Top estival : 10 raisons de préférer l’hôtel au camping

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Posté par JDittmar le 31.07.09 à 20:41 | tags : short list, horreur

Les vacances, ses balades en forêt, le camping au bord d'un lac ou la location d'un mignon petit bungalow où l'on imagine déjà vivre un moment coupé du monde. Tout un programme qui parfois fait rêver et surtout stimule le cinéma, bien décidé à jouer avec notre joyeuse insouciance, nos petits séjours en amoureux ou bien nos désirs libidineux. C'est le terrain favori du film d'horreur américain, où dans les bois et les contrées reculées se cachent de dangereux psychopathes, quand ce ne sont pas des rednecks dégénérés ou des monstres venus d'ailleurs. La nature est hostile pour le citadin, les créatures qui l'habitent lui rappellent sa condition d'homme moderne délivré de son primitivisme. Pour tous ceux qui ont donc décidé de passer leurs vacances au camping, d'envoyer leurs enfants en colo ou de partir à la roots pour retrouver l'essence perdue de Thoreau, voici une petite liste des films à ne pas voir avant de plier bagages.

 

10. Piranhas (Piranha) de Joe Dante (1978)

Trois ans après le succès colossal des Dents de la mer, Roger Corman, à qui on aurait pu trouver bonne place dans notre liste de remakes, profite du succès du film de Spielberg pour mettre en chantier, sans scrupules, Piranhas, qu'il confie aux soins du cinéphile Joe Dante. Les poissons voraces amateurs de chair fraiche ont remplacé le grand requin blanc, l'océan et ses plages deviennent les rivières d'un camp de vacances pour enfants, et pour donner un peu de sens critique à tout ça (on est chez Dante), les bestioles sont le résultat d'une mutation causée par un programme de l'armée. Avant d'aller faire trempette en eau douce, vérifiez donc où vous mettez les pieds.

 

9. Eden Lake de James Watkins (2008)

Un séjour en amoureux dans la nature, au bord d'un lac, rien de tel pour se ressourcer et espérer vivre un petit moment romantique. Sauf quand une bande d'ados agressifs débarquent accompagnés d'un Rottweiler, bien décidés à foutre en l'air tout ce qui semblait a priori idyllique. Avec Eden Lake, l'anglais James Watkins reprend les codes du survival posés par Délivrance, et signe un thriller sociologique intense, violent et chaotique. Un peu complaisant au final, mais efficace. Pour un week-end avec votre bien-aimé(e), préférez les stations balnéaires hors saison, il n'y a que des vieux.

 

8. Anthropophagous de Joe D'Amato (1980)

Les îles grecques, le rêve. Combien ont fantasmé sur leurs paysages, le bleu parfait de la Méditerranée, les plages encore sauvages. Sûrement ce qu'espérait trouver la bande d'amis d'Anthropophagous qui en débarquant sur une île déserte ne s'attendait pas à tomber entre les filets d'un dangereux maniaque mangeur d'hommes. Gros bis italien qui tâche signé du pornographe Joe D'Amato, Anthropophagous cumule les atrocités sans vergogne (éviscération d'une femme enceinte, visage lacéré à coups de toiture, on en passe et des plus aberrants), le tout dans un climat glauque, sinistre, appuyé par une photo cradingue. Atrocement mal fichu, mal joué, symptomatique des productions transalpines de l'époque, le film (souvent interdit ou remonté) restera pour ses quelques moments d'anthologie gore et son ambiance. Si on vous propose un petit séjour sur une île grecque oubliée des touristes, pensez à venir armé.

 

7. Cabin Fever d'Eli Roth (2002)

Louer un bungalow en forêt avec des amis pour fêter la fin des études, une belle occasion pour se bourrer la gueule et autres joyeusetés avant de rentrer dans le rang. Pas de bol, un méchant virus fait irruption et dévore soudainement la chair des convives. Avec Cabin Fever, le surestimé Eli Roth, Guy Debord de la série Z, signe un premier film remarqué. Il s'embrouille, comme toujours, à vouloir intégrer distanciation, humour et ironie à ses petites images horrifiques, mais sait poser une ambiance. Sans retrouver la force de ses maîtres (Craven n'est pas loin), il devient en un film la nouvelle figure à suivre du cinéma d'horreur américain. Tarantino le prendra ainsi ensuite sous son aile pour les fumeux Hostel, comme quoi il peut aussi avoir mauvais goût. Avec vos potes, pour la fin du Bac ou votre soutenance de thèse, préférez une bonne vieille virée en ville. Ou pensez à apporter une pommade anti allergie cutanée.

 

6. Le Projet Blair Witch (The Blair Witch Project) de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez (1999)

Quel cinéaste en herbe n'a pas fantasmé de faire un coup marquant de sa petite patte fraiche l'histoire du cinéma ? Telle est l'histoire du Projet Blair Witch, film concept un peu nul en définitive, mais qui restera à jamais dans les mémoires pour son dispositif, repris près d'une dizaine d'années après par Rec, Diary of the Dead et Cloverfield. Tout le monde se souvient en effet de ce trip en forêt, caméra au poing (le film est d'une laideur épouvantable), où trois étudiants en cinéma tournent un obscur reportage sur la sorcellerie. Les images que nous voyons sont les rushs de l'enquête, et tout est mis en scène afin de créer un objet tendant à réinventer son médium. Oubliés depuis, Myrick et Sanchez cherchent à déplacer artificiellement le regard du spectateur pour donner au projet une mythologie méta-filmique (premier buzz Internet de l'histoire du cinéma). Ils veulent resituer le pacte de croyance, ce qui ne sera au final qu'un pétard mouillé, mais d'une certaine efficacité par sa capacité à reformuler la mise en scène d'un point de vue technique. En dépit du fait que tout cela ne sera au final qu'une belle baudruche théorique. Si vous disparaissez en forêt, comptez sur nous pour ne pas regarder vos bandes vidéos trouvées par la police.

 

5. La Colline a des yeux (The Hills Have Eyes) d'Alexandre Aja (2006)

Partir en famille pour la Californie, dans un camping car, afin de resserrer des liens un peu distendus, ça part plutôt d'une bonne intention. Seulement il faut toujours se méfier des routes désertes du fin fond de l'Amérique, elles sont le territoire des symptômes maudits du pays, bien décidés à décimer les âmes égarées pour faire valoir leur propre justice - quand ils ne sont pas le retour du refoulé de ceux qu'ils massacrent. Avec La Colline a des yeux, remake du culte, fauché et surestimé film éponyme de Craven, Alexandre Aja livre une copie honnête et maîtrisée surpassant l'original. Les cannibales d'autrefois deviennent les habitants d'un village irradié (joli tour de passe-passe piqué au détour d'un dialogue chez Craven). De la pure barbarie abstraite mais symbolique, on change donc d'axe et s'oriente vers une forme de vengeance aux résonnances plus politiques (sans dépasser toutefois le pur prétexte narratif). Aja radicalise au passage l'esthétique documentaire de son maître, optant pour un style encore plus frontal et brutal. D'où aussi la limite du film dont le maniérisme réaliste produit finalement qu'un simple effet vintage. Efficace mais un peu vain, puisque ce qu'inventait Craven à son époque n'est réduit ici qu'à des gimmicks. Lors de votre road trip aux USA, pensez à ne jamais dévier de l'itinéraire que vous donne le GPS.

 

4. Evil Dead (The Evil Dead) de Sami Raimi (1981)

Ce bon vieux bungalow perdu dans les bois, encore lui, tout un mythe. Entre amis, quoi de mieux pour se détendre, faire une marche en forêt, profiter de la nature et ainsi retrouver la joie des choses simples ? Un beau programme, encore, sauf quand on tombe par hasard sur le Necronomicon, alias Le livre des morts. Bon, pas évident a priori, et pourtant, quiconque a vu le très culte Evil Dead de Sam Raimi sait qu'il faut se méfier des bouquins poussiéreux, surtout accompagnés d'une mystérieuse K7 audio qui à l'écoute relâche les forces du mal. Avec Evil Dead, tourné pour trois fois rien mais une inventivité de génie, Raimi a bâti sa légende d'artisan surdoué. Un film survitaminé, hystérique, comique, horrifique, où il recycle déjà avec bonheur ses influences venues de la BD, huit ans avant Darkman, et vingt avant Spider-Man. Si jamais vous dégottez un grimoire énigmatique dans cette maison à l'écart que vous avez louez pour vos vacances, vous savez quoi faire.

 

3. Vendredi 13 (Friday the 13th) de Sean Cunningham (1980)

« Les jolies colonies de vacances, merci papa merci maman » de m'avoir envoyé me faire trucider par un maniaque avec un masque de hockey. Ah, il y avait pas pensé Pierre Perret à Vendredi 13. La maman de Jason, bien décidée dans le premier épisode à venger son fils en massacrant les moniteurs de colo, ça lui avait pas traversé l'esprit. Si on l'écoutait, on irait tous se faire découper en morceaux à Crystal Lake, où Jason, en onze épisodes (si on compte sa rencontre au sommet avec Freddy et ceux où il apparaît), n'a cessé de jouer au bucheron réac en clouant aux murs des jeunes dépravés. Parce qu'il faut bien l'avouer, Jason, ok il venge maman, mais il a aussi un gros problème avec la chose. Peut-être que tout cela n'est finalement qu'une question d'Oedipe, allez savoir. On sait, c'est plus que ça, la révolution sexuelle, le libertarisme des seventies, Jason, lui il aime pas, il veut sa mère, sa baraque au calme dans les bois, et des moniteurs de colos responsables : pas de drogue, pas d'alcool et surtout pas de sexe. Bref, Jason, un puritain qui s'ignore et réglant ses désaccords à la machette. Plutôt qu'envoyer vos progénitures en colo parce qu'elles vous ont tapé sur les nerfs durant l'année, préférez des vacances en famille, ça fait pas de mal. Conseil de Jason Voorhees, moraliste.

 

2. Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chainsaw Massacre) de Tobe Hooper (1974)

Mais quelle idée de passer par un trou paumé du Texas ? Chacun sait que c'est le bastion des rednecks dégénérés, des pires tueurs en série ou des maniaques anthropophages. Bref, l'Etat que vous bannissez de votre road trip aux States. Surtout depuis Massacre à la tronçonneuse, où une bande d'amis un peu hippie sur les bords, en route pour visiter la tombe du grand-père de l'un d'eux, s'est fait transformer en barbaque par une famille de cannibales. Un film clé, définitif et droit dans les bottes de son époque. Sur laquelle, avec son esthétique hyperréaliste (empruntée au documentaire pour renvoyer aux reportages sur le Vietnam), Tobe Hooper pose un regard nihiliste et inquiet. L'homme y est transformé en matière, vulgaire morceau de viande promis à nourrir une Amérique barbare et invisible. Il est un combustible animal mis au niveau d'un bœuf, à une période où le pays erre en pleine crise existentielle, revenu des idéaux libertaires et sans nouvelles perspectives, empêtré dans une guerre à l'autre bout du monde dont les images sont autant d'atrocités. Hooper signe une œuvre de la désillusion, intense, implacable, anxiogène. Un road movie s'enfonçant dans un monde primitif à la violence frénétique et répétitive, presque mécanisée. Massacre à la tronçonneuse, c'est un peu la fin de l'Histoire. Méfiez-vous décidément des maisons isolées, elles cachent la monstruosité du monde que nous ne voulons voir. Et pour se gâcher les vacances, rien de tel parfois que la vérité.

 

1. Délivrance (Deliverance) de John Boorman (1972)

Depuis Délivrance, tout le monde sait qu'une petite virée entre amis dans la nature peut virer au cauchemar. Inventeur du survival, mille fois repris depuis et à toutes les sauces, le film de John Boorman est devenu une référence. Une œuvre éprouvante, stressante, aussi bien physiquement que moralement. Délivrance laisse des traces, qu'on aime ou déteste n'est pas la question, il traumatise (ce qui pourrait être une bonne raison de l'éviter). Boorman transforme un trek écolo en enfer. Le mythe d'un retour à la nature, alors en poupe et sur les bases réactivées de Thoreau, est une dangereuse illusion. L'homme doit accepter la civilisation, son rêve d'un paradis perdu ne peut le conduire qu'à une régression barbare dont il fait ici l'effroyable expérience. En allant à l'encontre des utopies encore en vogue en ce début des années 70, Boorman tire donc un constat dur mais lucide. Ceci lentement, au fil d'une intrigue sans fioritures et filmée avec une certaine ampleur. Vous savez maintenant quel film montrer à ce groupe d'amis vaguement néo hippies qui vous sollicite pour partir camper en forêt. Ou alors changez d'amis.

 

 

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De OhMe, posté le 01.08.09 à 10:46 Prévenir les modérateurs en cas d'abus C'est quoi cette obsession qu'a l'auteur pour le caractère politique des flims de peur ? en ont-ils vraiment un, d'abord ? et est-ce si important que ça ?

Quant à cette espèce de [i]baudruche théorique[/i] de Blair Witch, ça fait pas de doute qu'elle l'a traumatisé au point qu'il se permette cette petite vengeance dans sa chronique. Que le film soit moche et creux, qu'il ne véhicule absolument aucune idéologie crypto-libérale, ça on s'en fout un peu; sa prise de vue claustrophobique à la première personne suffit je pense à le rendre marquant.

Mais notre chroniqueur vit dans le présent après tout, c'est pour ça qu'il s'autorise le barbouillage de sa critique de termes comme "en définitive" et "au final", pour bien nous faire comprendre qu'il a le recul des choses et que sa vision initiale de l'œuvre n'avait alors aucune importance, puisque ce n'est qu'ensuite qu'il a réussi à démonter l'odieux stratagème avec son petit esprit de mécano.
De Corn-Flakes, posté le 02.08.09 à 03:11 Prévenir les modérateurs en cas d'abus Je pense que le commentaire d'OhMe était la chose la plus pertinente de cette page web.

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