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Le Monde, La Chair et Le Diable, un bijou de 1959 revoit le jour

Posté par anita b. le 31.05.07 à 10:41 | tags : noir et blanc, en salles
Ranald Mac Dougall, un nom bien peu connu. Et pourtant, à la vision, hallucinée, du film qu'il a réalisé en 1959, difficile de ne pas s'imaginer le scandale qu'il a dû provoquer à l'époque de sa sortie aux Etats-Unis.

Le monde, la chair et le diable est ainsi un des premiers films qu'on qualifie de post-apocalyptique. Alors qu'il est enfermé dans un souterrain pendant 5 jours, Ralph Burton ne réalise pas que la terre entière est ravagée par une bombe nucléaire. Lorsqu'il sort enfin, il découvre un New York vidé de sa population, les voitures entassées sur les routes mais désepérément vides. Aucun mort à l'horizon, les cadavres semblent évaporés dans l'air. Il faut voir ces plans inédits et glaçants de la ville, des papiers jonchant les rues où Ralph se promène seul. Frôlant la folie, il profite des biens laissés à l'abandon, s'installe dans un immeuble luxueux, jusqu'à ce qu'une femme pointe le bout de son nez. Il est noir (Harry Belafonte), elle est blanche (Inger Stevens). Entre eux, bien que la société ait disparue, il demeure un malaise que le film dépeint avec brio. Dans cette ville qui leur appartient, l'ambivalence de leurs rapports homme/femme, noir/blanche provoque des situations étranges, odieuses ou ridicules, et surtout une immense frustration qui s'entretient elle-même.

Mais ce tango sentimental et douloureux se corce lorsqu'un troisième survivant débarque. Un homme, un blanc. Devenu l'objet de tous les désirs, le femme se perd tandis que les hommes, loups pour eux-mêmes, virent violents. En un seul film, avec trois acteurs au compteur, Le Monde, La Chair et Le Diable en dit tellement sur les rapports humains, éternels comme conjoncturels (le racisme, encore ultra fort à cette époque) et le cinéma, qu'on en reste le souffle coupé. Pré-sentant parfaitement ce que George A. Romero développera dans ses 4 films de morts-vivants, cette oeuvre d'anticipation est une merveilleuse parenthèse temporelle, venue du passé (1959) pour nous parler d'un futur qui résonne curieusement avec notre présent (et un certain 11 septembre...).

Le Monde, la chair et le diable 
De Ranald MacDougall
Avec Harry Belafonte, Inger Stevens, Mel Ferrer
Etats-Unis, 1959 - reprise en salles le 30 mai.

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