
Amreeka, J'ai tué ma mère, Carcasses et Polytechnique. Parmi ces quatre (!) films canadiens présentés à la Quinzaine des réalisateurs, Carcasses est sans conteste le plus étrange. Peut-être même le seul véritable ovni atteri à Cannes cette année. Déjà auteur de trois longs métrages, Denis Coté rêvait de fouler la Croisette depuis longtemps, comme il l'a expliqué avec son fort accent canadien, lors de la projection de Carcasses. "Dans une autre vie, j'étais critique de cinéma. Mais je ne me suis jamais rendu au Festival de Cannes, à la surprise de mes amis. Je m'étais promis de ne pas mettre les pieds à Cannes sans y être invité pour présenter un film. Ce moment est enfin venu!"
Mi-docu, mi-fiction, mi-truc de ouf, Carcasses ne ressemble a rien de connu. C'est l'histoire d'un vieux Canadien vivant dans un cimetière d'autos, au milieu des bois. Seul parmi ces débris entassés qu'il retape et revend depuis quarante ans, Jean-Paul Gomar est heureux. Mais son jardin d'Eden bigarré, fruit d'une accumulation hallucinante et chaotique, est soudain investi par trois trisomiques adolescents, armés d'une carabine. Le pur docu, axé sur la radiographie minimaliste et décadrée d'un lieu unique se teinte alors de fiction : Côté injecte un onirisme bizarre, contemplatif et loufoque dans ce portrait sidérant d'un "ramasseur", sorte de Crusoë mécano au débit vocal aussi accidenté que ses tas de tôle. Carcasse, où le paysage mental d'un homme libre, inoubliable héros marginal. Et la découverte d'un vrai cinéaste radical.
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