A cinéaste atypique, financement original... FJ Ossang est un réalisateur français qui travaille depuis vingt ans en marge du système. Dans un article publié à l'occasion d'une rétrospective au Jeu de Paume (Paris), Laurence Reymond nous a déjà dit tout le bien que l'on pouvait penser de son oeuvre punk. Pour son nouveau film intitulé La Succession Starkov, présenté comme un croisement du mythe d'Orphée et Eurydice et du ski nautique (y'en a qui ne manque pas d'humour!), il a mis en place un système de financement par souscription intitulé la souscription Starkov. "Il s'agit de proposer à tous ceux qui ont envie de voir ce nouveau projet aboutir, de préacheter le film et ses dérivés (soit en vrac : une place à l'avant première et à la fête qui suivra, le DVD, la BO et le livre consacré par Ossang à cette aventure)", dixit le site de FJ Ossang où toutes les personnes qui voudront s'improviser producteur pourront trouver un peu plus d'explications.
1er acte : le 5 septembre dernier, le couple présidentiel, Jacques et Bernadette, s'est rendu comme chaque année au Gala annuel de la Fondation Claude Pompidou, qui incluait une avant-première de Indigènes en présence de Jamel Debbouze, acteur et producteur du film. Après la projection, dans l’attente des petits fours, la première dame de France s’écrie : « Jacques, il faut faire quelques chose ! ». Bien sûr, elle ne voulait pas parler du cocktail qui tardait à arriver mais de la situation des anciens combattants coloniaux, dont le film évoque le sort tragique et les pensions gelées durant les guerres d’indépendance qui suivirent la fin du second conflit mondial. Le Jacques, qui avait pourtant eu tout le temps de se réveiller et de se mobiliser sur le sujet, opine du chef. 2ème acte : Sollicité par Jacques, qui est à sa manière un bon politique – c’est-à-dire un excellent opportuniste -, le ministère des anciens combattants (qui a lui aussi tardé à se bouger et à ouvrir un œil sur le sujet) annonce que de nouvelles mesures devraient être annoncées prochainement. Il déclare y travailler avec Bercy. 3ème acte : le 27 septembre, le premier ministre Dominique de Villepin, fidèle lieutenant de Jacques, annonce au cours du Conseil des Ministres que les anciens combattants de l'armée française originaires des anciennes colonies d'Afrique et d'Asie vont percevoir les mêmes pensions que leurs homologues français. Cette mesure sera effective à partir de 2007 et coûtera 110 millions d'euros par an. Par contre, il a été également dit que le rattrapage dans le versement des pensions, gelées depuis 1959 par une décision du gouvernement de Charles de Gaulle au moment de la décolonisation, « n'était pas d'actualité pour l'instant ». Rappelons que les pensions des anciens combattants avaient déjà été revalorisées en 2002 (sous le gouvernement de Raffarin, avec l'aval de Jacques donc) mais seulement, au mieux, à hauteur de 30% de la somme versée à leurs anciens collègues français! Moralités : - Où l'on constate que les indignations de Bernadette peuvent avoir des conséquences inattendues; - Où il est prouvé qu’en période pré-électorale, les hommes politiques ne sont pas avares de contradiction. Il est en effet étonnant de voir un gouvernement qui ne se gêne pas pour rendre plus difficile les vies des personnes « issues de l’immigration » à coup de lois et de contrôles renforcés jouer pendant quelques jours la carte de la compassion et de l’égalité en se penchant sur le sort des parents de ces mêmes personnes. - Où l’on voit que, dans le monde politico-médiatique, chacun sait utiliser l’autre, l’acteur se servant du politique pour défendre sa juste cause, le politique de l’acteur pour valoriser son image et la rendre plus humaine. Il est ainsi amusant de voir un acteur, Jamel Debbouze, se frotter à un pouvoir qui n’est pas particulièrement amène avec les immigrés et les jeunes issus de l’immigration, afin d’obtenir cette revalorisation et ce rattrapage des pensions. - Où l’on voit que le cinéma peut parfois, à la faveur des circonstances, agir sur le réel. Il y eut bien sûr de nombreuses tentatives avant Indigènes, mais elles étaient la plupart restreintes au cinéma militant (je pense au travail des groupes Medevdkine et Dziga/Vertov dans les années 60-70). Il y eut également en 1979 Le Pull over rouge de Michel Drach qui, à travers le cas Christian Ranucci, guillotiné en juillet 1976, avait participé à sa manière à l’abolition de la peine de mort décidée en 1981. On peut évoquer également, en contre exemple puisqu’il n’est pas parvenu à infléchir les votes en faveur de G. W. Bush, le film Farenheit 9/11de Michael Moore. Les exemples restent rares, cependant. Raison de plus pour souligner, malgré toutes les réserves que l’on peut avoir sur l’événement, le caractère exceptionnel de Indigènes.
Comme l'indique Elfi dans son ensemble sur les blockbusters 2007, une des plus grosses productions à venir est le 300signé par Zack Snyder. Le réalisateur du déjà très remarqué L'Armée des morts, adapté du Zombie de Geoorge Romero, s'attaque cette fois à un roman graphique - et épique - de Frank Miller. Le sujet en est l'antique bataille des Thermopyles. Le site officiel du film propose un blog en anglais et des vidéos permettant d'en suivre le tournage. Les premières images du film, qui seront présentées à la presse la semaine prochaine, seront à découvrir très bientôt.
Cinéma de la lutte, cinéma en lutte... les images sortant cette semaine se veulent aussi politiques et revendicatives. Avec en tout premier lieu, Indigènes (illus. gche) de Rachid Bouchareb, produit par Jamel Debbouze. Au delà du fait que le film milite explicitement pour la reconnaissance des anciens combattants venus de nos anciennes colonies et pour le versement des pensions qui leur sont dues, et avec tout le respect que l'on peut avoir pour son réalisateur et ses interprètes, évidemment sincères, on peut s'interroger: ce film ne cherche-t-il pas à valoriser un sentiment nationaliste chez nos jeunes issus de l'immigration et qui seraient soi disant en mal de repère? Les propos de l'acteur-producteur disséminés ici et là ne font d'ailleurs aucun doute. On peut seulement se demander si le cinéma doit servir aussi à ça et surtout si finalement le propos de ce film, qui use parfois de moyens propagandistes (simplification et détournements des faits historiques) ne se retourne pas contre lui. Au fond, Indigènes ne parle peut-être pas tant des anciens combattants que des immigrés d'aujourd'hui, en mal de reconnaissance. Ce qui pose un certain problème, je crois, car on ne mélange pas les temps impunément. Relire le passé à l'aune du présent est une erreur qui débouche parfois sur le contresens. Cette ambiguité, on ne la retrouve acuncunement dans le document efficace de fernando Solanas, La Dignité du peuple (illus. centr.) qui fait suite à sonMémoire d'un saccage, lui aussi film de mémoire sur les années noirs qu'a connu l'Argentine contemporaine. Ni dans les chansons d'un Neil Young, qu'un réalisateur talentueux et ami, Jonathan Demme, a filmé en concert - ce qui a donné le beau Heart of gold (illus. dte). Néanmoins, toutes réserves mises à part, il faut bien reconnaître que Indigènes et ces derniers films ne manquent pas de souffle. On y voit un cinéma confiant en son pouvoir. Ce qui est loin d'être le cas dans le verbeux et ennuyeux Les Amitiés maléfiques. Ou dans Le Diable s'habille en Prada, comédie US efficace mais qui ne prend aucun risque et s'enfonce dans la bête caricature. On peut y préfèrer la virulence des films engagés, mêmes maladroits. Autres sorties : Hard Candy,Voiture de luxe, Monsieur et monsieur, She's the man
On a tous déjà regardé un DVD musical en se plaignant intérieurement. Quelque chose du genre "Ce concert est magnifique, mais sur ma télé de 30 cm, j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose". Et pour peu que vous soyez fan de Neil Young (ce qui est sûrement le cas parce que vous êtes des lecteurs de grande qualité), Jonathan Demmea pensé à vous avec Heart of Gold, un "portrait musical de l'âme de Neil Young", qui prend la forme d'une magnifique captation de ses concerts au Ryman Auditorium de Nashville, les 18 et 19 août 2005 (et dont nous avions déjà évoqué la sortie en DVD en zone 1). Je suis arrivé devant le film sans vraiment savoir de quoi il en retournait. Je pensais à un documentaire agrémenté d'extraits live, c'est loin d'être le cas. La seule partie qui ressemble à un documentaire est le début du film, où Young nous apprend qu'il préfère s'entourer de ses amis en concert parce qu'il n'est pas fana des musiciens de studio. On suit alors ces artistes / amis de Young, une bonne vingtaine de personnes qui content chacune une anecdote sur Neil. Des histoires d'enregistrement, de maladie, de perte ou de joie, et de musique. Nous sommes à Nashville, ville-mère de la country, une musique parmi lesquelles Young excelle et qu'il a choisi pour illustrer l'album qui auraît pu être son dernier (il fût victime d'un grave problème cérébral au printemps 2005, qui lui fît écrire et enregistrer Prairie Wind très rapidement). Puis le concert commence et la caméra n'est plus qu'amour, tendresse et admiration pour Neil Young, sa musique, et son groupe. Celui-ci, comme il en a prit l'habitude, narre les histoires drôles et touchantes qui ont inspiré ses chansons, depuis les classiques "Old Man" et "Heart of Gold" jusqu'à "This Old Guitar" de Prairie Wind (qui était sur le point de sortir à l'époque), envoûtant comme un Love & Theft de Dylan. Jonathan Demme n'est pas là pour poser un regard critique et distancié sur Young, ni pour vous le présenter de façon didactique et informative (comme déjà, en 2003, avec The Agronomist, son doc sur le journaliste Jean Dominique). Il filme son idole et ami, et met en avant la sincérité qui fait tout son talent, sa musique en apparence simple, et qui sonne si juste parce qu'il y met toutes ses tripes. Demme présente l'artiste par son art, par ses regards et ses expressions sur certains mots, des expressions, un accord. Par ses sourires bienveillants envers ses compagnons, par sa drôle de sagesse de grand père devant le public. On ne sait finalement pas pourquoi ces concerts filmés passent au cinéma, tellement il y a peu de chances que ce Heart of Gold rencontre le succès. Par contre, il devrait légitimement s'offrir une place de choix dans les DVDthèques musicales. Quant à voir ce film en salle, c'est le meilleur des bonus imaginables. Heart of Gold - Un film de Jonathan Demme, sortie le 27 septembre. Site officiel.
Il y a des hommes d’affaires qui aiment le commerce mais pas la libre concurrence. Marin Karmitz est de ceux-là. Le producteur et propriétaire de salles à ses initiales s’est insurgé ces derniers jours contre l’ouverture annoncée d’un multiplexe dans le quartier de la Villette. Le conseil d’administration de la Cité des Sciences (Paris, XIXème) a en effet décidé, le mercredi 20 septembre, d’accorder l’exploitation de sa 4ème travée (soit 25 000 m2, représentant ¼ de son espace) à une société qui devra y installer d'ici 2010 un centre commercial « haute technologie »etun ensemble de salles équipés en numérique. Depuis cette annonce, Karmitz ne décolère pas.
Rappelons que le monsieur possède les seuls multiplexes actuellement en activité dans le nord-est de Paris, les MK2 Quai de Seine et Quai de Loire. Dans Le Monde du dimanche 24 septembre, il déclare que cette attribution équivaut à « un détournement de fonds publics » et que, de plus, cette même société élue par la Cité l’a expulsé de son emplacement de Beaugrenelle (Paris, XVème). S’appuyant sur l’annonce par la Mairie de Paris des ouvertures prochaines (qui restent néanmoins à confirmer) d’un autre complexe cinéma et de six salles « art et essai » entre les portes des Lilas et de la Chapelle, il déclare qu’« il y en aura trop ». A ces cris d’effroi, il ajoute un argument des plus discutables, arguant que « faire passer la pilule en disant que ces salles seront en numérique n’a pas de sens : toutes les grandes salles seront en numérique d’ici cinq ans » - ce qui encore une fois reste à prouver.
Monsieur le PDG sent donc le vent tourner et le petit monopole chèrement acquis lui échapper. Il joue alors aux Cassandre, annonçant la tempête là où il n’y aura qu’un nouveau courant qui apportera peut-être du neuf au sein de quartiers actuellement déserts, cinématographiquement parlant. Et puis il est difficile de prendre fait et cause pour un exploitant qui prétend défendre le cinéma mais n’a pas hésité pas à tronquer les cadres des films muets qu’il réédite (en copie restaurée il est vrai), à projeter sans prévenir des vidéos en lieu et place de copies dignes de ce nom (cf. l’épisode Mysterious skin) et à ouvrir un énorme MK2 à deux pas d’un UGC Ciné Cité (cf. les sites de Bercy et de la grande bibliothèque F. Mitterand, à Paris). En somme, Marin n’aime pas être jeté dans le même bain que les autres. Mais il lui faudra bien faire avec. Et je ne crois pas qu’il coulera pour autant.
Rien dans les mains (à part quelques contrats juteux avec des stars), rien dans les poches (sinon quelqes dizaines de millions de dollars), et hop, on nous fait un joli tour de passe-passe : d’une idée, on fait deux films. Sous nos yeux ébahis, apparaissent presque simultanément The Illusionist, qui raconte la rivalité amoureuse entre un prince et un magicien, à la fin du XIXème siècle, et The Prestige, qui a pour centre l’opposition de deux prestidigitateurs de renom, avec bien sûr entre les deux une femme. Deux films, deux sociétés de production qui comme au bon vieux temps se creusent les méninges pour se faire concurrence. Le tour est un peu éculé mais il serait bête de bouder notre plaisir. Surtout quand les bande annonces tournent fort bien leurs boniments. Nous avions déjà évoqué celle de The Illusionist. Quant à celle de The Prestige, elle aligne les gros noms (Christian Bale, Hugh Jackman, Michael Caine et Scarlett Johansson, qui a apparemment le don de se démultiplier, vu le nombre de films dans lesquels elle apparaît ces derniers temps ; au train où ça va, il faudra créer un « tag » à son nom… la consécration en somme) et les accents à couper au couteau. En espérant que Christopher Nolan, son réalisateur, ne fasse pas tout rater et ne nous rejoue un mauvais tour, comme cela avait été le cas avec le catastrophique Batman begins. On pourra en juger sur pièces dans les salles françaises à partir du 15 novembre 2006.
L'Accordeur de tremblements de terrevient enfin de sortir sur les écrans français. Mélange de prises de vue réelles et d'animation, ce film prouve: 1. que les frères Quay, dont c'est ici le second long métrage, restent de grands pourvoyeurs d'images étranges et fascinantes; 2. qu'ils ne savent pas encore tenir la longueur sur 90 mn, eux qui restent des maîtres du courts métrages "image par image". Leurs miniatures sont des bijoux dont la vision justifie totalement leurs places au premier rang de l'animation mondiale. Leur cinéma, entre Eraserhead et les films de Jan Svankmajer, est une oeuvre d'exploration. L'inanimé y frémit, vibre, s'effrite, tombe en poussière... Dans ces objets qui se meuvent mystérieusement, sans but précis, on sent comme le souffle de la vie, avec une atmosphère angoissante et électrique.
On trouve un bel exemple de cet univers dans le clip Are We Still Married?, une petite vidéo musicale que les Quay réalisèrent en 1992 pour le groupeHis Name Is Alive. On peut penser au travail de David Lynch avec le compositeur Angelo Badalamenti...
Derrière ce titre se cache non pas une énième fresque historique où Mel Gibson se ferait encore une fois joyeusement broyer les membres sur la place publique mais une reconstitution des méfaits du général Idi Amin Dada vus par les yeux d'un jeune britannique. Choisi comme médecin privé du dictateur ougandais, il en deviendra le confident et le conseiller diplomatique, avant de finir ridiculisé. Le film met en vedette Forest Whitaker dans le rôle du célèbre tortionnaire, avec à ses côté Gillian Anderson (la série The X-Files, Tournage dans un jardin anglais) et le jeune James McAvoy (Le Monde de Narnia). Au vu de la bande annonce de ce film signé Kevin McDonald (La Mort suspendue, le doc Un jour en septembre), on sent la performance et le rôle à Oscar. Ce qui ne serait pas un comble pour cet acteur inégal mais souvent passionnant. Le film sortira dans une semaine aux Etats Unis, et probablement en février en France.
Petit hommage au réalisateur belge Rémi Belvaux, frère de Lucas Belvaux et créateur du cultissime "C'est arrivé près de chez vous" qui avait lancé la carrière de Benoit Poelvoorde. L'autre haut fait d'armes de ce quadragénaire, décédé la semaine dernière, fut d'entarter Bill Gates. Le petit Grégory, remember ?
Petite dérogation à la règle : Calmos n’est pas à proprement parlé un film dit perdu. Il s’agirait plutôt d’un film maudit, tombé dans les limbes des salles obscures, une œuvre que ni son réalisateur ni ses acteurs ne souhaitent voir réédité. En fait Calmos fait honte à tout le monde sauf… à ses spectateurs ! Enooooorme farce qui n’y va pas avec le dos de la cuillère, il est signé Bertrand Blier et aligne un casting qui ressemble à un carnaval grotesque: Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bernard Blier, Claude Piéplu, Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Brigitte Fossey, Sylvie Joly … Réalisé entre Les Valseuses et Préparez vos mouchoirs et sorti en 1974, c’est une charge qui s’attaque à la dictature féministe de l’époque. Marielle et Rochefort quittent tout – et en particulier les femmes – pour se retirer à la campagne. Leurs objectifs ? Le calme, le silence et profiter au maximum de la bonne bouffe à s'en faire péter le cholestérol. Malheureusement ils vont faire école et seront bientôt rejoints par d’autres hommes désireux de s’éloigner de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une femme. Ils vont alors être pourchassés par des hordes de femmes à l'organisation militaire. Capturés, il finiront comme étalons de laboratoire. Un vrai délire trash qui ne ménage pas les images interdites aux moins de 18 ans – à l’époque, on ne faisait pas de chichi avec ça – et s’enfonce allègrement dans la paillardise et la misogynie. Avec des dialogues extraordinaires et des scènes hilarantes comme Bertrand Blier, apparemment devenu vieux grincheux libidineux, ne sait plus en faire. Le tout se terminant – si j’ose dire – dans un vagin géant. Le cinéaste qualifie son film de « raté »… Ce qui n’a pas empêché la rumeur autour du film d'enfler sur le net ces dernières années. Le téléchargement allant bon train, le film est en passe de devenir culte sans pour autant être visible au cinéma, en vidéo ou à la télévision. Situation bien paradoxale dont on peut espérer qu’elle change un jour. Imaginez une salle entière riant au éclat face à un Blier déguisé en curé rubicond ou des Marielle et Rochefort hirsutes et clochardisés, perdus dans une forêt de poils pubiens. Un grand moment de communion humoristique, où même les femmes auraient le droit de rire…
Ô Ecran, mon bel écran, dis moi quel sera le film le plus politique de la semaine? Qui de World Trade center d'Oliver Stone ou de Présidentde Lionel Delplanque (illus. cent.) parviendra le mieux à parler du réel sans se couper du spectaculaire? De prime abord, on pourrait penser que le film de Stone sur le 11 septembre 2001 est d'emblée disqualifié, par son mélange de pathos, de musique dégoulinante et de pro-américanisme exacerbé. Mais si l'on en croit la chronique du film dans Fluctuat, il serait peut-être bon d'y voir de plus près. A l'inverse, le film mettant en scène Dupontel en régent imaginaire de la Ve République est finalement plus inoffensif et anodin qu'il ne le laissait espérer. Dommage... Ce qui ne l'empêche pas de receler quelques bonnes trouvailles. A côté de ces deux films qui tentent de s'inscrire dans une actualité brûlante, on trouveLes Aristos (Illus. dte), exemple édifiant de "machin" - oserons-nous même le qualifier de téléfilm? - qui prétend parler par la satire d'une réalité bien spécifique mais en fait ne dit rien sur rien et ne fait rire personne. L'absolu contraire de L'Accordeur de tremblements de terre (illus. gche), le nouveau long métrage des frères Quay, surdoués de l'image par image: une profusion de thèmes et d'onirisme pour une richesse visuelle rare. A voir comme un objet unique, tout en acceptant parfois l'ennui et l'insatisfaction de ne pas y comprendre grand chose et de s'en sentir parfois exclu. Ce qui sera toujours mieux que le néant méprisant proposé par De Turkheim. Ainsi des catastrophes du 11 septembre aux songes éveillés des salles obscures, il y a une marge où chacun pourra trouver son chemin. Et tout ça, pour la gloire de la machine à rêves et... à penser.
On avait déjà évoqué sur Flu la rencontre entre Salvador Dali et Walt Disney, à l'origine du projet Destino, un dessin animé croqué par le maître espagnol en 1946 et qui n'avait été réalisé par les Studio Disney qu'en 2000. "En 1946, lors d’un dîner organisé par le boss de Warner Bros de l’époque, Dali rencontre Walt Disney et lui propose de réaliser un film d’animation. A l’époque, le Catalan considère le père de Mickey comme un maître, un doctor es subversion à l’égal des Bunuel, des Marx Brothers, des Cecile B. de Mille. Walt Disney accepte et Dali, qui venait de finir les décors du film La Maison du Dr Edwards de Hitchock, dessine, peint et croque quelques 150 planches du story-board." (Cf la news : Dali par Disney ? Surréaliste en octobre 2003). A l'occasion de l'expo Walt Disney, il était bien normal d'en proposer un extrait, en complément de notre chronique : séquence "document" (34' seulement, sur les 6 mn' que dure le dessin animé - via You Tube).
Sous-titrée "Aux sources de l'art des studios Disney", cette exposition, que l'on n'attendait pas dans les galeries du Grand Palais, réunit 400 oeuvres et documents, parfois inédits, et explore les sources d'inspiration du créateur de génie Walt Disney, du Moyen-Age au Surréalisme, en rapprochant dessins originaux des studios et oeuvres qui les ont inspirés (Gustave Doré, Murnau, Charlie Chaplin, Salvador Dali...). Une importante section à la fin de l'exposition est ensuite consacrée aux apports de l'imagerie des films Disney à l'art contemporain et au cinéma, à son tour.
Découverte sur You Tube, cette vidéo est titrée originalement Who we are. Elle y reçoit actuellement ce genre de commentaire : "Everything you have said here is FAULSE, however we did NOT evolve from Monkey's. Don't you think God created the animals too, if he created us." Nous n'allons pas raviver une polémique sur le darwinisme et la théorie de l'évolution, ou poser la question Croyez-vous en dieu ?, mais simplement nous délecter de sa réalisation. Ce type de narration ne vous rappelle pas quelque chose !? Quizz : allez, quel film célèbre l'auteur Jorge Furtado a-t-il réalisé ?
L'intégrale des 7 épisodes de Twin Peaks (saison 1) fait actuellement l'objet d'une reprise sur You Tube. Il s'agit de la série TV de David Lynch, remontée en plusieurs dixaines d'épisodes de 4 à 8 minutes chacun pour en faciliter la diffusion web. Vous aurez reconnu ici le générique et le premier épisode (avec un musique originale signée ???). Pour la suite, rendez-vous sur le profil de l'utilisateur TwinPeaks2007.
Nous vous parlions récemment d'un docu-fiction mettant en scène l'assassinat de George Bush. En attendant sa diffusion en octobre prochain, les extraits comme celui ci, alimentent la polémique suscitée outre atlantique. Ce week end, les réalisateurs britanniques se disant menacés de mort, se sont entourés de gardes du corps afin de présenter le film au public lors du festival international du film de Toronto. (source : dailymail)
Parmi les bonnes nouvelles la rentrée, vous pouvez compter sur l'édition dvd d'un film des studios de la Shochiku : La ballade de Narayama de Keisuke Kinoshita. Il dresse le portrait d'un Japon régi par des coutumes ancestrales. Le film raconte l'histoire d'Orin, une femme de 70 ans qui tente de convaincre son fils Tatsuhei de la porter sur son dos, conformément à la tradition, jusqu'au sommet du Mont Nara. Là bas, elle pourra mourir sans être à la charge de la communauté.
Kinoshita a choisit de raconter son histoire sur le mode de la représentation théâtrale, un parti pris radicalement différent de celui très réaliste d'Imamura qui réalisera sa propre version en 1983. Les personnages de Kinoshita évoluent dans des décors reconstitués en studios, éclairés à la lumière artificielle. Comme au théâtre, on ne les voit jamais en gros plan. On pense à de curieuses bêtes isolées dans une nature factice (un zoo?). Car c'est bien d'animalité que parle la ballade de Narayama. Les hommes affamés se transforment en bêtes, les plus faibles sont éliminés au mépris des liens de filiation et ceux qui refusent de se soumettre à la tradition sont exclus de la communauté. Aussi lorsque dans la maison voisine, le fils laisse mourir de faim son propre père, c'est tout le caractère inhumain des traditions japonaises qui se fait jour. Le salut vient de l'amour qui dépasse la douleur de la séparation, qui soude une famille, comme un petit groupe entré en résistance. En se rendant dans la montagne, la vieille Orin, offre sa vie pour soulager celle de sa famille affamée tandis qu'en accompagnant sa mère, c'est une leçon d'humilité que reçoit le fils. Vanité, vanité... Les décors minutieux et splendides, les déplacements de la caméra, les déplacements de pans du décor comme s'il s'agissait de rideaux et les jeux de lumière et de filtres colorés, tout concourt à donner à situer le récit dans la tradition du théâtre et à donner une tonalité tragiques aux événements. Une pépite éditée par MK2.
Bonus du DVD
Préface de Charles Tesson (8')
"La ballade de Kinoshita et d'Imamura" : analyse comparée des 2 versions (9')
"La nouvelle vague japonaise" : interview de Kiju Yoshida, assistant de Kinoshita et réalisateur (37')
Scènes commentées (22') 3 scènes commentées par Charles Tesson
Deux films très différents ont particulièrement retenu notre attention cette semaine : A Scanner Darkly etQuand j’étais chanteur. Présents tous deux au dernier Festival de Cannes, il semble que tous les opposent : d’un côté un film américain aux images retravaillés numériquement, de l’autre, une histoire d’amour enveloppée de chansons bien françaises et de paysages d’Auvergne. Pourtant chacun témoigne de ce qu’il y a peut-être de plus précieux au cinéma : le regard d’un cinéaste. Ces deux films relèvent d’une vision personnelle, d’une sensibilité qui tente par l’artifice de la mise en scène de retrouver une certaine vérité de l’existence humaine et en même temps de transmettre une émotion vraie, une sensation de réalité. Impression paradoxale – et malheureusement pas accomplie de bout en bout - pour un film, A Scanner Darkly, qui parle de paranoïa et de visions sous acide. Et profondément émouvante pour le film de Giannoli qui nous offre là un des plus beaux films français de cette année, avec un Gérard Depardieu enfin réveillé. Pour le reste, déplorons que Avida de Kervern et Delépine ne renouvelle pas la réussite d’Aaltra, leur premier long ; et précisons qu’il serait dommage de balayer d’une main le nouveau film de Jean-Claude Brisseau, Les Anges exterminateurs. Tour à tour drôle et ridicule, éclairé de manière sublime ou banale, il ne se laisse pas facilement circonscrire. Même si sa dernière demi-heure, parfaitement inadmissible, consiste en une auto-défense qui fait suite à sa condamnation pour abus sexuel et aurait bien plus sa place dans un tribunal que dans une salle de cinéma. A voir également, si le cœur – et le porte monnaie - vous en dit : Ma super ex (Uma Thurman en Superwoman jalouse et possessive ; une bonne idée qui encore une fois achoppe) ; Thank you for smoking ; Love song (Travolta enlassant Scarlett : c’est comme donner du caviar à un cochon) ; Barakat ! ; Esquisses de Frank Gehry et Jugez moi coupable (ou comment les deux Sidney, Pollack et Lumet, vieux briscards des 70’s, prouvent qu’ils ne sont pas usés et qu’ils peuvent encore en montrer aux plus jeunes).
Cet ovni vidéo est un chef d'oeuvre, comme seul le web et You tube savent en créer. Le générique des Simpson, réalisé pour de vrai (et comme un véritable court métrage, avec décors réels et comédiens).
Le massacre d’Hiroshima vu par les yeux d’un enfant… voilà l’histoire de Gen d’Hiroshima, un film d’animation comme seuls savent les faire les japonais, aux dessins mêlant réalisme et naïveté et dont l’intelligence d’écriture emporte immédiatement l’adhésion. Adapté d’un manga et datant de 1983-86, il a été édité en deux DVD par Kaze au début de l’été. En voici ci-dessous un extrait, celui justement où se produit l’explosion de la bombe américaine. Ames sensibles s’abstenir.
Qui suis-je ? Où vais-je ? dans quel état j’erre ? Vieilles questions que quelques films tentent de résoudre cette semaine en se positionnant chacun à l’heure manière par rapport au groupe, et plus particulièrement à la trilogie « famille - couple – amis ». Originale et nonchalante pour Jardins en automne (illus. centr.), la nouvelle fable de Otar Iosseliani, où un ministre quitte ses fonctions pour battre la campagne et boire des coups entre copains et où Michel Piccolli se déguise en vieille dame malicieuse. A coup sûr, un des meilleurs films du moment. Drôlatique dansLes lois de la famille de Daniel Burman et Little Miss Sunshine (illus. gche), deux comédie sur les affres de la famille, dont le second est une satire réussie du modèle américain si l’on en croit les premiers retours – car on ne l’a pas encore vu. Musicale dans Block Party, dans lequel Dave Chapelle, sous la caméra de Michel Gondry, reforge le tissu social d’un quartier autour d’un concert de célébrités, et dans le beau et intelligent Dunia où, comme l’explique la réalisatrice Jocelyn Saab dans l’entretien qu’elle nous accordé, le corps d’une jeune égyptienne excisée se libère au contact des mots, de la poésie soufie et de la danse. Et par l’irruption de l’extraordinaire au sein du quotidien d’une jeune femme partie à la recherche de son jumeau, dans Je vais bien, ne t’en fais pas (illus. dte), le nouveau film de Philippe Lioret, pas mal fichu dans le registre « ciné français psychologique » au style classique. Voilà pour l’essentiel, le reste pouvant certainement être négligé : Derniers jours en septembre, un thriller bien pensant avec Juliette Binoche ; Black, mélo ampoulé et larmoyant, sans aucune chanson pour racheter le tout ; Age difficile obscur avec cette question cruciale à la clé : comment grandir en arrêtant de sucer son pouce ; Le maître d’armes où Jet Li fait des cabrioles sous la direction du très très inégal Ronny Yu ; et Water.
Jean-Pierre Darroussin est de ces acteurs dont le simple nom est souvent synonyme de plaisir et d'intelligence. Alors quand le monsieur réalise son premier long métrage, on serait tenté de lui accorder d'emblée notre confiance et notre sympathie. Et comme son scénario s'inspire d'un roman d'Emmanuel Bove, un auteur de la 1ère moitié du XXe siècle, on peut penser que le film aura un ton un peu décalé. DansLe Pressentiment, Darroussin se trouve des deux côtés de l'objectif et incarne un riche avocat qui envoie tout balader et décide de vivre en solitaire au milieu du peuple de Paris. Mais ça ne va pas se passer exactement comme il le voudrait. A suivre le 4 octobre prochain, date de la sortie en salles, et sur le site du distributeur où l'on peut voir la bande annonce et des extraits. Quand à la chronique du film, elle est à lire dans Fluctuat.
Prenez George Clooney, Richard Dreyfuss, Don Cheadle, Brian dennehy, James Cromwell et Harvey Keitel, mettez les devant les caméras vidéos de Stephen Frears (The Queen), et laissez les interpréter un thriller politique inspiré de Point limite, un film de Sidney Lumet de 1964. Le tout donne une dramatique télévisée hors norme, qui ressemble à un Dr Folamour sérieux et qui fut diffusée dans les foyers américains en l'an 2000. Elle est rediffusée ce mardi 5 septembre, malheureusement en VF, à 23h15, sur Direct 8, une des chaines de la TNT.
Peut-être êtes-vous fan de Clive Owen (Inside man et Les Fils de l'hommepour ne citer que ses dernières apparitions en date)? Personnellement, moi, ce serait plutôt de la série des James Bond (tout interprète confondu). Aussi je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager une petite vidéocomposée à partir de pubs pour une célèbre marque de voitures allemandes. Elles avaient été réalisées par des pros (Tony Scott, John Frankenheimer, John Woo, Ang Lee, Wong Kar-Wai, Alejandro González Iñárritu) et avaient fait connaître l'acteur. La musique de John Barry, des explosions, de l'action, de la classe, et hop le tour est joué. Je ne sais pas pour vous mais avec moi, ça marche à tous les coups. Daniel Craig n'a qu'à bien se tenir!
C'est une coincidence : quelques heures après l'arrivée de 1400 immigrés clandestins sur les côtes des Canaries, ARTE diffusera ce lundi 4 septembre à 20h45In this World. Dans ce film, le réalisateur Michael Winterbottom prétend nous faire vivre de l'intérieur les difficultés rencontrées par deux jeunes afghans bien décidés à se rendre en Angleterre. Grâce aux procédés classiques de la caméra à l'épaule et des reconstitutions de scènes réelles, le spectateur suit leur périlleux voyage entrepris sans un sou, à pieds, à travers des contrées aux frontières en théorie fermées. Ours d'or à Berlin en 2003, ce film met à mal le discours sur la forteresse Europe, que certains appellent de leurs voeux, mais n'est pas exempt de critique. Même si son but est de rendre visible, grâce au cinéma, ce que la télé ne peut ou ne veut montrer, il n'en reste pas moins discutable, jouant la carte du vérisme jusqu'au malaise et sentiment de culpabilité. Rappelons que Winterbottom récidiva dans le genre début 2006 avec The Road to Guantanamo.
Après avoir évoqué le montage inédit du premier Star Wars, j’ai eu connaissance de ce Star Wars holiday special grâce à la contribution d’un de nos lecteurs. Qu’il en soit ici chaleureusement remercier. Ce film « perdu » est en fait un téléfilm réalisé entre le premier volet et L’Empire contre-attaque. Il a été diffusé à la télévision américaine le 17 novembre 1978 – et est resté a priori inédit chez nous. Depuis, on n'en trouve plus trace, sinon dans les conventions de fans où des copies pirates circulent sous le manteau et où la rumeur d’une édition officielle en DVD est devenue une sorte de poisson d’avril. George Lucas – qui avait pour l’occasion délégué la réalisation à un sous-fifre - le trouverait si mauvais qu’il préfère le conserver dans ses archives où, espère-t-il, il sera peut-être un jour oublié. Mais c'était sans compter l’ardeur des passionnés. Il existe en effet un site très complet (en anglais)qui récapitule tous les documents existants sur ce film hors norme. Casting, script, photos, dessins, vidéos clip, c’est une véritable caverne d’Ali Baba, pleine de surprises. On découvre ainsi que les prises de vues réelles s’y mêlaient à des séquences d’animation – dont un extrait est disponible sur You Tube. Le scénario-prétexte, mais qui contient tout de même des péripéties, des poursuites et des rebondissements, nous fait découvrir pour l’occasion la petite famille de Chewbacca (sic !) dans un intérieur cosy (illus.). Les acteurs du film original, en particulier Harrisson Ford et Mark Hamill, se sont prêtés au jeu de cette bouffonnerie involontaire. Malgré la médiocrité du résultat – ce n’est pas moi qui le dit mais un des scénaristes -, je serai très heureux de le voir un jour. Et je ne dois pas être le seul. Une preuve de plus que, pour les adeptes des sabres lasers et autres vaisseaux fonçant dans l’hyperespace comme pour les autres, l'univers de Star Wars conserve intacte sa puissance de fascination, et ce trente ans après sa création.
La 14ème édition de L’Etrange Festival, manifestation très attendue des amateurs de ciné en marge, a débuté mercredi dernier et se tiendra jusqu’au 12 septembre à Paris, au Grand Rex et juste en face de ce dernier, au Cinéma du monde. Au milieu des séances interdites aux moins de 16 ou 18 ans, on peut découvrir cette année entre autres perles noires un hommage au japonaisSono Sion (dont sera projeté le célèbre Suicide club, le 8 septembre à 21h30) et quelques séances spéciales et avant-premières croustillantes (dont Severance, le 6 à 21h45, qui sortira en salles le 18 octobre 2006 et dont on dit déjà le plus grand bien). Parmi elles, notons une curiosité, Begotten (illus.) de E. Elias Merhige, que le distributeur vante en ces termes : « ce film, unique dans l'histoire du cinéma, date de 1991 et peut enfin de nouveau être montré. Attention cependant, il s'agit d'un film extrêmement radical, expérimental et poétique, insupportable et inoubliable. Pour J. Hoberman du Village Voice, Begotten fait passer Eraserhead pour Le Père Noël est une ordure et pour Susan Sontag, c'est un des films les plus importants de l'histoire du cinéma. ». Alléchant ! La projection de Begotten, ce sera le mardi 5 à 22h. Pour le reste, direction le programme à télécharger sur le site du festival.
Bush assassiné ? Certains en ont rêvé, un réalisateur l’a fait. Un docu-drama produit par la chaîne britannique Channel 4 montre un attentat meurtrier contreGeorge W. Bush datant de… 2007. Composé d’images d’archives et de scènes de fiction, ce téléfilm intitulé Death of a President utilise des trucages numériques qui, comme dans Forrest Gump, mêle le vrai au faux. On y voit Bush abattu par un tireur d’élite lors d’un discours prononcé à Chicago, dans un contexte de manifestations contre la guerre en Irak. Le réalisateur Gabriel Grange et le patron de More4, filiale de Channel 4 qui diffusera le pseudo- documentaire le 9 octobre 2006 (après sa présentation au Festival du Film de Toronto début septembre), réfutent les accusations de sensationnalisme. Ils prétendent avoir fait œuvre critique à partir d’une importante documentation technique et des entretiens avec des agents du FBI. Le Parti républicain a bien sûr qualifié l’idée de « choquante » et « dérangeante » (j’aime beaucoup ce qualificatif : en quoi ce film peut-il les déranger, sinon en jouant le révélateur d’un vague souhait partagé par des millions de personnes à travers le monde ?) et la Maison Blanche n’a pas jugé « digne » de le commenter, afin de ne pas lui faire de publicité. Ainsi, après les « toons » privés de tabac, la télé anglaise fait encore parler d’elle. Sans pour autant se réjouir d’un tel film, dont la finalité semble pour l’heure bien floue, on est droit d’apprécier la liberté d’esprit dont font preuve nos voisins d’Outre Manche, également mise en valeur par The Queen, le nouveau Stephen Frears mettant en scène Elizabeth II. Je doute qu’actuellement de telles fictions politiques soient possibles en France, où on est peu prompte à s’affronter à l’actualité brûlante et où la censure et le respect soi disant dû à nos représentants républicains ont encore de beaux jours devant eux.
TF1 se décide enfin à diffuser dimanche 3 septembre, à 20h50,le dernier film deQuentin Tarantino… et ce n’est pas Kill Bill. Adepte des séries télévisées, le cinéaste qui avait déjà réalisé un épisode d’Urgences a en effet mis en scène un téléfilm de 90 mn clôturant la 5ème saison de la série Les Experts (CSI en langue shakespearienne). Intitulé Jusqu’au dernier souffle, il se regarde avec intérêt, que ce soit pour les fans inconditionnels de la série policière – une des meilleures proposées par le petit écran, loin devant ses erzats que sont Les Experts made in Miami ou Manhattan, assez poussifs, sinon réacs – ou pour les amateurs du roi du pastiche cinématographique. Car la réussite de cet épisode tient dans un savant équilibre entre les obsessions du cinéaste, parfaitement relayées par un habile scénario, et les passages obligés de la série (enquête étrange dans un Las Vegas nocturne, scènes de laboratoire muettes et rendues fascinantes par le montage et la musique). Tarantino n’est en fait jamais aussi à l’aise que dans un cadre pré-établi, un univers déjà connu qu’il va distordre selon son bon plaisir. Ainsi, devant sa caméra, les personnages de la série, réputés pour ne livrer que peu d’info sur leurs vies privées, se dévoilent au gré de conversations futiles ou graves, très « tarantiniennes ».Et la série la plus sophistiquée et la plus « intellectuelle » dans son principe fait référence au détour d’un dialogue à une des plus débilitantes qui soient, Shérif, fais moi peur. On y chante de la musique country, parle de drague ou de Will Rogers, quand on ne crache pas au sol. Mais ce film n’en est pas moins un thriller - tournant autour d'un rapt d'un agent travaillant sous les ordres de Gil Grissom (incarné par Wil Petersen, cf. illus, à côté de Tarantino) - dans lequel le cinéaste s’amuse à des ruptures de ton. La gravité succède au trivial et à l’humour, la violence brute surgit au détour d’un plan. Tarantino a pleinement compris l’intérêt visuel de la série. Il use ainsi de l’humour noir comme du gore en tirant parfois l’ensemble vers le tableau abstrait (des tâches de sang devenant des traces de peinture projetées aléatoirement sur un mur blanc). L’intrigue elle-même s’adapte à son univers, en faisant référence à la scène d’enterré vivant de Kill Bill 2 (d’où le jeu de mot du titre original : Grave danger, soit « danger de tombe » ou « important danger »). En somme, un excellent épisode, atypique par rapport à l’ensemble de la série, mais qui ne dénote pas dans la filmo de Tarantino. PS: TF1 vidéo l'a édité l'année dernière en DVD.
Un vieil éléphant camé du nom de Jimmy et servant de mule pour un trafic de drogue, quatre truands complètement débiles, des lapons motorisés travaillant pour la mafia russe... Cet antithèse des productions Disney signé par le norvégien Christopher Nielsen a tout du film d'animation alternatif et subversif. Ce qui ne l'empêche pas d'aligner un casting "voix" de bonne facture: Woody Harrelson, Kyle McLachlan, Emilia Fox, Samantha Morton, Jim Broadbent. Présenté à la Semaine Internationale de la Critique en mai dernier, avec un certain succès, sa sortie en France n'est toujours pas prévue. Est-ce dû encore une fois à la frilosité de nos distributeurs? Pour l'heure, on peut toujours apprécier l'esthétique "crading" et déjantée du film dans les trois teasers (en anglais non sous-titré) disponibles sur le site du Norwegian Film Institute, dont en voici un:
Ces quelques lignes ont 48 heures de retard, mais comme disait J. L. Manckiewicz, la vie s'ingénie à dérègler les scénarios... Les scénarios, voici un sujet que connaissent bien les producteurs d'Hollywood, eux qui ne savent plus quoi inventer pour trouver le succès public. A côté de ceux qui dépensent des millions de dollars à financer des séries A qui ressemblent des séries Z (voir cette semaine, The Sentinel et Demande à la poussière, le dernier Robert Towne - souvenez vous, Kramer contre Kramer - avec Salma Hayeket l'increvable et certainement dopé Colin Farrell; illus. gche), d'autres retournent à l'origine de ce qui fait le plaisir de la série B: la ferveur populaire. Et tout ça grâce à internet. C'est ainsi que, aidé des contributions des internautes, Samuel L. Jackson est parti à la chasse au Snark... euh pardon aux snakes, dans Des serpents dans l'avion, au script improbable mais qui donne un film réjouissant. Que ceux qui n'apprécieraient pas la vision de ces gentils reptiles se rassurent: le cinéma nous propose également son lot d'horreur et de tristesse trop humaine. Si l'adaptation des Particules élémentaires (illus.dte), qui ne manque pas de qualités, peut faire débat (ne serait-ce que parce que Michel Houellebecq, l'auteur de l'ouvrage, ne cache pas ses réticences sur son blog), espérons que Flandres, le nouveau film de Bruno Dumont (illus. centre), trouvera son public. Dans un entretien qu'il a accordé à Fluctuat, le cinéaste revient sur ce qui est peut-être le plus intense de ses quatre films. A ne pas manquer. Ce qui ne doit pas empêcher d'aller voir Comment j'ai fêter la fin du monde, présenté au dernier Festival de Cannes, à l'instar du Dumont; ou la chute de Ceausescu vu par les yeux d'une adolescente et de son petit frère. La ditacture, la guerre, la chair triste... Une fois n'est pas coutume, le cinéma brille à s'affronter à la douleur humaine. Et c'est tant mieux.