Décidemment, le bon cinéma français cette année à Cannes nous enchante de ses chansons. La France n’est pas une comédie musicale, mais une fresque sur la guerre, d’un classicisme que ne renierait pas un Ford, située lors de notre Première Guerre, avec des poilus qui tentent de fuir la boucherie, mais ne peuvent éviter la bêtise humaine, le drame et la peur… sauf lorsqu’ils s’arrêtent pour pousser la chansonnette.
Cette troupe de déserteurs, sur laquelle tombe par hasard Camille (Sylvie Testud), qui tente de retrouver son mari au front travestie en garçon, forme une sorte de famille recomposée, soudée par le désir de survivre à l’horreur. Porté par une mise en scène sobre, qui laisse au drame le temps de s’instaurer sans lui ôter une part d’ambiguïté, le film fait preuve d’un regard humaniste et d’une croyance majeure dans la fiction, jusqu’à lui offrir ces instants oniriques et bouleversants par la musique. Composées par Fugu et Benjamin Esdraffo, inspirées des chansons pop 60’s anglaises et interprétées par les acteurs eux-mêmes, elles sont un contrepoint majestueux, gracieusement fragile, à ce qui restera toujours hors champ : les combats.
Film de guerre sur des hommes, et non des dates ou des faits historiques, La France s’invente une place unique et particulière, et confirme que Serge Bozon n’a pas un univers limité aux dandys parisiens. Une des grandes réussites de ce festival.
La France - de Serge Bozon, France, 2007, 1h27
Avec Sylvie Testud, Pascal Greggory, Guillaume Depardieu
Quinzaine des Réalisateurs
De notre envoyée spéciale au Festival de Cannes 2007.
(illus. © Carole Bethuel)
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