Comme la plupart des festivals, celui-ci rend accessible des œuvres et des talents qui resteraient invisibles au public ...mais pour combien de temps ? S'il a pu avoir lieu cette année, c'est, comme souvent, à l'issue d'âpres discussions avec les pouvoirs publics dont il dépend financièrement. Il est majoritairement subventionné par la Région, la part de la ville n'excèdant pas 15 % du budget total. Paradoxal car c'est avant tout le nom de la Ville Rose qui se trouve mis en avant ! Ça pourrait changer puisque, depuis mars, la région, le département et la municipalité sont de la même couleur : rose socialiste. L'occasion de voir ces différents partenaires tirer dans le même sens... sans craindre que l'adversaire politique en profite ?
On peut l'espérer. Mais c'est une première étape qui ne sera peut-être pas suffisante. En effet, Cinémas d'Amérique Latine était, jusqu'à l'an dernier, subventionné par les DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles). Or, comme on le sait, depuis l'élection de M. Sarkozy, celles-ci sont en passe de devenir des coquilles vides, mettant du même coup nombre de manifestations en difficulté. Cette année, Toulouse s'en est bien sorti grâce aux subventions du CNC, parce qu'il a eu la chance d'être reconnu d'utilité publique. Ce qui est la moindre des choses mais ne pourra pas être le cas de tous. Dans une drôle d'époque où Goliath (les exploitants mastodontes) n'hésite pas à s'attaquer, juridiquement, à David (le cinéma Méliès de Montreuil), ce quinquennat paraît décidément bien hostile à la diversité culturelle et... son éventuel aspect subversif.
Dans ce contexte, le festival Cinémas d'Amérique Latine 2008 a dignement fêté son vingtième anniversaire notamment grâce à une programmation dont la qualité générale fut bien meilleure que l'année précédente. Si certains films seront sur nos écrans cette semaine (Agnus Dei, Haïti chérie), ou très bientôt (El Asaltante, Partes Usadas...), il faut espérer que d'autres puissent profiter de cette brève exposition pour attirer les distributeurs. Ainsi, la justesse de Dos Abrazos, la tendresse de Postales de Leningrado, les obsessions d'Otavio e as letras ou l'étonnant et rythmé marabout de ficelle animalo-humain d'Ainda Orangotangos, méritent assurément de se confronter à un plus large public. Pourvu que ça dure...
Réagir à cet article

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z