
« L'arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué un jour à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde-champêtre, coupable d'avoir déplacé sa chèvre de deux mètres. » C'est le point de départ du dernier film de Luc Moullet, autobiographique et documentaire.
Lire la critique de La Terre de la folie.
Nous avons rencontré le cinéaste, impassible, inattendu et deleuzien derrière ses lunettes de soleil. Extraits.
De quel désir est né La Terre de la folie ?
Mon producteur, le même que pour La Genèse d'un repas (un gros succès il y a une trentaine d'année), voulait un documentaire. Un long métrage. J'ai fait La Terre de la folie parce que je connaissais bien le sujet, la folie dans les Alpes du Sud.
C'est-à-dire ?
Une partie de ma famille est de la région, et parfois victime de certains troubles mentaux. Et puis je lisais la presse, je m'intéressais à l'univers de la région. J'ai pu constituer comme ça une source importante de documentation. J'ai donc pu écrire presque sans "documents" (il y a plus de 60 ans de documentation inconsciente), puis j'ai complété un peu en faisant une recherche plus systématique.
Pourquoi avoir délimité un "pentagone" de la folie dans les Alpes du sud ?
Je me suis aperçu que la folie s'était concentrée sur une région, et que les limites de cette région s'inscrivait dans un pentagone. C'était un bon point de départ, avec la différence entre le côté un peu géométrique, officiel, abstrait du pentagone, et le côté irrationnel de la folie. Cette différence apporte de la drôlerie.
Vous suivez une logique plus empirique que scientifique dans le film. Vous rencontrez des gens, et tirez vos propres conclusions.
Le film passe par ce que je trouve, les personnes que j'interviewe. C'est une source fondamentale du documentaire, on trouve des réalités qu'on ne connait pas et on les montre. Il y a toujours un côté hasard qui prédomine, et qui devrait prédominer dans le documentaire. S'il ne prédomine pas, ça devient presque de la fiction.
Vous apparaissez dans le film, ce qui rend le documentaire autobiographique.
Je parle de moi-même, ça donne un point de départ. C'est le principe de la petite forme chez Deleuze, on part de très petites choses, et puis on élargit le paysage. Ca s'est transformé au fur et à mesure. Les personnes qui testaient mon film - je fais beaucoup appel à des avis extérieurs - trouvaient que c'était mieux quand on me voyait plus souvent. Ca donne un fil conducteur, une sorte de héros comme dans un film de fiction. Le réalisateur qui intervient dans les documentaires, c'est devenu fréquent, chez des autres "M" : Mograbi, Moore...
Les témoignages sont sordides, pourtant on rit beaucoup.
Il y a toujours une part de comique dans mes films. Beaucoup dans la réalité. On est plus sensible au comique quand il y a une suite d'affaires dramatiques, parce qu'on cherche quelque chose qui puisse détendre. S'il y a une seule affaire criminelle, on peut ne pas rire, mais quand il y en a une vingtaine, ça dépasse les bornes, et ça fait rire.
Qu'est ce qui vous fait rire dans la comédie française contemporaine ?
J'ai adoré Saint-Jacques... La Mecque de Coline Serreau, comme d'ailleurs la plupart de ses comédies. Coline Serreau me semble un auteur majeur du genre.
Et au cinéma en général ?
Je ne ris pas trop au cinéma, parce que chaque fois qu'il y a un film comique, je sens un concurrent et ça me glace un petit peu. Mais enfin je me laisse souvent aller, et effectivement il y a des gags que j'aime beaucoup. J'ai beaucoup ri par exemple devant Délire Express, qui n'a pas bien marché en France, mais bien en Amérique. Il y a des gags et des rebondissements exceptionnels.
(photo Marc Buchy)
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