
Excellente idée que cette programmation "
De la Syrie" proposée par le festival
Cinéma du réel depuis vendredi dernier. D'abord parce que la cinématographie de ce pays est fort peu connue. Ensuite parce que la Syrie est hélas sur la
black list des pays bombardables en cas d'écart trop grand avec la volonté américaine pour la "région" : il est donc bon que le documentaire puisse donner à voir qui sont ces êtres humains potentiellement menacés, d'autant que le régime en place à Damas n'exfiltre que des images extrêmement choisies de la réalité nationale.
Alors, le documentaire syrien ? D'abord, deux grands cinéastes : Mohamed Malas et Omar Amiralay
(illus. El Dajaj, 1977, du second), capables de chefs d'oeuvre. Citons notamment
Quneytra 74, de Malas. Un noir et blanc superbe, une forme presque expérimentale avec caméras dans le plan et accords de free jazz, une durée brève (20 minutes) qui permet d'en venir directement au fait : la destruction au bulldozer (déjà...) de la ville de Quneytra, capitale du Golan occupé depuis 1967, par l'armée israélienne après son léger "redéploiement" de 1973. Et la plaie, l'immense plaie que cet anéantissement laisse dans l'espace syrien. Dans la mémoire d'une nation.
Après ce traumatisme, les cinéastes syriens semblent utiliser le cinéma comme outil pour recoudre cette plaie (c'est le rôle traditionnel du montage en documentaire, dit-on : reconstruire la mémoire d'un tournage enfoui, d'une histoire perdue...). S'attardant sur les vestiges de la salle de cinéma de Quneytra
(Le Plat de sardines, Amiralay, 1997) ; revisitant avec un vieux projectionniste damascène l'histoire syrienne du cinéma
(Ombres et lumières, Malas-Amiralay-Mohammad, 1994). Non pour se poser en victimes d'un traumatisme inextinguible. Mais pour construire en images et en sons un objet qui leur permette de reconstruire du sens, une beauté, là où le projet politique national a jusqu'ici échoué.