DTV : trois lettres d'avenir ?

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Posté par Jordan le 25.04.07 à 21:17

Hier soir, Jean-Pierre Mocky hurlait à la télévision. Le cinéma commercial squatte les salles et les distributeurs ne jurent que par des multiplexes qui manquent de place pour les auteurs, étouffés sous le pop-corn. La solution ? Mocky l'a trouvée, il sort ses films directement en DVD, sans frais de commercialisation. Mais le cinéaste ne s'en satisfait pas, à en juger par sa ridicule irritabilité. Avec ce business model il a pourtant pris, semble-t-il, un peu d'avance sur l'industrie cinématographique.

Le sigle DTV (pour direct-to-video) désigne les films ne sortant pas en salles mais immédiatement en DVD, jadis en VHS, pour la location et l'achat. Leur qualité technique et artistique est généralement considérée comme très inférieure aux films sortant en salles. Et que celui (ou celle) qui ne s'est jamais retrouvé(e) un samedi soir, après avoir erré en vain dans les rayons de son vidéoclub, à louer un bon gros nanard vaguement horrifique (idéalement la suite d'un précédent nanard), me jette la première pierre...
Bon, aucun caillou à l'horizon, poursuivons !

Plusieurs raisons peuvent expliquer une sortie DTV : la piètre qualité du film, le manque de soutien d'une chaîne de télévision, ou un contenu "particulier" (pornographique, trop violent, trop bizarre, ou les trois à la fois mais peut-être ne devriez vous pas louer celui-là !). Certains films peuvent aussi se voir imposer le DTV à cause de la surcharge du calendrier des sorties en salles. Un studio peut par exemple attendre, pour sortir un film, une date opportune qui n'arrive jamais. Une production peut aussi être accélérée pour profiter d'un effet de mode, d'une personnalité en vogue, et ne pas être finie à temps. On dit de ces films qu'ils ont sauté ("vaulted").

Walt Disney a choisi de sortir des suites de ses dessins animés en DTV, depuis The Return of Jafar en 1994. Certains DVD de Bob l'éponge ou de séries diffusées sur Disney Channel, par exemple, contiennent des épisodes inédits à la télévision. Sont aussi de facto des sorties DTV les épisodes de séries annulées en cours de saison, faute d'audience.

Ces dernières années, les DVDP (DVD Premiere, nouveau terme utilisé par l'industrie) sont devenus une source substantielle de revenus pour les studios. American Pie: Band Camp s'est ainsi vendu à un million d'exemplaires en une semaine. Certains DVDP ont des budgets conséquents (jusqu'à 20 millions de dollars, soit un tiers du coût moyen d'une production hollywoodienne), et des acteurs comme Jean-Claude Van Damme (bonus) ou Steven Seagal se sont spécialisés dans le DTV. De nombreuses compagnies ne produisent et distribuent que du DTV, avec des budgets plus serrés, mais générant des profits.

Au Japon, le DTV est un mode de distribution bien vu de l'industrie et du public. Le V-Cinema donne plus de liberté aux cinéastes, avec des critères de restriction et de censure plus souples et sans le formatage qui s'impose aux films sortant en salles. Le peu de frais de commercialisation permet aussi aux producteurs de prendre plus de risques. Ainsi Takashi Miike, déjà célèbre, a réalisé plusieurs DVDP. La saga Ju-On (The Grudge) de Takashi Shimizu a également démarré en DTV.

Certains producteurs tentent, en apparence, de rendre le DTV un peu plus attractif. Pour assurer un minimum de recettes à Return to the House on Haunted Hill, voué à une carrière disons discrète, Joel Silver a ainsi eu l'idée de rendre le spectateur maître du scénario. A la manière des livres dont vous êtes le héros, le DVD proposera plusieurs intrigues et quatre fins alternatives.
Le DVD de Get Smarter: Bruce and Lloyd Out of Control, avec Masi Oka (Heroes) et Nate Torrence (Studio 60 on the Sunset Strip), sera disponible à la vente dix jours après la sortie en salles de Get Smart, dont il est le spin-off. L'histoire recoupera celle du film, en lui empruntant peut-être même quelques scènes. Considéré comme un contenu parallèle au long-métrage, ce DVD sera distribué par Warner Premiere, la nouvelle branche du studio dédiée au DTV. Mais ce n'est probablement qu'une façon lucrative de recycler des scènes coupées, un peu à la manière de Will Ferrell avec Wake up, Ron Burgundy, fausse suite du film Anchorman, the Legend of Ron Burgundy.
Il n'est pas certain que de telles initiatives rehaussent l'image du marché DTV. Il faudrait pour cela que soient distribués de bons films directement en DVD. Mais quand la qualité est au rendez-vous, une sortie en salles est programmée sur quelques écrans, uniquement afin d'éviter le label DTV, trop péjoratif.

Aujourd'hui, le marché du DVD génère plus de revenus que les salles de cinéma. Et la fréquentation de ces dernières souffre bien plus du piratage que les ventes de DVD. Pourquoi le DTV resterait-il dès lors un marché secondaire pour des produits usés, ou réservé à des sous-produits. L'industrie est probablement sur le point d'évoluer. Les blockbusters bénéficieront toujours d'une très large distribution dans les multiplexes. Le succès en salles des films-évènements dès leur première semaine d'exploitation prouve que les spectateurs sont toujours demandeurs sur un tel marché. Les films à petit budget, en revanche, vont progressivement se destiner à une distribution en DVD. Cette évolution suppose que l'image du DTV change, aux yeux des cinéastes, des producteurs et du public.

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De Philippe, posté le 26.04.07 à 03:50 Prévenir les modérateurs en cas d'abus Félicitations Jordan! Voilà une analyse bien plus pertinente que les soubressauts et les sautes d'humeurs auxquelles j'ai pu assister sur France 2 hier soir. En tant que jeune cinéaste, je suis de très près l'évolution brumeuse de la distribution de films et tu viens de m'offrir un arc-en-ciel avec cet article.
De Jordan, posté le 26.04.07 à 12:40 Prévenir les modérateurs en cas d'abus My pleasure !
"Un arc-en-ciel"... Ca me rappelle ce jour où Scarlett Johansson m'a confié que j'étais le soleil de sa vie... C'était un peu gênant.
Back-congrats pour ton blog !
De tijeff, posté le 26.04.07 à 16:42 Prévenir les modérateurs en cas d'abus Article très intéressant, surtout pour les vidéastes je pense.

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