailleurs cette carrière sur scène, tout en continuant d'apparaître au cinéma. En 2002 il joue le père de Kieran Culkin dans
Igby (Burt Steers), deux ans plus tard il est au générique du film de fantômes japonais américanisé
The Grudge (Takeshi Shimizu, 2004), puis de celui de
Dear Wendy (2005) du Danois Thomas Vinterberg. Après avoir tenté de sauver le monde de l'apocalypse dans la série
Révélations (Id), il s'égare dans une parodie du Village de Shyamalan pour
Scary Movie 4 (David Zucker, 2006).
En 2007
John Dahl lui propose de venir en aide à Ben Kingsley en tueur professionnel alcoolique dans le sympathique
You Kill Me. Sur quoi l'acteur enchaîne avec
Surveillance (2008), thriller de
Jennifer Chambers Lynch selon une structure à la
Rashomon d'
Akira Kurosawa. Un retour remarqué en tête d'affiche pour le comédien, oublié depuis un moment par le public et la critique. Parallèlement, Pullman tourne consécutivement deux films pour le réalisateur Randall Miller :
Nobel Son (2007), entre le thriller psychologique et la comédie, et
Bottle Shock (2008), une comédie œnologique inspirée d'une histoire vraie à propos d'un vin californien vainqueur de son concurrent français lors d'une compétition en 1976. Chaque film est interprété également par
Alan Rickman, et si le premier a enthousiasmé le festival de Tribeca à New York, le second a été largement célébré à Sundance. L'acteur trouve ici parmi ses meilleurs rôles depuis longtemps et semble se refaire une santé qui aurait de quoi relancer sa carrière, si chaque film n'oeuvrait pas dans le circuit parfois imprévisible du cinéma indépendant américain. Bill Pullman est enfin également attendu dans
Peacock (Michael Lander, 2009), un thriller avec Clilian Murphy,
Ellen Page et
Josh Brolin. A noter qu'en marge de ses activités de comédien, Pullman est auteur de théâtre, il a notamment écrit
Expedition 6, sa première pièce jouée au Magic Theater de San Francisco en 2007.