Si Two Lovers est arrivé haut la main en première position du top 10 de l'année sur Fluctuat, il avait pourtant commencé par diviser la rédaction, à une majorité contre... un. Présenté au festival de Cannes en compétition, le film de James Gray avait d'abord été chroniqué par l'envoyé de Flu sur place, qui se trouve être le seul n'ayant pas été touché par la beauté du film, bien au contraire.
Le premier avis sur le film avait donc été franchement négatif, notre envoyé à Cannes l'ayant trouvé "niais" et "anecdotique". Après une seconde projection quelques mois plus tard avant sa sortie en salles, son avis était moins tranché, mais il restait tout de même perplexe devant ces histoires d'amours de trentenaires ressemblant à des ados attardés. Voici donc la critique initialement publiée sur Flu, avant que l'on ne réalise que le reste de la rédac avait été particulièrement touché par le drame sentimental qui se jouait entre Joaquin Phoenix, Vinessa Shaw et Gwyneth Paltrow (lire la critique), au point d'en faire, au final, le meilleur film de l'année :
Le cordon autour du cou
La réalisation soignée et doucement dépressive de James Gray lorgne, comme toujours, vers la tragédie. Une tragédie plus anecdotique qu'universelle sur les amours adolescentes de trentenaires immatures qui, selon les sensibilités, font tout le charme ou le défaut de Two Lovers.
Lors de sa présentation cannoise, Two lovers avait fortement divisé. Probablement parce que, en dépit d'indéniables qualités d'atmosphère, cette histoire est hautement improbable. Elle met en scène Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, et Vinessa Shaw (34, 36 et 32 ans à l'état civil) dans des postures d'adolescents attardés. Ils échangent des SMS niais, se trouvent « trop fou » et se matent par la fenêtre comme à 12 ans. L'un vit chez ses parents, l'autre subit son colérique et riche papa, la troisième veut bien se marier avec un juif dont le magasin est avantageusement situé. Ce cordon ombilical autour du cou n'empêche pas la sincérité des sentiments, mais il les gêne considérablement.
Décalage des corps et des comportements
Il n'y a donc ni mafia, ni truand dans le nouveau James Gray mais toujours ses thèmes de prédilection tels que la fatalité, le déterminisme et donc l'impossibilité de s'affranchir de son milieu pour espérer s'accomplir. En l'occurrence, il s'agit une famille juive commerçante de New York qui a des vues précises sur ce qui constitue un avenir raisonnable et décent pour leur rejeton. Celui-ci, Joaquin Phoenix, a des airs de petit garçon malgré une carrure imposante et de larges épaules qui ne l'aident guère à supporter la pression parentale et le poids d'un précédent échec amoureux. D'ailleurs, dès l'ouverture, sa gestuelle est celle d'un enfant triste et boudeur bien que son acte inaugural, une tentative de suicide, paraisse adulte. Ce décalage entre l'aspect physique des personnages et leur immaturité, adolescente, persiste tout au long du film et peut, en partie, expliquer les différences d'appréciation : il fait, au choix, le charme ou le défaut principal du film.
Une absence d'empathie nuisible...
Le défaut principal car il empêche toute identification aux personnages en les cantonnant au rang de grands nigauds. Du coup, l'indifférence s'impose tant on se sent étranger à leur histoire qui vire au grotesque lors d'une scène d'accouplement que Gray ne cherche même pas à rendre crédible. Par ailleurs, les dialogues (volontairement ?) insipides n'aident en rien. Ils sont censés caractériser les difficultés de communication tant au niveau familial (parents / enfants), que social (classe supérieur / classe moyenne) mais paraissent surtout d'une grande niaiserie à force de symboliser l'inadaptation des personnages. Ce n'est pas la faute des comédiens, qui s'en tirent bien, mais plutôt d'un scénario qui les contraint dans des expressions adolescentes si décalées par rapport à leur corps et/ou l'imaginaire auquel ils renvoient, qu'il est difficile de se passionner pour leurs problèmes de cœur.
... mais une atmosphère troublante
Paradoxalement, ce surprenant hiatus entre ce qu'ils sont et leur apparence finit par produire une poésie tragique qui nourrit joliment l'idée de fatalité poisseuse si présente dans les œuvres de Gray. Ainsi, ce lent travelling sur les portraits de famille qui veillent d'un regard condescendant sur les soubresauts inutiles du dernier fils semble dire combien il est vain de se débattre contre le destin, mais aussi la certitude des aïeux de le récupérer dans le giron familial quand il aura fini ses bêtises. Alors, seulement, il pourra grandir. L'ambiance grise et doucement dépressive, grâce à une mise en scène oppressante qui ne ménage guère d'ouverture, nous rattache alors bien plus que le scénario à ces antihéros qui, dès lors qu'ils essaient de choisir, se trouvent renvoyés à leur extrême fragilité.
Aux différentes sensibilités de décider si la réalisation sauve cette histoire mais, une chose est sûre, pour apprécier Two Lovers, il est conseillé de réveiller son cœur de midinette et de ne pas se poser trop de questions. Pour le reste, James Gray excelle à traduire l'absence de choix et, donc d'espoir, qui caractérise sa vision de l'existence et réalise un film à l'ambiance assez troublante.
Marc Petit
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Deux amours, un choix entre ce que ces deux femmes représentent = l'univers calme, aseptisé ("comme une maison de grands-parents") et tout tracé de son univers juif traditionnel, et la folie artistique, la passion fantastique, le grand départ vers San Fransisco (incarnant la vie artistique sur la cote ouest) et la nouvelle vie, loin de tout destin matériel.
"Two Lovers", c'est avant tout un film sur la résignation réaliste, la mort de l'adolescence et le début de la vie adulte; entre empirisme et fantasme. L'abrogation des rêves inaccessibles. De Ralph McReiss, posté le 20.12.08 à 12:42
http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2008/12/19/bollywood-s-empare-d-hollywood_1132123_1004868.html De Jane, posté le 20.12.08 à 19:33
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Benjamin... De Galéjade, posté le 30.12.08 à 08:55