
Juste avant l'annonce des nominations aux César 2012, Alain Terzian (Président de l'Académie et Arts et Techniques du cinéma) a dévoilé ce matin le nom de la personnalité qui recevrait le 24 février prochain un César d'honneur. L'heureuse élue est ainsi l'actrice Kate Winslet, qui se verra remettre le trophée par Roman Polanski, qui l'a dirigée l'an dernier dans Carnage.
Véritable habituée des cérémonies, la comédienne britannique de 36 ans a déjà remporté deux BAFTA (dont un dès 1995 pour Raison et sentiments et sentiments), trois Golden Globes (le dernier il y a 15 jours pour son rôle dans la mini-série Mildred Pierce) et un Oscar (en 2009 pour The Reader). Parfaitement rompue au rythme et à l'esprit de ce type de manifestations, l'actrice aux 6 nominations aux Oscars pourrait apporter une salutaire touche de glamour et de décontraction, loin de l'ampoulage purement promotionnel dont se pare parfois le César d'honneur (remember Will Smith en 2005, qui était surtout venu vendre la sortie de Hitch - expert en séduction).
On espère que Kate Winslet donnera un aperçu de l'humour flegmatique dont elle est capable. Ceux qui ont vu la série Extras de Ricky Gervais se souviennent encore de l'incroyable moment où la comédienne affirme qu'elle tourne un film sur l'Holocauste dans l'unique but de gagner un Oscar.
La séquence était prémonitoire puisque, à peine 3 ans plus tard, Kate Winslet recevait un Oscar pour The Reader, film qui traite de l'Holocauste. Ricky Gervais lui fit remarquer avec malice cette curieuse coïncidence lors des Golden Globes 2009.
Dans la mesure où Antoine de Caunes (maître de cérémonie des César 2012) est loin d'être le Ricky Gervais français, on doute que le quart d'heure de gloire de Kate Winslet aux César 2012 sera du même acabit. Mais rien n'interdit de rêver.
- Lire aussi : Nominations aux César 2012 : les grands oubliés

Les nominations aux César 2012, dont la cérémonie se tiendra le 24 février, ont été dévoilées ce matin. Au sein d'une cuvée 2011 qui fut riche en triomphes publics et en succès critiques pour le cinéma français, les films les plus nommés sont Polisse (13 nominations), L'Exercice de l'Etat (11), The Artist (10) et Intouchables (9).
Comme chaque année, plusieurs choix surprennent et certains oubliés peuvent légitimement nourrir quelques regrets. Passage en revue des heureux élus et des malheureux vaincus de ces nominations 2012.
- Tomboy, L'Apollonide, Les Bien-aimés et Les Neiges du Kilimandjaro absents du Meilleur film
Désireux de se mettre en accord avec le box-office, les César ont nommé le carton Intouchables (18 millions d'entrées à ce jour) dans la catégorie du Meilleur film. Un choix discutable sur le plan cinématographique mais qui cadre avec la volonté nouvelle de l'Académie des Arts et Techniques du Cinéma d'honorer les comédies à succès (voir l'an passé les nominations de L'Arnacoeur). Pour la catégorie-reine, le film d'Eric Toledano et Olivier Nakache se retrouve ainsi entouré de six oeuvres qui étaient présentes au dernier Festival de Cannes : L'Exercice de l'Etat, La Guerre est déclarée, Le Havre, Pater, Polisse et The Artist.
Mais d'autres films vus sur la Croisette n'auraient pas volé leur place dans la catégorie du Meilleur film : L'Apollonide - souvenirs de la maison close (qui récolte par ailleurs huit nominations dans les catégories techniques et d'interprétation), Les Bien-Aimés (qui doit se contenter d'une nomination pour la meilleure musique) ou Les Neiges du Kilimandjaro (nommé une seule fois, avec Ariane Ascaride en Meilleure actrice) nous paraissent supérieurs au bourrin Polisse. Mais le plus grand oublié reste un film présenté lui au Festival de Berlin 2011 : Tomboy (photo ci-dessus), magnifique portrait d'une enfant de 10 ans signé Céline Sciamma, ne récolte aucune nomination. Le film présente pourtant d'innombrables qualités et aurait pu valoir à sa jeune interprète Zoé Héran une présence dans la catégorie Meilleur espoir féminin.
On remarque par contre la cohérence de la catégorie Meilleur réalisateur, qui retient les cinéastes des sept longs métrages nommés en Meilleur film, même si l'absence de Bertrand Bonello (réalisateur de L'Apollonide), qui a offert quelques-unes des plus envoûtantes séquences de l'année, demeure étrange.
- Le casting de Polisse sanctifié
On savait que Maïwenn était une bonne directrice d'acteurs, mais les César 2012 lui octroient quasiment le statut de génie en la matière, avec sept nommés pour Polisse dans les catégories d'interprétation. Karin Viard et Marina Foïs se retrouvent ainsi en Meilleure actrice, alors qu'elles auraient aussi bien pu se retrouver dans la catégorie second rôle féminin, vu leur temps de présence à l'écran. Mais les votants de l'Acédémie ont sans doute été impressionnés par la violente dispute au sujet de Facebook qui les oppose dans le film. Parmi les sept - nouveauté de l'édition 2012 - heureuses élues de la catégorie Meilleure actrice, on déplore en tout cas l'absence de Chiara Mastroianni, dont la prestation saississante de noirceur illuminait paradoxalement Les Bien-aimés, et celle de Catherine Deneuve qui trouvait son meilleur rôle depuis longtemps dans le même film de Christophe Honoré. On notera par ailleurs que la sélection de Karole Rocher en second rôle féminin (toujours pour Polisse) aurait parfaitement pu saluer sa performance dans Les Neiges du Kilimandjaro où l'actrice s'avérait, le temps d'une séquence, plus marquante que dans le film de Maïwenn. Egalement à l'affiche de Polisse, Naidra Ayadi figure elle dans la catégorie Meilleur espoir féminin, où la radieuse Lola Créton (Un amour de jeunesse) brille par son absence.
Côté masculin, pas de membres de Polisse dans la catégorie meilleur acteur, mais les trois champions médiatiques de l'année : Jean Dujardin (également nommé aux Oscars), et le duo Omar Sy-François Cluzet, qui a emmené Intouchables vers les sommets du box-office. La catégorie se colore d'ailleurs d'un parfum hollywoodien avec pas moins de trois rôles estampillés "personnage réel et histoire vraie" : Sami Bouajila (Omar Raddad) dans Omar m'a tuer, Philippe Torreton (Alain Marécaux) dans Présumé coupable, Denis Podalydès (Nicolas Sarkozy) dans La Conquête, sans compter que les deux héros d'Intouchables s'inspirent de l'histoire de Philippe Pozzo di Borgo et d'Abdel Sellou. Dommage qu'aient été exclus des comédiens à l'interprétation plus allégorique et fantaisiste comme Vincent Lindon (Pater), André Wilms (Le Havre) ou Jérémie Elkaïm, qui porte La Guerre est déclarée aux côtés de Valérie Donzelli (quant à elle nommée en Meilleure actrice). On retrouve dans la catégorie second rôle masculin l'outrageuse domination de Polisse avec les nominations de Joey Starr, Frédéric Pierrot et Nicolas Duvauchelle; les expérimentés Michel Blanc (L'Exercice de l'Etat) et Bernard Le Coq (pour son interprétation de Jacques Chirac dans La Conquête) se partagent les miettes.
- Donoma et The Tree of Life recalés
Dans la catégorie moins médiatisée du César du Meilleur premier film, on regrettera l'absence du formidable Donoma de Djinn Carrénard, pourtant lauréat du Prix Louis-Delluc 2011 du premier long métrage. Il faut dire que Donoma n'a pas eu la possibilité de financer les DVD nécessaires aux votants des César. Pas de trace non plus du prometteur Nos résistances de Romain Cogitore.
Enfin, contrairement au mou mais oscarisé Le Discours d'un roi, The Tree of Life, Palme d'Or à Cannes, ne figure pas parmi les sept nommés au Meilleur film étranger. Dommage également que les oeuvres de cinéastes européens majeurs, comme Le Cheval de Turin de Bela Tarr ou La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog, passent leur tour. Très apprécié par le public français, Drive se voit quant à lui nommé.
Voici les nominations des catégories majeures :
Meilleur film The Artist
La Guerre est déclarée
L'Exercice de l'Etat
Intouchables
Polisse
Le Havre
Pater
Meilleur réalisateur
Michel Hazanavicius pour The Artist
Maïwenn pour Polisse
Valérie Donzelli pour La Guerre est déclarée
Alain Cavalier pour Pater
Eric Toledano et Olivier Nakache pour Intouchables
Aki Kaurismaki pour Le Havre
Pierre Schoeller pour L'Exercice de l'Etat
Meilleure actrice
Ariane Ascaride dans Les Neiges du Kilimandjaro
Bérénice Béjo dans The Artist
Leïla Bekhti dans La Source des femmes
Marie Gillain dans Toutes nos envies
Valérie Donzelli dans La Guerre est déclarée
Marina Foïs dans Polisse
Karin Viard dans Polisse
Meilleur acteur
Omar Sy dans Intouchables
François Cluzet dans Intouchables
Jean Dujardin dans The Artist
Sami Bouajila dans Omar m'a tuer
Olivier Gourmet dans L'Exercice de l'Etat
Philippe Torreton dans Présumé coupable
Denis Podalydès dans La Conquête
Meilleur second rôle féminin
Zabou Breitman dans L'Exercice de l'Etat
Anne Le Ny dans Intouchables
Noémie Lvovsky dans L'Apollonide, souvenirs de la maison close
Carmen Maura dans Les femmes du 6e étage
Karole Rocher dans Polisse
Meilleur second rôle masculin
Michel Blanc dans L'Exercice de l'Etat
Nicolas Duvauchelle dans Polisse
Joey Starr dans Polisse
Bernard Le Coq dans La Conquête
Frédéric Pierrot dans Polisse
Meilleur premier film
17 filles
Angèle et Tony
Le Cochon de Gaza
La Délicatesse
My Little Princess
Meilleur film étranger
Incendies
Une Séparation
Le Gamin au vélo
Black Swan
Drive
Le Discours d'un roi
Melancholia
Voir la liste complète des nominations aux César 2012
Bande-annonce de Tomboy :
Lire aussi : César 2011 : Et les grands oubliés sont...

Librement inspiré du livre Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, le nouveau film de Tony Gatlif, Indignados, sortira en France le 7 mars.
Le réalisateur de Gadjo Dilo, Exils et Liberté explique que l'idée du film a germé dans son esprit en juillet 2010, lorsqu'il a entendu le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, relayé ensuite par différents membres du gouvernement français qui stigmatisaient les Tsiganes. Après avoir lu Indignez-vous ! et rencontré son auteur Stephane Hessel, Tony Gatlif a ressenti la nécessité de développer le concept d'"insurrection pacifique".
Au centre d'Indignados figure Betty, une jeune clandestine africaine qui "représente tous les indésirables en Europe". Lorsqu'elle se retrouve soudain au milieu du mouvement des Indignés, elle découvre une crise dont elle n'imaginait pas l'ampleur.
Présenté comme le "témoignage fictionné du temps du réel", Indignados a dévoilé sa bande-annonce, qui montre des images d'Espagne et de Grèce en arborant des slogans tels que Nos mains sont nos armes, Peuple pris au piège, Stop au nouvel ordre mondial ou Aucune personne n'est illégale. Tony Gatlif reste par ailleurs fidèle à son goût de la musique et de la danse pour capter l'énergie d'une Europe révoltée.
Notons qu'Indignados sera présenté en février dans la section Panorama du 62ème Festival de Berlin.

Mise en ligne il y a maintenant une semaine, la vidéo finale du projet Star Wars Uncut a déjà été vue 1,5 million de fois sur YouTube.
Dès 2009, les créateurs du Star Wars Uncut ont découpé Star Wars : Episode 4 - Un Nouvel espoir en 473 fragments de 15 secondes et invité les fans à les refilmer dans le style de leur choix. En août 2010, toutes les séquences avaient été tournées, mais ce n'est que le 18 janvier 2012 qu'un montage bout-à-bout, d'une durée de 123 minutes, est apparu sur YouTube et Vimeo. Comme on peut le lire sur le site de la BBC, un tel projet montre "le pouvoir qu'a le web d'impliquer les gens dans un travail collectif".
Si la démarche de Casey Pugh, le créateur de Star Wars Uncut, est à saluer, que vaut le résultat final ? Pour en avoir le coeur net, nous avons regardé les 2 heures de ce Star Wars Uncut : Director's Cut.
Le montage frappe d'abord par sa fluidité. Malgré la diversité des formats (animation, prises de vues réelles, pixel art, hommage au muet ou figurines de LEGO), la fidélité à la narration de George Lucas offre une solide cohérence, appuyée par la musique originale de John Williams. Passées les web jokes du début (le fameux A long time ago, in a galaxy far far away est tapé sur Twitter avant que de faux commentaires d'internautes ne suivent le texte introductif), ce Star Wars Uncut : Director's Cut recrée sans peine le plaisir du récit mythologique, si l'on fait abstraction des quelques inévitables fautes de goût.
La multiplicité des idées, des voix et des visages donne en outre l'impression d'assister au cri d'amour ultime de la communauté Star Wars. Les héros de la saga peuvent ainsi changer d'apparence au cours d'une même séquence, ce qui illustre joliment le goût de la communication incessante entre fans.
Dans cette ode à la métamorphose et à la transmission, on voit par ailleurs apparaître le Woody de Toy Story, Homer Simpson ou Indiana Jones. Des références à Kill Bill et au Septième Sceau sont également présentes, tout comme des allusions à des films qui citaient eux-mêmes Star Wars (Dodgeball et son imposante Princesse Leia). Véritable fantasme de film suédé, Star Wars Uncut : Director's Cut marque le triomphe de la superposition filmique et de l'échange entre imaginaires.
Voici donc le montage de 123 minutes, pierre finale du Star Wars Uncut :
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Star Wars : le tour du monde en affiches

Le réalisateur grec Theo Angelopoulos est décédé mardi 24 janvier dans un hôpital d'Athènes, après avoir été renversé par un motard. Le cinéaste de 76 ans était en train de tourner son nouveau film, L'Autre mer.
Retour sur la carrière d'un grand artiste, multi-récompensé à Cannes, qui laisse derrière lui une oeuvre majestueuse.
- Les jeunes années
Après des études de droit à Athènes puis des études littéraires à La Sorbonne, Theo Angelopoulos intègre l'IDHEC (ex-FEMIS) en 1962, d'où il est renvoyé pour "non conformisme". Devenu entre temps un proche du réalisateur et ethnologue Jean Rouch, le jeune homme revient en Grèce et travaille comme critique cinématographique pour le quotidien Demokratiki Allaghi de 1964 à avril 1967 (date du coup d'Etat des Colonels).
En 1970, Angelopoulos réalise son premier long métrage, La Reconstitution, qui pose les bases de l'œuvre à venir. A partir d'un fait divers, l'assassinat d'un émigré grec à son retour d'Allemagne par sa femme et l'amant de cette dernière, le cinéaste se livre à une véritable enquête sociologique, déjà très empreinte de formalisme.
- La trilogie grecque
Théo Angelopoulos se lance ensuite dans une vaste trilogie dédiée à l'histoire contemporaine de son pays : Jours de 36 (1972), Le Voyage des Comédiens (1975) et Les Chasseurs (1977) interrogent, dans la lignée dialectique de Brecht, la mémoire collective de la Grèce. D'une extrême exigence stylistique et narrative, passant notamment par l'usage récurrent de plans-séquences, la non-linéarité chronologique ou le refus de toute psychologisation, ces films très engagés ravissent la presse (le deuxième reçoit le Prix de la Critique à Cannes).
Extrait du Voyage des comédiens :
- Les chefs d'oeuvre avec Tonino Guerra
Après le documentaire Athènes, Retour à l'Acropole (TV, 1983), Angelopoulos commence à collaborer avec le poète et scénariste italien Tonino Guerra. Ensemble, ils vont signer pas moins de huit films : Voyage à Cythère (1984), L'Apiculteur (1986), Paysage dans le brouillard (1988), Le Pas suspendu de la cigogne (1991), Le Regard d'Ulysse (1995), L'Eternité et un jour (1998), Eleni : La Terre qui pleure (2004) et La Poussière du temps (2008). Cette écriture à quatre mains entraîne l'oeuvre du cinéaste vers une somptueuse introspection, mais ne l'empêche pas de poursuivre son examen critique de la Grèce contemporaine tout en abordant de manière récurrente les thématiques de la frontière et du retour.
Extrait de Paysage dans le brouillard :
Les quêtes identitaires narrées par Angelopoulos et Guerra se doublent d'une perte de repères, à l'image de la saisissante odyssée balkanique d'Harvey Keitel dans Le Regard d'Ulysse, qui remporte le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 1995. Déçu de voir le Underground d'Emir Kusturica lui passer devant, Theo Angelopoulos ne cache pas sa déception dans un discours aussi court que mémorable : "J'avais préparé un speech pour la Palme d'Or. Je l'ai oublié maintenant. Je vous remercie pour votre accueil".
Le réalisateur recevra finalement la Palme d'Or en 1998, avec L'Eternité et un jour.
En 2004, Angelopoulos et Guerra entament un nouveau triptyque historique. Eminemment tragique, Eleni, en dépit de sa monumentale beauté, semble crouler sous le poids de sa lourdeur théorique et sa rigidité démonstrative. Le deuxième volet, La Poussière du temps, reste lui inédit en France, malgré les présences de Willem Dafoe, Irène Jacob et Michel Piccoli.
C'est en plein tournage du troisième volet, L'Autre mer, que Theo Angelopoulos a trouvé la mort. Le film devait évoquer la faillite de l'Europe, "un rêve qui s'est effondré très rapidement ", selon les mots du cinéaste.
Cet immense réalisateur a également participé à trois films collectifs : Lumière et compagnie (1995), Chacun son cinéma (2007) et Mundo Invisivel (2011).

Alors que les nominations aux Oscars 2012 viennent d'être annoncées, la bataille entre studios hollywoodiens ne fait que commencer. Faisant figure de favori avec ses 10 nominations et ses 3 Golden Globes déjà obtenus, le film français The Artist - qui ressort demain dans l'Hexagone - risque d'être la cible de ses concurrents dans la lutte qui va se dérouler en coulisse d'ici au 26 février, date de la cérémonie.
Voici donc 5 coups bas auxquels The Artist et Harvey Weinstein - qui gère la campagne du film pour les Oscars - pourraient faire face.
1) Révéler la misogynie cachée de Dujardin et Hazanavicius
Pour les votants américains, The Artist incarne l'élégance française. Mais combien sont-ils à savoir que Jean Dujardin et Michel Hazanavicius, acteur et réalisateur du film, ont également participé aux Infidèles, comédie à sketches qui sortira en France le 29 février ? Consacré à l'infidélité masculine, le film arbore une campagne d'affichage qui respire le machisme. Faire circuler abondamment à Hollywood la bande-annonce et les affiches des Infidèles écornerait dès lors l'image glamour que véhiculent les Français de The Artist.

2) Lancer l'idée que le triomphe de The Artist marquerait la mort de la langue anglaise
Si The Artist remporte les principaux Oscars 2012, une mode des films muets pourrait alors sévir à Hollywood. Mais la multiplication des films sans parole porterait un grand coup à l'influence de la langue anglaise dans le monde. Surtout qu'il n'y a plus besoin d'acteur sachant parler anglais pour vendre un film muet sur les plateaux télé, mais simplement d'un Jean Dujardin qui imite le chameau. Trop menaçante pour l'hégémonie anglo-saxonne, la victoire de The Artist pourrait donc être combattue.
3) Déclencher la colère d'Anonymous
Dans une interview au JDD, Michel Hazanavicius a déclaré que le coup de filet opéré contre les dirigeants de Megaupload était une bonne chose. Si cette prise de position cadre bien avec l'opinion des grands studios hollywoodiens, les esprits les plus pervers pourraient attirer sur ces propos l'attention des hacktivistes d'Anonymous, qui se sont révoltés contre la fermeture de Megaupload. Anonymous piraterait alors les votes en s'infiltrant dans les ordinateurs de l'Académie des Oscars. A la surprise générale, The Artist repartirait sans aucun prix, tandis que le mièvre La Couleur des sentiments ferait un triomphe.
4) Marteler que le nom du réalisateur est trop compliqué à prononcer
Si certains cinéphiles français ont mis longtemps à réussir la prononciation du nom de Michel Hazanavicius, que dire des Américains qui écorchent systématiquement le nom du réalisateur d'OSS 117 ? La pluie d'Oscars qui s'abattrait sur The Artist pousserait nécessairement nombre de stars et de journalistes hollywoodiens à se ridiculiser dans les médias et les soirées mondaines. Mieux vaut donc éviter l'humiliation orale, comme le signale cette affiche détournée.

5) Accuser le film de ne pas être assez populaire
Selon Michel Hazanavicius, un film muet propose «un langage universel, une expérience sensuelle, comme la musique ou les peintures». Mais si The Artist se targue d'universalité, sa démarche n'a pas séduit tous les publics. Les adversaires du film s'appuieraient ainsi sur l'exemple de ces spectateurs de Liverpool qui ont demandé à être remboursés, surpris de se retrouver face à une oeuvre muette en noir et blanc. Trop enfermé dans un hommage au cinéma d'antan, trop cérébral et trop autiste pour un public avide de divertissement : voilà les ultimes angles d'attaque que pourraient choisir les as du lobbying.
Le cinéma hollywoodien est décidément trop fort. Alors que la fermeture par le FBI du site Megaupload alimente l'actualité depuis 4 jours, on remarque que plusieurs films actuellement à l'affiche rejouent à leur manière cette affaire sans précédent dans l'histoire du web.
En ce mois de janvier 2012, chacun des protagonistes du feuilleton Megaupload trouve ainsi une forme d'incarnation sur les écrans. Portrait en 3 volets.
Le FBI - J. Edgar

Après une enquête de près d'un an, le FBI a arrêté jeudi 19 janvier quatre responsables de Megaupload - dont le grand fondateur Kim Schmitz - et fait fermer le site. Accusés de "gérer une entreprise internationale de crime organisé, responsable de piratage à grande échelle de fichiers sous droits d’auteur", les captifs ne vont pas être relâchés de sitôt par le FBI, qu'on n'avait plus vu au coeur de l'actualité internationale depuis un petit bout de temps.
Ce rôle-charnière du FBI intervient au moment où le film consacré par Clint Eastwood à J. Edgar Hoover est visible en salles. Directeur du FBI pendant 48 ans, l'homme aurait sans doute apprécié le coup de filet opéré la semaine dernière, lui qui est présenté dans le film comme obsédé par la notion de moralité. On imagine cependant que les agents qui ont arrêté Kim Schmitz entretiennent un rapport légèrement moins nevrosé à la mère que le J. Edgar interprété par Leonardo DiCaprio.
Les pirates - Lisbeth Salander, Millenium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

On l'aura compris, l'ennemi affirmé du FBI et du gouvernement américain, c'est le piratage, pris dans un sens large. Au centre de la bataille se trouve ainsi la loi SOPA (Stop Online Piracy Act). Et en termes de pirate informatique, la Lisbeth Salander de Millenium se pose là. Dans cette adaptation par David Fincher du roman de Stieg Larsson, le personnage pénètre les pores du polar comme on craque un code informatique et détourne le film vers la romance 2.0. Dans la peau de cette "femme fatale omnisciente et trop libre pour un monde asphyxié par les vices et les conventions", Rooney Mara brille de mille feux, offrant une des plus belles représentations cinématographiques de la figure de hacker.

Dès l'annonce de la fermeture de Megaupload, les hacktivistes d’Anonymous ont bloqué l’accès à plusieurs sites, dont ceux du Ministère américain de la Justice, du FBI, d'Universal, de CBS ou d’Hadopi. Réseau qui se trouve au centre de la naissante guerre numérique, Anonymous n'a évidemment presque rien à voir avec le film du même nom consacré au mystère de l'identité de William Shakespeare.
Il n'empêche que cette oeuvre sortie le 4 janvier met en scène un complot qui vise à pousser le peuple à l'insurrection. Film à dimension politique où il est question de la maîtrise du monde par l'homme, Anonymous est réalisé par Roland Emmerich, cinéaste qui utilise ici la manière forte pour raconter son histoire. Voilà au moins un point commun avec les hacktivistes d'Anonymous qui n'ont pas pris de pincettes pour déclarer la guerre à leurs ennemis.
Si la simultanéité de ces sorties n'est qu'une coïncidence et qu'aucun des films concernés ne traite directement de l'affaire Megaupload, on reste admiratif devant cette capacité du cinéma à humer l'air du temps.
En ce qui concerne la guerre numérique, la référence ultime reste toutefois Matrix : 13 ans après sa sortie, le film des frères Wachowski a rarement semblé autant d'actualité. Le monologue final de Keanu Reeves constitue à ce titre une autre façon de décrypter la mort de Megaupload.

A la tête d'une filmographie en dents de scie dont il est parfois difficile de dégager une cohérence, Matthew McConaughey vient de revenir à ses premières amours en reprenant son cultissime rôle de David Wooderson dans Génération Rebelle (1993).
Pour les besoins d'un clip (Synthesizers de Butch Walker And The Black Widows), l'acteur de 42 ans a en effet revêtu son pantalon rose et son t-shirt blanc pour un nouveau tour de danse. Attachant branleur qui traîne avec des étudiants plus jeunes que lui et drague tout ce qui bouge, Dave Wooderson reste le protagoniste le plus adulé de Génération Rebelle (Dazed and Confused), comédie de Richard Linklater qui réunissait également les jeunes Ben Affleck, Milla Jovovich et Renée Zellweger.
Parfaitement à l'aise dans la peau du personnage qui l'a lancé au cinéma il y a 20 ans, Matthew McConaughey n'a pas pris une ride. Le résultat donne une irrésistible pêche, qui semble rimer pour le comédien avec seconde jeunesse.
Pour mémoire, voici un extrait de Génération Rebelle :
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
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