Au-delà de la couverture médiatique de ce festival 2008, on entend une rengaine persistante dans les files d'attente ou derrière les façades d'hôtel : le rejet quasi viscéral des festivaliers anglo-saxons à l'encontre des films français de la compétition officielle. Certes, le phénomène n'est pas nouveau, mais il semble atteindre un pic cette année. Durant les projections, on ne compte plus les claquements de sièges et les bruyants soupirs, sans oublier les
what the fuck is this ?

Hier, cette apparente exaspération a fini par se muer en cruauté et le film de
Philippe Garrel,
La Frontière de l'aube (
illus.2), en a fait les frais. Lors des quelques apparitions spectrales de
Laura Smet, une bonne partie des spectateurs n'a pas hésité à rire bruyamment, avant de siffler le film.
On pourrait tenir tout cela pour anecdotique - les séances cannoises étant souvent empreintes des joyeusetés de ce type -, mais il n'est pas interdit, comme le fait ce matin l'édition cannoise de Technikart, d'interroger les choix du comité de sélection, censé présenter une vitrine du cinéma hexagonal à travers la sélection française. Les sujets d'
Un Conte de Noël (illus.1),
La Frontière de l'aube et
Entre les murs, très franco-français, ne semblent pas intéresser les festivaliers anglo-saxons (acheteurs, distributeurs, producteurs) qui guettent pourtant d'un œil attentif les tendances du cinéma hexagonal. Sans doute auraient-ils aimé voir au moins une œuvre légère en compétition, comme l'hilarant
Le Voyage aux Pyrénées, qui a fait un tabac auprès de toutes les nationalités à la Quinzaine des Réalisateurs.
Cette fracture se constate également entre la critique française et la critique internationale. Le fossé entre les tableaux des étoiles présentés chaque matin par l'américain « Screen » et par « Le film Français » est spectaculaire : 7 palmes d'or sont par exemple décernées par les journalistes français au film d'Arnaud Desplechin, là où la critique étrangère l'atomise sans ménagement.
Au moment où une profonde réflexion sur le financement des films français s'amorce (Pascale Ferran et son club des 13 ayant jeté un pavé dans la mare), faut-il prendre en compte le regard porté par les professionnels étrangers sur nos films cannois ?
Le problème est d'une complexité extrême.
Désormais, il faudrait avant tout passer le cap du XXIème siècle. Il ne s'agit pas de tomber dans le pur "Entertainment" mais de faire du cinéma un merveilleux spectacle. Cependant, beaucoup de cinéastes français considèrent comme une insulte le fait de comparer le cinéma à du divertissement. Ils voudraient que le cinéma soit un art exigeant et d'excellence. Or, ils n'ont pas eux-mêmes la matière pour rendre un travail exigeant intéressant puisqu'ils ne savent pas sortir des frontières de l'hexagone et s'intéresser à d'autres sujets que la famille, le sexe, la relation entre un homme et une femme, les questions raciales que l'on semble découvrir depuis les révoltes en banlieue.
Pour eux, considérer le cinéma comme du spectacle reviendrait à dire que les réalisateurs sont des sortes de bouffons du roi. Mais c'est pourtant ce qu'ils sont. Les plus talentueux peuvent cependant user de leur statut d'amuseur public pour faire réfléchir les spectateurs quelques minutes. Et c'est déjà beaucoup. Tandis que d'autres veulent cibler un public déjà conquit; ils n'ont donc rien à leur dire. Alors, ils font ce qu'ils savent faire le mieux; des petits films bourgeois dans leurs petits intérieurs. Aussi petits que les vagues conceptions du cinéma de leur créateur.
De michel, posté le 23.05.08 à 18:52La France n'a jamais su faire des grands et bons films de divertissements, c'est comme ça, ça peut changer, mais il va falloir du temps, et un renouvellement de génération déjà plus influencée par le monde que pas des films franco-français (déjà l'arrivée de films de genres depuis quelques temps est sympa). Le problème est que pour l'instant celui-ci tourne sur lui même, des films de plus en plus renfermés sur un genre (les petits drames bourgeois par millier), une bouffé d'air est possible, mais le marché français n'a pas encore confiance en un changement possible, préférant le style de films qui fonctionnent bien en France. Ca ne veut pas dire qu'ils sont mauvais, mais ça sent la poussière. Mais bon c'est pas non plus la mort, des bons films français frais arrivent régulièrement, ils sont moins visibles, ce qui est dommage. Tout ça est une question d'audace, et donc d'argent donné à des projet originaux et neufs.
Ne pas oublier que les débuts du cinéma a été vu en Europe comme une manière de faire de l'art, d'expérimenter avec une nouvelle façon de voir, contrairement aux Etats-Unis qui l'utilisaient dès le début pour le divertissement. Ca n'a pas beaucoup changé depuis. De Ralph McReiss, posté le 23.05.08 à 20:01
Ce serait sympa de citer ses sources... ou les papiers plagiés.
En l'occurence mon ouverture du quotidien Technikart à Cannes
Le plus simple la prochaine fois c'est de me commander directement l'article. On s'arrangera pour la pige De Funny Bob, posté le 24.05.08 à 08:33
Cher Gaël,
Votre papier dans le Technikart cannois m'a soufflé l'idée de parler des films français de la compétition et j'aurais dû vous mentionner à ce titre (erreur réparée). Mais le fait que les spectateurs étrangers jurent durant une séance ou que les sièges claquent n'est rien d'autre qu'un constat que je fais chaque année au Festival depuis 3 ans...
Le terme de plagiat est tout de même abusif : vous aurez remarqué que j'évoque dans mon papier divers élements dont vous ne parlez pas dans le vôtre, et inversement...
Et tout est bien qui finit bien, puisque c'est au final un film franco-français qui a décroché la Palme d'Or...