Tressautants, lo-fi, improvisés, féminins, vifs et écorchés, âpres et minimalistes : Wendy and Lucy, et The Pleasure of Being Robbed : ces deux films sortis à une semaine d’intervalle, l’un réalisé par Kelly Reichardt, l’autre par le jeune Joshua Safdie, évoquent beaucoup l’unique film mis en scène par Barbara Loden, Wanda. Ce film « culte », datant de 1970 (Loden meurt dix ans après d’un cancer), relate la dérive erratique d’une femme mariée, croisant sur sa route un petit gangster. Tourné en 16 mm, Wanda posait, après John Cassavetes (Shadows), les bases d’un certain cinéma indépendant, concentré sur les variations de jeu des acteurs. Comme un morceau de jazz, ces films expérimentaux, et Wanda en particulier, tiennent une note, une émotion, et la triturent pour en prélever toute la richesse et la profondeur.
De la même manière, mais avec une douceur particulière au style de Kelly Reichardt, Wendy & Lucy parvient superbement à exprimer le sentiment d’abandon, de solitude extrême d’une femme à la recherche de son chien, ballottée par les évènements pendant tout le film. La solitude est un thème central dans Wanda, film sur la marginalité et l’errance d’une femme, tout comme The pleasure of being robbed. Safdie filme la belle Eleonore Hendricks dans son parcours chaotique de kleptomane, donnant l’impression (un peu maladroitement) d’une suite de situations provoquées par le hasard. L’image est salie, lo-fi, comme pour mieux exprimer l’aspect indéfini, esquissé (tel un croquis ou un brouillon) d’une narration en work in progress.
Réagir à cet article
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z