Voyage à tokyo - Ozu (1953)
L'ombre tranquille de Yasujirō Ozu plane sur l'actuelle production du cinéma japonais, en pleine santé artistique. On se souvient du style minimaliste, faussement bonhomme du génial auteur de
Printemps Tardif,
Voyage à Tokyo et du
Goût du Saké. Toujours concentré sur des histoires de familles, ce cinéaste allergique aux avancées techniques échafaudait des chroniques apparemment banales, mais sublimées par sa grande subtilité graphique. Ces superbes "drames d'intérieurs", en grande partie filmés en plans fixes (les fameux "plans-Tatami", au ras du sol) dans des maisons japonaises, ne privilégiaient pas l'action au sens physique du terme, mais au contraire la temporalité précise et déchirante des sentiments, des états psychologiques, souvent symbolisés par le changement des saisons, et les humeurs de la nature environnante. Rapide paronama de son influence actuelle, en trois films sortis en 2009.

3. Dans son superbe
Ponyo sur la falaise,
Hayao Miyazaki s'attarde plus longtemps que d'habitude (
Totoro aussi) dans une maison japonaise. Les enfants dégustent un plat de nouilles, sous les yeux protecteurs de la maman. Une scène sans enjeu dramatique visible, mais belle par sa simplicité même. Fixe, montée en champs/contre-champs, la séquence mise sur les détails : jolie et mémorable parenthèse à la Ozu au milieu d'un spectaculaire maelstrom graphique.
2. Le dernier
Kiyoshi Kurosawa,
Tokyo Sonata sans ses fantômes habituels, vise lui aussi une forme d'épure ozuienne. Les plans d'intérieurs, asphyxiants, révèlent des tensions familiales emmurées dans le non-dit. Les repas, comme chez Ozu, sont le théâtre privilégié (et obligé) d'affrontements violemment calmes. Extrait.
Tokyo Sonata - Extrait
1. C'est encore plus frappant dans le dernier Hirokazu Kore-eda (auteur de
Nobody knows en 2004), dont le style néo-classique se souvient visiblement des plans de coupe ozuiens (les "pillow-shots"), composés de natures mortes. Les gros plans sur le maïs et les haricots dans la cuisine, les fleurs et les arbres dehors, tout celà participe d'une savante architecture dramatique, le plus souvent confinée dans l'espace restreint d'une maison nippone. Son magnifique
Still Walking, qui sort le 22 avril, emprunte beaucoup au grand maître Ozu (ainsi qu'à
Mikio Naruse), pour évoquer une poignante chronique familiale, douce-amère et hantée par le deuil.
Still Walking - Bande annonce Vost FR