La rédac ciné de Flu est divisée cette semaine sur le film d'Olivier Assayas et, sans adopter le fight pour/contre souvent pratiqué par des mag comme Telerama, voici un petit contrepoint à la critique de L'Heure d'été de Jérôme Dittmar, qui n'a définitivement pas aimé le film.
Un vieil adage veut que le travail d’un artiste consiste à toujours développer les mêmes thèmes, sous des formes différentes. Et c’est ce que fait Olivier Assayas avec L'Heure d'été; si le cinéaste revient à un cinéma en langue française et choisit un cadre familial qui peut évoquer les films d’André Téchiné, les thématiques abordées sont très proches de celles de sa « trilogie internationale » (Demonlover,Clean et Boarding Gate), qui multipliait les lieux et les langages, sous forme de thrillers à suspense. Ici, il s’agit à nouveau d’enregistrer les modifications qu’opère la mondialisation sur les corps et leur façon de se mouvoir…
Après s’être intéressé à l’espionnage économique, aux chanteuses de rock et aux trafiquants en tous genres, Olivier Assayas ancre donc sa caméra au sein d’un milieu aisé. Mais il n’épouse pas pour autant un point de vue de classe et ne cherche pas à défendre des intérêts contre d’autres intérêts. Il ne fait que constater les inquiétudes d’un personnage (Charles Berling) contraint de se séparer d’une partie de son passé et de ses sensations d’enfance. L’important ici n’est pas tant la classe sociale à laquelle il appartient que la façon dont son corps se sent dépassé, absorbé et dépossédé d’une partie de lui-même.
L'Heure d'été cherche simplement à capter quelques mouvements du monde, en collant au plus près de ses personnages. Ce qui n’empêche pas Olivier Assayas de se moquer de la naïveté conservatrice de Frédéric (Charles Berling, donc) qui, en allant chercher sa fille au commissariat, sort une phrase tellement absurde (« je ne comprends pas, je l’ai pourtant emmenée au musée hier ») qu’elle ne peut qu’être moqueuse.
Ce retour à une morphologie française peut être vu comme un manque d’audace de la part d’Assayas. Mais l’intensité de son regard et la fluidité de son style n’ont rien à envier à la fameuse « trilogie internationale ». Et le bouillonnement du monde s’exprime à nouveau, hors champ cette fois.
- Lire la critique de L'Heure d'été sur le mag.
- Voir l'entretien avec Olivier Assayas.
L'Heure d'été, sortie en salles le 5 mars 2008.
(illus.© MK2 Diffusion)
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Je sais qu'Assayas est obsédé par cette question du passage, du réseau, de l'origine, de la migration, de la recomposition ou de la fluctuation (des images, des corps, des structures qui se reconfigurent), et qu'ici il tente une généalogie qui voudrait montrer tout ça à travers la famille, moderne, mais je ne peux m'empêcher de voir que cette interrogation se situe d'abord dans la perte d'un patrimoine énoncé depuis une classe qui si elle ne se dit jamais reste omniprésente. Au final, s'il s'intéresse d'abord à la nouvelle vie d'un patrimoine, à cette valeur économique qui peut pervertir l'art, on reste constamment attaché à ce qui donne de la valeur à ces choses, des signatures, des noms (le name dropping est incessant). Certes aujourd'hui la marque n'est pas le souci d'une classe en particulier, mais son association avec les oeuvres et tout le patrimoine de cette famille renvoi à la perte de quelque chose lié à la bourgeoisie.
D'autant plus qu'au final le film ne dira pas grand chose de tout ça, qu'il aura surtout passé son temps à filmer les arrangements ici ou là, les problèmes de notaire ; qu'il se sera perdu en route pour filmer la question de la filliation et du changement inéxorable : où qu'il aura insisté lourdement sur de nombreux détails. Ajouté que lorsqu'à la fin les jeunes débarquent dans la maison, dur de ne pas voir une intrusion violente dans ce qui autrefois était montré comme un paradis -j'ai du mal à croire qu'Assayas filme sans un certain dégoût l'arrivée de ces scooters. Il y a tellement de signes dans ce film, tout n'est d'ailleurs que ça : signes d'appartenance à quelque chose ou en référence, et d'assez bourgeois en l'occurence, car ce dont il s'agit c'est justement la défaite de la conservation. En gros la mort de la bourgeoisie qui est remplacé par une autre, qui préfère Puma à Degas, et dont Assayas voudrait filmer simplement un constat alors qu'au final, il ne fait que de parler de ce qu'il connaît. Il a voulu filmer un mouvement inéxorable dans lequel chacun est embarqué, mais je ne pense pas que ça soit une réussite. De Annie, posté le 05.03.08 à 13:23
Ce douzième long métrage [d'Oliver Assayas] (...) est sans doute celui qui tient la note la plus juste et la plus vibrante (...).
Mais il en parle comme d'un " grand film intimiste ".