Ma première réaction à la sortie de la salle fut de m'étonner de l'âge de la réalisatrice : elle est née en 1974 et Caramel est son premier long métrage - après une flopée de pubs et de clips réalisés au Moyen Orient. Pourtant rien, ici, ne laisse penser à un coup d'essai. Maîtrisé de bout en bout, il fourmille d'inventions simples, lumineuses de sensualité et de plaisir. Joie de filmer, de jouer, de vivre...
Dans sa vision gaie mais lucide, amère mais pleine d'espérance, le film nous mène par la main comme si nous n'étions que des enfants. Des êtres redécouvrant les émotions, leur richesse, l'attente, la résignation ou l'accomplissement. D'une certaine manière, nous nous retrouvons un peu dans la position du gamin qui, au début du film, regarde, étonné, sous la jupe de sa belle-sœur. On entre dans une intimité déjà connue mais qui, grâce soit rendue à l'écran !, semble se révéler une nouvelle fois.
Soit cinq femmes, d'âges et de charmes divers (dont la réalisatrice, tout simplement sublime), vivant dans ou autour d'un salon de coiffure, de nos jours à Beyrouth (précisons que le tournage s'est achevé quelques jours avant la début du conflit). Nous les suivons dans leurs échanges quotidiens, leurs déconvenues sentimentales ou narcissiques, leurs rencontres inattendues. A travers leurs vécus, nous découvrons un instantané de la société libanaise, entre traditions et ouvertures, Bible et Coran, machisme et sensibilité. Un monde d'images partagé entre la lucidité et une certaine idéalisation. Les couleurs chantent, les femmes sont belles, les lumières pudiques. Et pourtant, on devine derrière tout cela un ordre autoritaire, des espoirs ravalés, des personnalités soumises.
Mais tout se termine sur l'envolée d'un sourire, d'une femme enfin légère, éclatante. Avec Caramel, Nadine Labaki, mine de rien, nous a fait un des plus beaux cadeaux du festival. De ceux que le public applaudit, avec raison. Grand succès de la Quinzaine des réalisateurs, ce premier film, qui témoigne de la puissance de l'image à mêler l'émotion et le présent, ira certainement loin.
Caramel - Un film de Nadine Labaki
Avec : Nadine Labaki, Yasmine Al Masri, Joanna Moukarzel, Fr/Liban, 1h36
Quinzaine des réalisateurs
De notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007.
De Nico, posté le 08.08.07 à 17:26 
Il faut saluer la diffusion en France et le soin avec lequel la production a "emballé" ce joli Caramel ! En plein milieu de l'été, le fil de Nadine Labaki va nous donner envie de retourner dans les salles obscures. Pourtant, à deux semaines près, ne vallait-il mieux pas sortir à la rentrée pour avoir un impact plus important sur les spectateurs ?