La pudibonderie ayant fait feu du Picha, on pourra toujours chercher à cultiver le cinéma de l'absurde dans Les Fabuleuses Fabulettes, cinq courts animés qui donnent dans l'Oulipo pour tous. Et on ne perd pas au change puisque si Blanche-Neige, la suite fait surtout marrer pour l'outrage à la parentalité qu'il suscite, on n'ira plutôt chercher innovation et humour du côté de ce programme européen. A la manière du Collège Pataphysique en littérature ou des Filmistes associés côté ciné traditionnel, cinq fous d'anim' français, belge, allemand ou finlandais revisitent un thème donné - la fable - autour d'une contrainte : construire un film sans paroles.
L'exercice n'est pas sans hommage aux premières fables-cartoons de l'américain Paul Terry (à qui le Steamboat Willie de Disney et un certain Mickey doivent la vie), avec d'ailleurs un même goût pour les moralités incisives. On retrouve un air de Père Ubu chez les personnages de Terry (caricatures de la bien-pensance WASP) comme dans le bestiaire de nos compères, à l'image des oisillons de L'oiseau à réaction partis en guerre contre un «volatile» mécanique. Farces et satires se succèdent à un rythme effréné, bien qu'on se prenne à ralentir le temps pour apprécier la forme : du style comic strip de Lunolin, petit naturaliste à l'esthétique papier découpé des Trois Boucs. Morale de l'histoire : l'animation en Europe, en voilà un référendum favorable.
Fabuleuses Fabulettes
France / Belgique / Allemagne / Finlande, 2006 - 40mn
Sortie en salles le 7 février 2007