L'Heure d'été, contrepointLa rédac ciné de Flu est divisée cette semaine sur le film d'Olivier Assayas et, sans adopter le fight pour/contre souvent pratiqué par des mag comme Telerama, voici un petit contrepoint à la critique de L'Heure d'été de Jérôme Dittmar, qui n'a définitivement pas aimé le film.
Lire la critique de L'Heure d'été sur le mag. Voir l'entretien avec Olivier Assayas. L'Heure d'été, sortie en salles le 5 mars 2008. (illus.© MK2 Diffusion)
Commentaires
De Jérôme, posté le 03.03.08 à 20:16
![]() Assayas ne défend pas les intérêts d'une classe, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Il s'exprime depuis cette classe, c'est sa parole, ses tourments, ses petits problèmes, comme un inconscient. La scène du vase est significative, elle témoigne que ici les gens simples ou innocents (la gouvernante) sont confortés dans leur ignorance parce qu'il ne sont pas soumis à la connaissance de la valeur financière des choses (ou a leur cotation). Ce que je reproche, c'est qu'il insiste sur cette valeur au détriment d'une autre, affective, dont il cherche pourtant à parler parce qu'il tente de les confronter. Dire que c'est parce qu'elle est innocente que la gouvernante ne rentre pas dans ce concert économique mondialisé qui défait l'authenticité ou la nature sentimental d'un objet, c'était pour moi une vision bourgeoise. Il souligne que le petit peuple (en grossissant un peu le trait) ne comprend rien à l'art et que son ignorance lui permet d'en garder justement quelque chose d'authentique. La scène du musée avec le visiteur qui répond au téléphone enfonçant par ailleurs un peu trop le clou à mon goût. Je sais bien qu'Assayas tente de traîter tout ça avec un minimum de distance et de mise à niveau commune de ses personnages, mais je trouve qu'il y a en permanence cette articulation et cette confrontation entre les naïfs et les autres capables de connaître la valeur de ces objets, même s'ils se refusent à les conserver et qu'ils vivent déjà dans autre chose, que de nouvelles marques, ou de nouveaux noms, ont remplacés les anciens (ce qui n'est qu'un truchement et finalement, renvoi un peu au même). Je sais qu'Assayas est obsédé par cette question du passage, du réseau, de l'origine, de la migration, de la recomposition ou de la fluctuation (des images, des corps, des structures qui se reconfigurent), et qu'ici il tente une généalogie qui voudrait montrer tout ça à travers la famille, moderne, mais je ne peux m'empêcher de voir que cette interrogation se situe d'abord dans la perte d'un patrimoine énoncé depuis une classe qui si elle ne se dit jamais reste omniprésente. Au final, s'il s'intéresse d'abord à la nouvelle vie d'un patrimoine, à cette valeur économique qui peut pervertir l'art, on reste constamment attaché à ce qui donne de la valeur à ces choses, des signatures, des noms (le name dropping est incessant). Certes aujourd'hui la marque n'est pas le souci d'une classe en particulier, mais son association avec les oeuvres et tout le patrimoine de cette famille renvoi à la perte de quelque chose lié à la bourgeoisie. D'autant plus qu'au final le film ne dira pas grand chose de tout ça, qu'il aura surtout passé son temps à filmer les arrangements ici ou là, les problèmes de notaire ; qu'il se sera perdu en route pour filmer la question de la filliation et du changement inéxorable : où qu'il aura insisté lourdement sur de nombreux détails. Ajouté que lorsqu'à la fin les jeunes débarquent dans la maison, dur de ne pas voir une intrusion violente dans ce qui autrefois était montré comme un paradis -j'ai du mal à croire qu'Assayas filme sans un certain dégoût l'arrivée de ces scooters. Il y a tellement de signes dans ce film, tout n'est d'ailleurs que ça : signes d'appartenance à quelque chose ou en référence, et d'assez bourgeois en l'occurence, car ce dont il s'agit c'est justement la défaite de la conservation. En gros la mort de la bourgeoisie qui est remplacé par une autre, qui préfère Puma à Degas, et dont Assayas voudrait filmer simplement un constat alors qu'au final, il ne fait que de parler de ce qu'il connaît. Il a voulu filmer un mouvement inéxorable dans lequel chacun est embarqué, mais je ne pense pas que ça soit une réussite. De Annie, posté le 05.03.08 à 13:23 ![]() Le fait est, le critique du Monde semble avoir beaucoup aimé le film : Ce douzième long métrage [d'Oliver Assayas] (...) est sans doute celui qui tient la note la plus juste et la plus vibrante (...).Mais il en parle comme d'un " grand film intimiste ".Ajouter un commentaire |
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