
Karl Malden a rejoint Jack Palance au paradis des gueules cassées. Malden était un sacré acteur à trogne. Son gros nez cassé lui faisait dire qu'il était "le seul acteur à Hollywood dont le nez lui permet d'avoir une place de parking réservé aux handicapés". Il est mort mercredi, à l'âge de 97 ans, à Los Angeles.
Né le 22 mars 1912 à Chicago, d'une mère tchèque et d'un père serbe, Mladen Sekulovich laisse tomber les études pour travailler dans une aciérie, qu'il quitte pour les planches, en 1934. Un tremplin pour Hollywood, où son physique de bûcheron lui vaut surtout des rôles de réacs bornés, voire un peu fachos sur les bords. Mais il sait extraire de ses personnages une humanité touchante, notamment chez Elia Kazan, rencontré à Broadway. Un Tramway nommé désir (1951), Sur les Quais (1954). Deux films mémorables qui révèlent au monde entier le talent d'acteur de Malden, récompensé par un Oscar en 1951 pour le rôle de Mitch, dans l'adaptation de la pièce de Tennessee Williams.
Souvent dans l'ombre de Marlon Brando (également dans l'extraordinaire Vengeance aux deux visages, 1961) l'éternel second couteau d'Hollywood aura quand même droit à un premier rôle, de nouveau chez Kazan, dans Baby Doll (1956). Malden construit une carrière solide, en travaillant souvent avec les plus grands (pas toujours sur leurs meilleurs films), de George Cukor (Winged Victory, 1944) à Alfred Hitchcock (La Loi du silence, 1953), en passant par Henry Hathaway (Le Carrefour de la mort, 1947), Otto Preminger (le chef d'œuvre Mark Dixon détective, 1950) et John Ford (Les Cheyennes, 1964).
Dans les années 1970, « l'homme au gros nez » (son surnom, plutôt ingrat) passe au petit écran, et devient le mentor de Michael Douglas (dont le père Issur Danielovitch, alias Kirk Douglas, fut un collègue d'usine), son partenaire dans la série à succès Les rues de San Francisco. La suite est oubliable. On retiendra son humanité rustre camouflée derrière une superbe gueule cassée.
RIP.
Réagir à cet article
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
J'avais du mal à croire qu'un acteur comme lui puisse avoir été oublié au point que sa présence au second plan passe complètement inaperçue... et pourtant c'était le cas. Sinon c'était le genre d'acteur qui toute sa vie donne l'impression d'avoir cinquante balais, un peu comme Gene Hackman ou Jean-Pierre Marielle en France. A se demander s'il est pas sorti du ventre de sa mère avec un gros nez et une calvitie.