
"C'est comme un enfant, on ne sait jamais s'il est au père ou à la mère". Ainsi parle Hippolyte Girardot de son premier film, Yuki et Nina, co-réalisé avec le japonais Nabuhiro Suwa (M/Other). Traversé par de belles fulgurances oniriques, cet ovni tendre et surprenant sur l'enfance en plein jet lag post-divorce est présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Pendant la conférence d'après-projection, l'acteur et néo-réalisateur français a comparé ce film à l'expérience de la paternité. Extraits :
Comment cette collaboration a-t-elle été rendue possible ?
Hippolyte Girardot : Ca a existé, cette collaboration, et ça a marché. Il parle japonais, pas moi. J'habite en France, lui au Japon. Ca nous a donné du temps pour écrire, et travailler à distance. Le moment du tournage a été un moment de précipitation - comme on parle de précipitation en chimie.
Nabuhiro Suwa: La relation entre nous est très particulière : nous ne sommes ni un couple, ni des frères ! (rires) C'est rare au cinéma. Nous avions cependant une expérience commune : les enfants. Nous avons tous les deux des enfants. C'est à partir de ça qu'on a bâti le scénario de Yuki et Nina.
Hippolyte Girardot : Notre film, c'est comme un enfant, on ne sait jamais s'il est au père ou à la mère. La fille, Yuki, survit à ça. On en pouvait que faire un film à-dessus. C'était l'histoire qui devait se raconter.
Comment avez vous dirigé ces jeunes enfants sur le tournage ?
Hippolyte Girardot : L'honnêteté vis-à-vis de l'enfant, c'est de l'impliquer et de l'observer. On a trouvé cette petite fille (personnage de Yuki) qui ne voulait pas faire de cinéma, enfin elle voulait bien être Marilyn Monroe mais c'est tout. (sourire) On a créé des situations simples, dans laquelle "Yuki" pouvait s'exprimer intimement. On observait. Une fois que les choses s'étaient passées, on voyait, on s'adaptait. Le personnage de Yuki est devenu une sorte de guide.
Nabuhiro Suwa: La plupart du temps au cinéma, on projette sur les enfants des sentiments d'adultes. Or je suis persuadé qu'il existe des sentiments qu'ont les enfants, mais que ne comprennent pas les adultes. C'est ce qu'on a essayé de montrer dans le film. Parfois, on était perplexe avec Hippolyte, car les enfants suivaient leur logique propre. On était souvent déroutés, désemparés. Il nous fallait alors nous adapter, en créant de nouvelles situations, et ainsi les emmener où on voulait.
Hippolyte Girardot : On était comme des parents qui ne comprennent pas leur enfant. Faire un film c'est des étapes, comme dans la vie. La métaphore des parents, c'est vraiment le film.
(Photo Eric Vernay)
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