Evitons les superlatifs, qui effraient plus qu’ils ne séduisent. Parce que
Clint Eastwood n’en a plus besoin. Et parce que
Mémoire de nos pères (illus. gche), loin d'être un simple film sur la guerre (
la reconstitution de la bataille d’Iwo Jima n’occupe d’ailleurs qu’une petite partie du film), parle avant tout du relativisme de toute chose. Humblement, simplement, et néanmoins avec une maîtrise de la mise en scène et du montage qui laisse pantois. Chez lui, les héros n’existent pas, les hommes sont prisonniers de machines politiques et guerrières qui les écrasent, et seuls comptent les liens d’amitié et de la filiation. Liens que le cinéma se charge de rejouer avec le spectateur. Eastwood est donc un humaniste, et ça se sent dans chaque seconde de son film.
Humaniste,
Azur et Asmar (illus.cent.), conte sur la nécessaire tolérance entre les peuples, tente aussi de l’être. mais c’est avant tout par ses images virtuelles qu’il nous touche. Loin des modes et du naturalisme,
Michel Ocelot creuse son sillon, et comme Eastwood, sans plastronner, affirme son assurance et son talent.
Voici deux créateurs qui, par delà les âges (Eastwood a 76 ans !), s’expriment avec toute la vigueur et la sagesse de leur art. Ce qui est loin d’être le cas d’
Aki Kaurismaki.
Les Lumières des faubourg (illus. dte), sans être poussif loin de là, ressemble à son créateur. Placide, un peu je m’en foutiste, mais à l’humour à froid qui fait souvent mouche. Loin du cynisme ambiant, il fait malgré tout du bien de s’y laisser embarquer.
Autres sorties :
Poltergay (la comédie débile de la semaine, avec acteurs à la dérive et spectres homos),
Alex Rider : Stormbreaker (
James Bond version ado),
Last kiss,
La Balade des éléphants (pour amateurs d’animaux savants et bavards),
Flicka (pour amateurs d’animaux savants qui ont la bonté de ne pas parler),
Le Saltimanque,
Nuremberg, les nazis face à leurs crimes. Après cette litanie, signalons tout de même
La Californie, le premier film de
Jacques Fieschi. Très décrié, il n’a pas fait l’unanimité à
Fluctuat. Mais il cherche un ton original qu’il parvient parfois à trouver. A voir donc, par curiosité, et pour
Nathalie Baye. Et
Là-bas, parce qu’un documentaire de Chantal Ackerman, c’est toujours un moment d’intelligence dans un désert médiatique.