Dans cet océan de films qui constitue le Mois du film documentaire (toute la France participe !), notons une très belle programmation consacrée au cinéma direct, qui se tient au Centre Pompidou du 7 au 23 novembre.
Le cinéma direct, c'est un courant du documentaire, né dans les années 60 avec la possibilité de filmer en même temps son et image (la fameuse synchronisation). Une innovation technique fondamentale, qui permit à beaucoup de cinéastes, passionnés par le monde qui les entourait, de partir à sa rencontre, de manière plus ou moins spontanée. Parmi les noms les plus connus, il y a les français Jean Rouch et Chris Marker, et beaucoup d'américains : Pennebaker, les frères Maysles, Leacock, Shirley Clarke...
Des cinéastes passionnés, qui ont su capter leur époque à travers des thèmes aussi variées que le rock (mythique Dont Look Back de Pennebaker sur Dylan, projeté le samedi 15 ; cf illus.), la politique (Primary, sur les primaires qui élirent John F. Kennedy, Jason, portrait par Shirley Clarke d'un homosexuel black qui se met en scène dans un jeu ou se mêlent mélancolie et hystérie, cf notre article publié lors du Cinéma du Réel), la science (Warrendale d'Alan King, sur une clinique de soin pour enfants émotionnelement instables au Canada, Regard sur la folie de Mario Ruspoli, sur un asile en Italie), la société plus généralement (le quasi dyptique réalisé par Jean Rouch en 1960 avec Chronique d'un été et Chris Marker en 63 avec le Joli Mai, où les personnes qu'ils croisent formulent sans le vouloir un état des lieux passionnant.)
A noter aussi, des raretés magnifiques comme ces deux films des frères Maysles : Salesman, où les affres du doutes vécus par un vendeur de bible en porte à porte, et surtout ce Grey Gardens, où les cinéastes partent à la rencontre d'une tante de Jackie Bouvier-Kennedy vivant, avec sa fille d'une cinquantaine d'années, dans la misère la plus absolue, parmi les vestiges d'une demeure qui fut un jour splendide. Ces deux rebuts de la grande famille Bouvier ouvrent leur porte et leur boîte à souvenir, en se mettant souvent en scène. Histoire de démontrer que le cinéma direct ne filmait pas que les vivants dans l'énergie et le mouvement du présent, mais aussi certains fantômes, toujours bien présents.
Programme complet ici.
Réagir à cet article
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z