Un film où il ne se passe rien ou si peu. Où un geste futile, comme il y en a tant chaque jour, peut provoquer la pire des catastrophes. Un film où le temps s’égrène, immuable, sans que l’on saisisse clairement où veut nous emmener le réalisateur.
On suit Josie, simplet du village, à travers ses actes quotidiens, répétitifs et sans avenir. Bon gars, il garde le garage du coin, là-bas, dans un trou perdu d’Irlande. On se moque de lui, on le chahute, on le considère avec attendrissement ou pitié. Apparemment indifférent, cherchant le contact sans pouvoir le faire aboutir, il vit, simplement. Son seul compagnon, c’est la caméra de Lenny Abrahamson, dont c’est ici le second long-métrage. Elle regarde Josie à hauteur d’homme. Tout au plus se permet-elle de s’arrêter parfois sur la beauté du paysage qui l’entoure, sur un coucher de soleil, un étang, un champ. Comme si cette nature habitait le grand rien que recèle cet homme.
Josie marche, mange, parle, travaille, un peu, dans un monde apparemment figé pour l’éternité. Jusqu’au dérèglement. Celui-ci était-il inévitable ? En tout cas, je l’attendais avec une certaine impatience. Car cette vision d’un univers glacé par la répétition des actes, même réchauffée parfois par l’humour ou la cruauté, ne va pas sans un certain ennui. Filmer le vide est un acte toujours périlleux. Et s’il est très apprécié par une certaine tendance de la critique festivalière, il est souvent vain. Impression qui ressort plus d’une fois au cours de ce Garage, qui emprunte au final la voie de la complaisance et d’un fatalisme presque nihiliste. Après un début pourtant prometteur, partagé entre le naturalisme d’un Ken Loach et la lucidité mordante d’un Mike Leigh. Mais pour convaincre, encore faut-il savoir ce l’on veut exactement raconter.
Garage – un film de Lenny Abrahamson
Avec Pat Shortt, Conor Ryan, Anne Marie Duff – Irlande, 2007, 1h25.
Quinzaine des réalisateurs.
De notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007.
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