Il se nomme Brand Upon the Brain et il a eu droit a une projection spéciale a l'opéra de Berlin : le nouveau film de Guy Maddin confirme que son auteur est aujourd'hui enfin reconnu comme un cinéaste à part et pourtant de première catégorie. Il est toujours aussi délicieux de se plonger dans son univers en noir et blanc, à la fois cruel et rempli des tendres souvenirs de l'enfance. Méditation frénétique, limite épileptique, le style Maddin pratique à merveille l'oxymore : un passé tellement présent qu il semble voué a se répéter, un petit garcon qui découvre le désir avec une femme-garcon, une mère toute prête a dévorer les orphelins dont elle s'occupe... Chaque personnage révèle ses désirs les plus obscurs dans une transe de sensations et d'images fantasmagoriques. Le tourbillon dans lequel nous entraîne encore une fois le cinéaste, accompagné ici par la voix off d'Isabella Rossellini, nous offre le bonheur d une matière cinématographique retrouvée (le noir et blanc, le grain, le muet, les intertitres), d un sens de l'humour tordu et délirant, mais aussi son formidable sens de la narration, aussi experimental que parfaitement maîtrisé. Expériences aussi rares que les films de Lynch, ceux de Maddin enfoncent à coups de hache les portes de l'imaginaire, et en redessinent les contours. Un conteur de génie.
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