DTV : trois lettres d'avenir ?Posté par Jordan le 25.04.07 à 21:17
Hier soir, Jean-Pierre Mocky hurlait à la télévision. Le cinéma commercial squatte les salles et les distributeurs ne jurent que par des multiplexes qui manquent de place pour les auteurs, étouffés sous le pop-corn. La solution ? Mocky l'a trouvée, il sort ses films directement en DVD, sans frais de commercialisation. Mais le cinéaste ne s'en satisfait pas, à en juger par sa ridicule irritabilité. Avec ce business model il a pourtant pris, semble-t-il, un peu d'avance sur l'industrie cinématographique.
Plusieurs raisons peuvent expliquer une sortie DTV : la piètre qualité du film, le manque de soutien d'une chaîne de télévision, ou un contenu "particulier" (pornographique, trop violent, trop bizarre, ou les trois à la fois mais peut-être ne devriez vous pas louer celui-là !). Certains films peuvent aussi se voir imposer le DTV à cause de la surcharge du calendrier des sorties en salles. Un studio peut par exemple attendre, pour sortir un film, une date opportune qui n'arrive jamais. Une production peut aussi être accélérée pour profiter d'un effet de mode, d'une personnalité en vogue, et ne pas être finie à temps. On dit de ces films qu'ils ont sauté ("vaulted").
Ces dernières années, les DVDP (DVD Premiere, nouveau terme utilisé par l'industrie) sont devenus une source substantielle de revenus pour les studios. American Pie: Band Camp s'est ainsi vendu à un million d'exemplaires en une semaine. Certains DVDP ont des budgets conséquents (jusqu'à 20 millions de dollars, soit un tiers du coût moyen d'une production hollywoodienne), et des acteurs comme Jean-Claude Van Damme (bonus) ou Steven Seagal se sont spécialisés dans le DTV. De nombreuses compagnies ne produisent et distribuent que du DTV, avec des budgets plus serrés, mais générant des profits.
Certains producteurs tentent, en apparence, de rendre le DTV un peu plus attractif. Pour assurer un minimum de recettes à Return to the House on Haunted Hill, voué à une carrière disons discrète, Joel Silver a ainsi eu l'idée de rendre le spectateur maître du scénario. A la manière des livres dont vous êtes le héros, le DVD proposera plusieurs intrigues et quatre fins alternatives. Aujourd'hui, le marché du DVD génère plus de revenus que les salles de cinéma. Et la fréquentation de ces dernières souffre bien plus du piratage que les ventes de DVD. Pourquoi le DTV resterait-il dès lors un marché secondaire pour des produits usés, ou réservé à des sous-produits. L'industrie est probablement sur le point d'évoluer. Les blockbusters bénéficieront toujours d'une très large distribution dans les multiplexes. Le succès en salles des films-évènements dès leur première semaine d'exploitation prouve que les spectateurs sont toujours demandeurs sur un tel marché. Les films à petit budget, en revanche, vont progressivement se destiner à une distribution en DVD. Cette évolution suppose que l'image du DTV change, aux yeux des cinéastes, des producteurs et du public. Commentaires
De Philippe, posté le 26.04.07 à 03:50
![]() Félicitations Jordan! Voilà une analyse bien plus pertinente que les soubressauts et les sautes d'humeurs auxquelles j'ai pu assister sur France 2 hier soir. En tant que jeune cinéaste, je suis de très près l'évolution brumeuse de la distribution de films et tu viens de m'offrir un arc-en-ciel avec cet article. De Jordan, posté le 26.04.07 à 12:40 ![]() My pleasure ! "Un arc-en-ciel"... Ca me rappelle ce jour où Scarlett Johansson m'a confié que j'étais le soleil de sa vie... C'était un peu gênant. Back-congrats pour ton blog ! De tijeff, posté le 26.04.07 à 16:42 ![]() Article très intéressant, surtout pour les vidéastes je pense. Ajouter un commentaire |
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