La sortie en salles de Cyprien, film adapté d'une série de sketches télévisuels d'Elie Semoun, témoigne du fossé qui sépare les comédies françaises des comédies américaines. Car il semble bien que nos comiques français s'intéressent peu à la modernité des nouvelles comédies hollywoodiennes.
Le Figaro annonçait ce matin que Dany Boon avait gagné 26 millions d'euros en 2008, grâce au triomphe de sa comédie Bienvenue chez les Ch'tis. Le film aura également l'honneur d'un remake hollywoodien (les droits ont été rachetés par Will Smith), de même que Le Dîner de cons dont la version hollywoodienne sera interprétée par Steve Carell. Tout semble donc idyllique au royaume de la comédie française...
Pourtant, la créativité du cinéma comique français tourne souvent à vide. On constate notamment, dans la lignée de Brice de Nice en 2005, la multiplication de personnages créés au départ pour le petit écran. Le dernier exemple en date est Cyprien, long-métrage inspiré des Petites annonces d'Elie Semoun. Derrière son prétendu éloge de geeks post-ados aux physiques ingrats, le film "enfonce les clichés les uns après les autres" (lire notre critique).
Nous sommes ainsi très loin des films de la galaxie Judd Apatow, auteur-réalisateur-producteur à l'origine des nouvelles perles de la comédie américaine que sont 40 ans, toujours puceau, En cloque, mode d'emploi, Sans Sarah, rien ne va ou Délire Express. Notre analyse sur "Les geeks au cinéma" résume la situation. Dans le cinéma et les séries américaines, le geek est un personnage "réaliste et émouvant"; dans la production audiovisuelle française, "le geek ressemble tel que le présente Cyprien à une bête de foire, sorte de postface dégénérée de l’idiot du village". La comédie française a pris l'habitude de se moquer de ses personnages et de rire à leurs dépens, là où la comédie américaine rit avec ses personnages et refuse de les regarder avec condescendance.
Verra-t-on bientôt l'éclosion d'un Judd Apatow français ? La génération comique hexagonale au pouvoir ne semble en tout cas guère curieuse de ce qui se fait actuellement outre-Atlantique, si l'on en croit les propos de Kad et Olivier (dont on verra le 1er avril la comédie Safari) lors de la nuit des Oscars sur Canal + : ils reconnaissaient mal connaître le cinéma de Judd Apatow, ayant seulement vu (et peu apprécié) 40 ans, toujours puceau.
Le fossé entre rire américain et rire français est-il vraiment trop grand ?
- Lire notre analyse sur "Les geeks au cinéma"
- Lire la critique de Cyprien
Réagir à cet article
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
On ne demande pas aux comiques français de les utiliser comme modèles absolus; on constate simplement que ces films ont donné un nouveau ton à la comédie américaine et créé une nouvelle brèche, une nouvelle vague, une nouvelle génération.
Or, la comédie française contemporaine ne semble pas encore en mesure de produire un tel phénomène à l'échelle de son pays. Le constat concerne d'ailleurs également les séries télé, comme le souligne l'article de Jérôme Dittmar sur "Les geeks au cinéma".
De dEXTER, posté le 27.02.09 à 10:04
C'est qui le Judd Apatow français ? De Lo², posté le 27.02.09 à 10:26
J'étais content de lire votre analyse "les geeks au cinéma" et votre critique de cyprien, car elles confirmaient ce que je supputais au vu de la bande annonce : du cliché et une totale méconnaissance du phénomène geek. quel mec irait sortir "est-ce que tu rebootes en mode sans échec" à une fille ? on sent le scénariste qui a entendu le mot "reboot" un jour qu'il faisait réparer son PC chez surcouf et qui s'est dit que ça allait faire marrer la ménagère de moins de 50 ans...
Et j'ajouterais que dans les comédies Apataow, malgré le délire des situations, ça rseste réaliste, ancré dans le réel. On pourrait se dire "ça pourrait être moi et mes potes". Si je regarde des images de Cyprien, je trouve que ça sonne faux, des costumes aux dialogues...
sinon, si il faut prendre les comédies Apatow en modèle, je citerais plutôt supergrave qui est pour moi un petit bijou de dialogues et de situations trash. voir un tel ovni avec certains acteurs même pas majeurs sortir de l'amérique puritaine, ça m'avait scotché...
De Zorg, posté le 27.02.09 à 11:29C'est clair que j'ai du mal à me souvenir d'une comédie française qui m'a fait rire aux éclats récemment. En cloque mode d'emploi était pas mal mais franchement, pour moi Forgetting Sarah Marshall reste le meilleur. Pour une fan de série et de comédie, c'est vraiment le top... Le film est bourré d'idées originales et tordantes vues nul par ailleurs. Et Russel Brand est génial !
C'est peut-être une banalité de dire que les USA sont en avance sur nous côté comédie, mais il est bon de le rappeler à l'heure ou Dany Boon pleure parce qu'il ne se sent pas considéré par les césars. Faut arrêter, il mérite ni le prix du meilleur film, ni celui du meilleur acteur ! De sigismund, posté le 27.02.09 à 13:36
Mais je crois que cet états de fait reflète bien notre mentalité générale, hélas... De Damien L., posté le 27.02.09 à 15:40
Parmi les comédies françaises des dernières années, j'ai bien aimé "Mensonges et trahisons" (mais ça commence à dater) et surtout OSS 117, qui était drôle, rythmé, soigné et qui assumait totalement ses choix narratifs.
Le problème des comédies françaises, c'est qu'elles donnent l'impression de séparer rire et cinéma, comme si leur but était simplement de faire rire sans conséquence, sans vision, sans recul, sans point de vue artistique.
Comme le dit Sigismund, les comédies françaises n'ont pas envie de parler de la société française dans son ensemble ni d'aborder les questions qui fâchent; elles regardent souvent leurs personnages par le petit bout de la lorgnette, sans ampleur.
OSS 117 tournait en dérision la mentalité française, mais il s'agit de la France des années 1950 (la suite qui sort en avril se déroule elle en 1967). On attend une comédie qui se pencherait en profondeur sur la société française des années 2000... De Marion, posté le 02.03.09 à 13:15
Et même si son succès est confidentiel, le japonais Densha Otoko méritait d'être mentionné. Otaku, geek, même combat?