Je pense à vous : cru mineur Coincé entre les prix littéraires et le début de l’hiver, est arrivé le nouveau Bonitzer. Je pense à vous dit son titre trompeur. «…à vous», ce n’est pas nous, le public, semble-t-il. Alors, à qui pense vraiment Pascal Bonitzer en réalisant ce film ? Pas à ses acteurs non plus, nombreux et talentueux, mais dont les personnages sonnent un peu creux car trop légers, trop évanescents, voire caricaturaux. Ils ne sont pourtant pas à blâmer. Edouard Baer est drôle sans en faire trop, Hippolyte Girardot papillonne gaiement, et Géraldine Pailhas, superbe et touchante, tire son épingle du jeu avec charme et justesse, comme souvent. Non, il pense plutôt au milieu littéraire qu’il connaît si bien, à l’édition parisienne et ses petits secrets dont il se serait inspiré…peut-être. Cette démarche plutôt vaine et nombriliste aurait très bien pu être sauvée par des idées de mise en scène ou l’instauration d’un climat particulier. Rien de tout cela n’arrive hélas. Le rythme est bancal, alternant entre rebondissements exagérés et temps morts involontaires. La caméra semble posée au hasard, sans idée, se reposant sur la qualité de dialogues qui ne suffissent pas à cacher un certain vide. Difficile dans ces conditions, de s’intéresser aux chassés-croisés de ces «parisiens d’élite». Heureusement, quelques saillies verbales de qualité font naître un sourire : c’est maigre. Ne cachons pas notre déception : cette étrange collaboration, prometteuse sur le papier, entre Marina de Van, co-scénariste, et l’auteur de Petites coupures n’aboutit pas vraiment. A l’image de son précédent film, Pascal Bonitzer ne sait pas quel chemin choisir parmi les diverses pistes suggérées. Dommage, car l’inquiétante Marina de Van (Une robe d’été, de François Ozon; Dans ma peau) semblait ouvrir une voie, vite abandonnée, entre le fantastique et le démoniaque, qui titillait la curiosité. Le Bonitzer nouveau est donc un cru mineur…que l’on aurait cru meilleur. Il arrache des sourires, rares, mais n’étanche pas notre soif de cinéma, et à peine notre faim de mots. Je pense à vous Un film de Pascal Bonitzer, avec Edouard Baer, Charles Berling, Marina de Van, Hippolyte Girardot, Géraldine Pailhas Sortie en salles le 29 novembre 2006 CommentairesAjouter un commentaire |
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