Tu ne trouves pas que Guillermo Del Toro ressemble à Michael Moore ? Pourquoi ? Ils sont tous les deux des boulimiques marqués par la mondialisation. L’un la combat caméra au poing, c’est un vrai citoyen américain, l’autre la met en pratique au sein d’une écologie que lui permet Hollywood. Regarde Blade II : un réalisateur mexicain, un acteur américain (Wesley Snipes) et un chorégraphe de Hong Kong (Donnie Yen). Citoyen, t’y vas fort. Si, pour l’Amérique Moore est un individu responsable, il se mêle de ce qui le regarde, même si ses images ont tendance à réduire à un appauvrissement de la pensée par leur procédé discursif. Vu d’ici, c’est autre chose. On ne peut pas voir Moore depuis l’Europe, il faut voir Moore pour et depuis l’Amérique. Et Del Toro ? Lui il est comme Rodriguez, c’est un homme qui pratique la synthèse des formes plurielles et fétichisées. Il valorise la nostalgie pour le présent. Nostalgie ? Oui, la nostalgie du cinéma de kids. Blade II n’est que ça : un monument d’excès chromatique et de fluidité plastique où s’insère une restructuration des codes vus. Du film de genre ? Ce sont les historiens qui ont inventé le genre, les cinéastes s’en foutent. Pourtant Del Toro fait partie d’une génération qui ne peut s’empêcher de filmer avec le genre. Juste, sauf qu’avec Blade II, il défait le processus d’allégeance historique pour ne garder que les trajectoires constitutives des formes dont il s’inspire. Blade II retrouve presque des formes ancestrales et pulsionnelles élémentaires, c’est un peu comme un feu d’artifice, une attraction foraine, on en garde un souvenir où se mélange du mouvement, des couleurs, une exagération permanente des formes, par la gestuelle, la saturation des lumières ou des décors. Peut-être, mais je vois toujours pas le rapport entre Del Toro et Moore. Le rapport ? L’Amérique, Hollywood : la liberté.