Pour aimer Billy Crystal, plusieurs conditions possibles : être américain, faire partie de la génération qui a grandit avec la comédie des golden eighties, ou bien vouer une affection aveugle pour l'un des comédiens les plus drôles et sympathiques de son époque. Juif new-yorkais d'origine, né d'un père exécutif et producteur pour des labels de disques spécialisés dans le jazz, il grandit et fait sa scolarité à Long Beach, à New York, avant de s'inscrire à la Marshall University, à Huntington, en Virginie, où il espère intégrer un programme lui permettant de jouer au base-ball, dont il est fan de père en fils. Malheureusement le programme est arrêté durant ses premières années de cours. Il rentre ensuite dans sa ville natale pour s'inscrire à l'Université de New York où il suivra des cours animés par
Martin Scorsese, puis au Nassau Community College.
Billy Crystal fait ses débuts comme comédien à la télévision où il ne tarde pas à s'imposer dans ce qui sera sa spécialité, des rôles comiques. En 1977, son interprétation d'un personnage gay dans la série
Soap (1977-1981) le rend rapidement populaire et lui permet d'obtenir son premier rôle au cinéma dans le navet
Rabbit Test (Joan Rivers, 1978). Il multiplie alors les apparitions dans des téléfilms ou séries telles que
La croisière s'amuse, on le voit rapidement dans le cultissime rockumentary
Spinal Tap (
Rob Reiner, 1984), puis grâce à la célèbre émission
Saturday Night Live, dans laquelle il joue dans 14 épisodes pour la saison 1984-1985, il devient une véritable star adoré du public.
Deux flics à Chicago, un classique
En 1986 il obtient enfin un rôle au cinéma à la hauteur de ses capacités :
Deux flics à Chicago (
Running Scared, Peter Hyams). Un buddy movie basique au scénario insignifiant et prévisible mais suffisamment improvisé pour laisser la voie ouverte aux punch line irrésistibles du comédien. L'alchimie entre Billy Crystal et Gregory Hines est parfaite, les vannes fusent, elles pleuvent, toujours drôles, senties, dans un mélange de douce ironie, d'humour vachard, d'auto dérision et de comique de situation au rythme effréné. Méconnu,
Deux flics à Chicago est un modèle du genre, il est inépuisable, c'est un classique dont on a perdu depuis la formule. Un an plus tard, Crystal rejoint le casting d'un autre classique des eighties, sympathique mais plus dispensable :
The Princess Bride (
Rob Reiner, 1987), une parodie de contes de fée, bien avant l'horrible et vulgaire
Shrek.
1987 toujours, Billy Crystal est choisi par Danny de Vito pour lui donner la réplique dans sa géniale relecture de
L'inconnu du nord express d'
Hitchcock,
Balance maman hors du train. Méconnu, encore, le film est également un classique, une comédie à la noirceur irrésistible, proche parfois de
L'emmerdeur, en mieux, avec des trouvailles de mise en scène digne des plus grandes heures du burlesque hollywoodien. Après
Memories of me (Henry Winkler, 1998), qu'il co-écrit, il accède enfin au rand de star internationale grâce au succès mondiale de
Quand Harry rencontre Sally (
Rob Reiner, 1989), qui (re)-lance la mode de la comédie romantique, avec
Meg Ryan si possible. Bien que Crystal restera inoubliable pour son interprétation, le film vieillira mal. C'est à cette même époque qu'il est choisi pour être le maître de cérémonie des Oscars, qu'il présentera en tout huit fois entre 1990 et 2004.
700 sundays
Après une courte pause de deux ans suite au succès du film de
Rob Reiner, il part à la conquête de l'Ouest entre potes dans le sympathique
La Vie, l'amour, les vaches (
City Slickers, Ron Underwood, 1991), comédie fraternelle drôle et émouvante sur fond de crise de la quarantaine. Jack Palance, dans un second rôle remportera un Oscar pour son interprétation. Le succès du film entraînera une suite,
L'or de Curly (Paul Weiland, 1994), nettement moins réussie. En 1992, déjà scénariste et producteur, il passe pour la première fois à la réalisation avec
Mr. Saturday Night, pour lequel il sera nominé aux Golden Globes malgré un succès mitigé. Trois ans plus tard, il réitère avec
Forget Paris (1995), une comédie romantique pleine d'intentions pas forcément réalisées. Face à cet accueil plutôt tiède, Billy Crystal arrêtera sa carrière de réalisateur pour revenir à la comédie. Il trouvera ainsi une place chez
Kenneth Branagh dans son
Hamlet (1996), s'égarera aux côtés du pénible
Robin Williams dans une adaptation américaine des
Compères de
Francis Veber,
Drôle de pères (
Ivan Reitman, 1997), puis trouvera enfin son meilleur rôle depuis longtemps grâce à
Woody Allen dans
Harry dans tous ses états (Id), où il joue un auteur célèbre en panne d'inspiration.
(Après un autre échec au box-office qu'il co-écrit,
Le Géant et Moi (Michael Lehmann, 1998), Billy Crystal retrouve les faveurs du public grâce au succès de
Mafia Blues (
Harold Ramis, 1999), où il est le psychiatre de
Robert de Niro, mafiosi notoire. Le film entraînera une suite un peu paresseuse,
Mafia blues 2 - la rechute (Id, 2002). Mais en entrant dans cette nouvelle décennie, l'acteur va se faire beaucoup plus discret, on ne le verra plus au cinéma sinon au doublage de quelques chefs d'œuvre :
Monstres et Cie (Pete Docter, 2001) et
Cars John Lasseter, 2006), ou encore la version américaine du
Château ambulant (2004) d'
Hayao Miyazaki. Absent du grand écran, le public new-yorkais peut le découvrir en 2005 à Broadway dans
700 Sundays, un one man show en deux actes où il évoque au fil de mille petites anecdotes et souvenirs ses parents et son enfance. Récompensé pour sa performance, il partira alors en tournée pendant deux ans à travers les Etats-Unis et l'Australie, tout un publiant un recueil adapté de sa pièce.