Ca ne vous aura pas échappé, Bienvenue chez les Ch'tis est LE phénomène de société de ce début d'année et un des cartons les plus imprévisibles de l'histoire du box-office français. Avec 13 millions d'entrées en trois semaines et des records battus aux quatre coins du pays, le film de Dany Boon peut même espérer dépasser Titanic, recordman absolu avec ses 20 millions d'entrées.
A première vue, ce succés est compréhensible et justifié: marketing très habile (la sortie anticipée dans le Nord a créé un gigantesque buzz), sujet fédérateur (l’unité de la République) dans une période de doute, besoin de rire de choses simples après 9 mois de “bling bling” et un Astérix aux Jeux Olympiques pas drôle, deux têtes d'affiche qui viennent de la télévision, consacrant définitivement le règne au cinéma des acteurs T.V...
Mais en voyant Bienvenue chez les Ch'tis en salles, d’autres éléments attirent l’attention et contribuent à véhiculer un discours, qu'il soit conscient ou non:
-Le scénario présente deux histoires d’amour extrêmement simplistes et cousues de fil blanc, mais qui réaffirment une croyance dans le sentiment amoureux assez rare ces derniers temps sur les écrans français.
-Dany Boon propose des échos avec quelques vieux mythes hexagonaux (l'allusion à Notre-Dame de Paris est évidente dans les scènes de clocher).
-Le vrai sujet, au-delà des rapports Nord/Sud, est la fragilité des mâles. On voit ici des larmes viriles et les deux personnages principaux apparaissent comme des enfants blessés, offrant parfois une mise à nu presque impudisque des visages. Est-ce ce retour en enfance des corps qui a tant touché le public français ?
-Mais du coup, Bienvenue chez les Ch'tis ne parvient pas à se départir d'un aspect machiste : les personnages féminins sont assez mal dessinés et, tandis qu'on nous présente des hommes vulnérables, les femmes sont toutes castratrices et pas immédiatement sympathiques.
-Si une comédie revendique rarement le réalisme, on pourra être surpris par cette vision idyllique des rapports sociaux : les gens sourient constamment au travail et le récit s'enferme dans une bulle. Le film est évidemment une fable, mais certains reprochent à ces Ch'tis la même chose qu'au Fabuleux Destin d'Amélie Poulain en son temps: évoluer en vase-clos et présenter une conception naïve des réalités.
Le tour de force du film est ainsi d'être multi-formes et non marqué politiquement, car les interprétations sont multiples. D'un côté, nous avons l’aspect républicain (la solidarité entre régions), la défense du service public (avec ces histoires de postiers bienheureux), l'éloge de la bonté et de la simplicité. De l'autre côté, nous avons l'expostion d'une conception individualiste de l'existence (mon petit confort prime avant tout le reste) et le refus de constater les dysfonctionnements sociaux (nulle trace de SDF ici - et si on nous assure effectivement qu'il n'y en a pas à Bergues, voilà qui appuie pourtant le côté "Amélie-Poulinesque"). Et le film utilise par moments un humour assez beauf: on se moque des handicapés et on rit de l’homosexualité. Cette histoire pourra donc simultanément être vue comme "anti-bling bling" et comme “populaire” au sens TF1 et UMP du terme (Dany Boon est d’ailleurs très proche d’Arthur, illustre pote de M. Sarkozy).
Voici donc une oeuvre à laquelle on peut tout faire dire, car Dany Boon réussit, par une esthétique très actuelle, à trouver un équilibre qui aseptise les choses. Si le film prend le contre-pied des dernières comédies franchouillardes en refusant de s’énerver, en prenant son temps et en ne dramatisant jamais trop les évènements, il possède par ailleurs une mise en scène brutale et épileptique, qui multiplie les gros plans. Les paradoxes se logent ainsi au coeur même de la mise en scène.
Avec tout cela, Bienvenue chez les Ch'tis est en tout cas parti pour dépasser le nombre d'entrées de La Grande vadrouille, qui restait depuis 40 ans l'indétrônable roi des films français... Dany Boon et Kad Merad plus forts que Bourvil et Louis de Funès, qui l'eût cru il y a encore quelques semaines ?
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"(nulle trace de SDF ici, malgré les nombreuses scènes de rues)"
Pour ce qui est de Bergues, dans la réalité il n'y a pas de SDF dans les rues ...
De Damien, posté le 22.03.08 à 12:30C'est arrivé déjà à Amélie Poulain et aux Visiteurs: chercher des poux dans la tête à une simple oeuvre divertissante. Au secours on ne peut plus rire libre.
De chouchou, posté le 23.03.08 à 09:20C'est le principe, et c'est ça qui est drôle, la caricature.
Et ttbcc, nous ne cherchons pas des poux, nous nous interrogeons avec notre petit cerveau justement sur le pourquoi d'un tel succès. Il me semble que la question peut se poser naturellement.
Ensuite merci à 2to en effet pour l'appréciation générale de la culture française et de Flu tout entier. Heureusement qu'il y a des gens comme toi pour garantir la bonne tenue de la culture en France.
Nul besoin d'être aussi fielleux pour faire réagir. Moi les réacs ça m'emmerde. De miaousy, posté le 25.03.08 à 11:38
Personnellement, j'aimerais pourtant souligner ma déception; n'ayant pu aller voir le film que la semaine dernière, j'ai eu le temps de voir et revoir la bande-annonce, de me farcir et me re-farcir la promo, et du coup de connaître par coeur certaines scènes ou répliques du film. S'il restait encore quelques surprises, la promo excessive m'a donc gâché bien du plaisir, et le film a eu un petit arrière-goût de rassis!
J'aurais préféré découvrir Bienvenu chez les ch'tis à partir de son seul titre, car alors toute sa fraîcheur naîve m'auraient conquise et enchantée sans peine. Je suis allée au cinéma en exigeant un plaisir que j'aurais à peine osé espérer en d'autres circonstances ... A quand les promos à l'ancienne, sur le seul bouche à oreille? A quand le respect de la surprise du spectateur? De Greg, posté le 25.03.08 à 13:15
au sujet de la dite scène du clocher : ce n'est pas un clocher qui est une partie d'église rmais un beffroi doté d'un carillon, le beffroi est un monument communal sans liens ni avec le religieux et et déjà affranchi du pouvoir des nobles. le symbolisme même s'il est d'interprétation lilbre doit rester un peu en lien avec l'objet matériel qui le représente vu de paris c'est notre dame pas chez nous. attention aux allusions perdues.
De Miel, posté le 25.03.08 à 15:55Autre chose qui plaît énormément, David contre Goliath !
La curiosité surtout, plus le film fait d'entrées, plus les gens ont envie d'aller le voir ; il y a comme un effet boule de neige. Ce qui ne change pas que les gens ont aimé cette farce simple et dynamique à une moment où il y en avait grand besoin.
De Van, posté le 25.03.08 à 18:11C'est tout de même une bonne raison pour se poser la question, non ? De ttbcc, posté le 25.03.08 à 21:37
Si ça t'amuse, mais que viennent faire les réacs là-dedans? Et que veut dire " garantir la bonne tenue de la culture"? A quel titre? Au nom de quoi? Puisque tu aimes te poser des questions... Vive le rire sans contrainte.
De Greg, posté le 26.03.08 à 12:35A ttbcc, c'était en réponse à ça :
De ttbcc, posté le 27.03.08 à 00:19"Le Bossu de Notre-Dame" c'est un dessin animé de Disney, c'est américain, "Notre Dame de Paris", c'est un roman de Hugo, c'est français. Les gens cultivés auront rectifié d'eux-même, les autres ne font que confirmer que la culture française et Flu se portent bien mal...
Et ça :
Hélas, j'aurais aimé le croire, mais le fait de le mettre en italique indique qu'il s'agit de la citation du titre et non du personnage. Mais peut-être que l'auteur du post saura nous éclairer sur son intention originelle?
Et enfin ça :
C'était juste pour être sur de te faire réagir ^^, j'aime bien faire mon réac
J'en ai un peu marre des donneurs de leçon, surtout quand ils vous récusent le droit de vous poser très simplement des questions.
De ttbcc, posté le 27.03.08 à 23:31... et dire que le film joue sur l' homophobie et se moque des handicapés: même pas vrai, car je suis l'un et l'autre et ça m'a bien amusé. Et puis qui est descendu dans la rue pour la manif traditionnelle? Plus caustique par contre me semble la charge contre les méridionaux ( dont je suis) mais comme dirait ce vieux sage ( ça doit être moi aussi) " qu'il est bien gris le pays de celui qui ne sait rire de lui-même".
Enfin -Danyboon étant modeste ( comme tous les chtis) et n'y ayant sans doute pas pensé- en intello petit-bras, je retrouve dans les scènes de restaurant et de la baraque à frites l'esprit de Bruegel et de ses kermesses flamandes. Mais peut-être faut-il être né dans ce paillasson à invasions que représente le Nord pour comprendre? God ferdom, comme aurait dit mon grand-père.
De Van, posté le 28.03.08 à 10:22Mais en fait j'en ai marre de justifier des choses qui me paraissent évidentes. Ici nous sommes sur un mé-dia-cul-tu-rel. On découvre, on discute, on critique, on s'interroge. De Yutwo, posté le 28.03.08 à 14:06
Ce que je trouve décevant hormis le fait de confondre clocher et carillon, c'est que vous n'avez pas relevé le détail qui tue pour tirer sur l'ambulance : le patois de Bergues n'est pas ch'ti mais flamand (là bas, vous n'entendrez jamais biloute mais manneke). Comme quoi, la culture patrimoniale se perd aussi bien chez les petites gens que chez les élites (sacrés journalistes). Sinon le film est effectivement très théatral d'où son succès comme l'analyse très bien le commentaire précédent. Hormis son révisionnisme géo-linguistique, j'ai bien aimé...
De Dereck, posté le 28.03.08 à 17:14On est vraiment obligé de voir l'über-chtibonhomme partout ?
Quant aux SDF, la satire grand-guignol du marasme culturel et économique à laquelle on a le droit pendant tout un passage vaut tous les clochards pathétiques que certains nous mettent pour revendiquer une sensibilité sociale limite gaucho.
C'est devenu street-cred le SDF dans les comédies françaises ?
Bienvenue chez les ch'tis est très old school dans son contenu, et il rappelle les films des années 70-80 avec bourvil ou de funès. Vous savez, ces comédies franchouillardes, apolitiques et sans SDF. :D De Yutwo, posté le 01.04.08 à 22:00
Enfin, ce film est avant tout une comédie franchouillarde de tout premier plan et qu'elle marquera les annales du cinéma français comme l'ont marqué d'autres films, qu'elle fera des petits en France et à l'étranger et qu'elle fait la fierté de toute une région qui en a bien besoin... De Nicholas, posté le 02.04.08 à 11:22
Reste que le film m'a bien fait marrer. Quelques passages vraiment bien sentis (les préjugés des Provençards, l'arrivée de la femme de Kad et son repas d'accueil, le premier trajet en autoroute) suffisent à contrebalancer les défauts, notamment l'impression qu'on a à faire à un film de propagande de l'Office du Tourisme du Nord Pas de Calais. Pas trop de longueurs et une fin moyenne mais qui aurait pu être pire.
Ca m'a pas mal fait penser à Ah Si J'étais Riche, dans le sens où le film s'attaque à des spécificités sociales et culturelles françaises où un peu d'autodérision (bien trop rare en France). Sauf que ASJR a pas connu le même succès du tout. De Miel, posté le 02.04.08 à 12:06
Dany Boon doit commencer à regretter le succès de son film. Il voulait certainement faire revivre cette région de la France complètement oubliée, sans toute fois se prendre au sérieux, utilisant des blagues potaches, de la légèreté. Le film aurait dû se cantonner à 6-7 millions d'entrées : On en aurait parlé gentillement sans chercher la petite bête comme aujourd'hui où tout le monde s'intérroge sur son succès et veut montrer, prouver que c'est immérité. Le film est victime d'un succès qui le dépasse. Il est parodié (ça encore c'est marrant) et malheureusement utilisé pour véhiculer des idées racistes. C'est triste.
Encore une fois, il y a eu un phénomène de boule de neige ; de la curiosité qui a poussé plus loin une simple envie de rire avec peu de chose.
De Miel, posté le 02.04.08 à 12:08Je rappellerai par ailleurs que "la grande vadrouille", qui sera détrônée cette semaine (les records sont faits pour être battus) n'avait atteint que 11 millions d'entrées à la fin de sa première exploitation, et que ce sont les nombreuses resorties en salles qui lui ont permis de dépasser la barre des 17 millions. Par ailleurs, les films restaient bien plus longtemps à l'affiche faute de concurrence, et la fréquentation des salles étaient bien plus importantes qu'aujourd'hui.
Bref, pour dire qu'hormis "Titanic" qui a encore plus de mérite, ceux qui savent que "les Ch'tis" valent 6-7 millions d'entrées feraient bien de retourner à l'école... De Miel, posté le 03.04.08 à 07:05
Reste qu'on s'interroger sur l'étendue du succès, qui surprend tout le monde. Je doute que quiconque ait tablé sur un succès aussi énorme. Quand le Grand Journal offre à Dany Boon la gestion d'une émission dans le cas où son film dépasse les 6 millions n'est pas anecdotique, je pense. A mon avis, c'est à ce chiffre qu'était estimé l'audience potentielle du film. Ce qui est déjà pas mal, d'autant plus que c'est un premier film, avec un casting qui n'apporte pas un public à lui tout seul, contrairement à Depardieu, Jamel et autres. Mais que le film soit en passe d'être le film ayant attiré le plus de spectateurs en France de tous les temps, c'est quand même une énorme surprise.
Dany Boon doit être le premier surpris. De Greg, posté le 03.04.08 à 15:53
Un deuxième en l'occurence ;) De Nicholas, posté le 04.04.08 à 14:14
On ne compare pas un premier film (les Ch'tis en l'occurrence) à une suite (Taxi 2 ou les Bronzés 3 par exemple), les suites bénéficiant assez souvent de la renommée du premier de la série :
Taxi 1 : 6.5 M ; Taxi 2 : 10.4 M - Astérix 1 : 8.1 M ; Asterix 2 : 14.6 M.
Le succès des Ch'tis doit plutôt être comparé aux Visiteurs (13.8 M) par exemple, qui a également bénéficié d'un gros succès, non confirmé par la suite (les Visiteurs 2 : 8.1 M).
Bref, pas la peine de prendre la mouche pour si peu. Juste comparer ce qui est comparable.
Quant à la Maison du Bonheur, ce film n'est pas anecdotique du tout, puisqu'il est l'adaptation d'une pièce de théâtre (la Vie de chantier) réalisée par Dany Boon en 2003, qui a très bien marché au théâtre. De sua, posté le 13.04.08 à 23:07
a la fin du film j'ai pleuré, avez vous trouver le film touchant?
sinon j'ai regretté qu'il ne soit pas plus long avec d'autres scènes drôiles ou chaleureuses,
enfin, j'espère qu'il n'y aura pas de suite pour garder la fraicheur du film unique