10 gunfights d'anthologie

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Posté par JDittmar le 05.08.09 à 12:13 | tags : short list

 

Avant que le gunfight ne s'installe au cinéma comme autrefois les numéros dansés du musical, on parlait simplement de fusillade ou au mieux de duel. John Woo a changé notre vision des choses. Seulement lui ? Non, d'autres, avant, après, s'inspirant ou pas du tout du maître hongkongais, venant d'ailleurs, ont donné leur lettre d'or à ces morceaux de bravoure où tout n'est question que de style, autant dire l'essentiel. Voici donc nos dix gunfights favoris, à vous de nous donner les vôtres.

 

10. Wanted de Timur Bekmambetov (2008)

 

 

Avec Night Watch et Day Watch, le russe Timur Bekmambetov a vite tapé dans l'œil des studios hollywoodiens. Ni une, ni deux, ceux-ci lui ont confié les manettes de Wanted, une adaptation de comics à l'idéologie franchement limite, mais lui laissant suffisamment de latitudes pour recycler à cent à l'heure son chapelet d'influences matrixiennes. Au milieu de ce grand bordel où il y a à boire, et à manger, un gunfight dantesque et sauvage avec James McAvoy. Bekmambetov assume (ses références) et surtout assure, maîtrisant parfaitement sa mise en scène, son montage, ses effets, bref tout. C'est court, mais c'est bon.

 

9. Desperado de Robert Rodriguez (1995)

 

 

Après El Mariachi qui lui servira de brouillon, Robert Rodriguez retrouve son guitariste préféré dans Desperado. Il tourne alors son premier film pour un studio américain, lancé et épaulé par Quentin Tarantino, ici en guest. Notre homme ne rougit pas de citer Leone et John Woo à tout bout de champ, mais on ne lui en veut pas, car il le fait bien, et sans s'en cacher, bien au contraire. Parmi les meilleures scènes d'action du film, on se souviendra de celle du bar. Antonio Banderas y manie les armes avec une dextérité folle, extirpant, après un suspens au cordeau, un puissant arsenal de son étui à guitare. Sens de l'espace, musicalité, chorégraphie, Rodriguez est jeune, mais il a tout pigé. Et avec humour, ni peur de l'excès.

 

8. Matrix (The Matrix) des frères Wachowski (1999)

 

 

On dira ce qu'on voudra, les frères Wachowski ont définitivement marqué l'histoire du cinéma avec Matrix. Et le gunfight en duo avec Neo et Trinity dans le hall de l'immeuble est un morceau d'anthologie. La plasticité et célérité des corps, alors inédites, inventent de nouvelles trajectoires. Après Peckinpah, John Woo, King Hu et Tsui Hark, les Wachowski redéfinissent à leur tour la géométrie euclidienne du cadre et la matière temporelle des images. Le terrain de jeu virtuel de Keanu Reeves est un espace des possibles où toutes les lois terrestres et filmiques sont renversées.

 

7. Les Incorruptibles (The Untouchables) de Brian De Palma (1987)

 

 

Lorsque Brian De Palma emprunte à Sergei Eisenstein la scène, célèbre, des escaliers d'Odessa du Cuirassé Potemkine pour Les Incorruptibles, il dépasse la citation. Ce qu'il y a à voir réside moins dans la référence que la capacité à la plier à la logique du film. Un moment donc de suspens, intense, brillamment composé, totalement nouveau et refabriqué, où il ne s'agit plus d'histoire du cinéma mais d'enjeux formels. En d'autres mots, De Palma tente de nous faire oublier Eisenstein en partant de lui.

 

6. La Horde sauvage (The Wild Bunch) de Sam Peckinpah (1969)

 

 

Si La Horde sauvage n'est pas le meilleur film de Peckinpah, il restera comme son plus connu. Notamment pour sa longue fusillade finale, moment de violence paroxystique, apothéose baroque et décadente mettant pour de bon sa conclusion au western américain. Les films suivants de Peckinpah, le génial Un nommé Cable Hogue ou le sublime et définitivement crépusculaire Pat Garrett et Billy the Kid, n'étant que des œuvres de la mélancolie, de l'après, du regret. Un gunfight mémorable donc, mais aussi un bras d'honneur avant un suicide. Les héros, l'Ouest, c'est fini, quelque chose de l'Amérique vient de mourir, à moins que ce ne soit son illusion.

 

5. Le bon, la brute et le truand (The Good, the Bad and the Ugly) de Sergio Leone (1966)

 

 

Si Leone est plus célèbre pour ses duels digressifs que ses gunfights, on ne pouvait pas, toutefois, l'exclure de cette liste, ne serait-ce parce que son influence est aujourd'hui omniprésente (Johnnie To, Tarantino, Rodriguez). Parmi ses westerns cultes, choisissons donc Le Bon, la brute et le truand, et son duel mémorable à trois entre Clint, Lee Van Cleef et Eli Wallach. Le scope, la musique de Morricone, le silence, les cadres aux perspectives de trois-quarts, les gros plan, le découpage ciselé, ce temps qui se dilate et nous absorbe pendu au moindre micro mouvement ou battement de sourcil, l'attente, encore l'attente, les regards, et soudainement tout qui s'accélère, des coups de feu, la caméra qui s'éloigne, la pression qui relâche. Peu de choses mais beaucoup de talent pour rentrer dans l'Histoire.

 

4. The Mission de Johnnie To (1999)

 

 

Mettre l'élève avant le maître, soit le successeur de Sergio Leone avant l'un de ses héritiers, peut paraître assez gonflé. La réponse à cela est simple. Disons qu'on préfère le Hongkongais à l'Italien pour son élégance, sa capacité à devenir toujours plus abstrait, à composer un cinéma rigoureusement géométrique, obsédé par les diagrammes. The Mission, sans doute le chef d'œuvre de Johnnie To, l'exprime mieux que tout autre. Notamment avec cette scène de gunfight dans le mall, tout en douceur, lenteur, précision et lignes de fuite, composant avec l'architecture, les surfaces, la topographie, pour créer le gunfight le plus classe de l'Histoire du cinéma.

 

3. Piège à Hong-Kong (Knock Off) de Tsui Hark (1998)

 

 

Tsui Hark n'a pas bâti, à l'inverse de John Woo, sa réputation sur les gunfights. En règle générale il préfère les armes blanches. Exception qui confirme son talent dont on ne fera jamais assez l'éloge (passée), Piège à Hong-Kong avec Jean-Claude Van Damme. Pour son second film avec le Belge, le Chinois décide, après l'échec et son expérience hollywoodienne désastreuse sur Double Team, de rapatrier tout le monde chez lui pour montrer de quel bois il se chauffe. En ressortira l'un des meilleurs films de son auteur et un final hallucinant où sur un bateau cargo, entre des containers mouvants, Hark invente un gunfight reformulant comme à son habitude toutes les règles du cinéma. Un grand film crépusculaire, abstrait, où tout est faux (Knock Off), et seulement motivé, à l'heure où le cinéma de Hong Kong signe son avis de décès, par le désir de continuer à faire des images.

 

2. Heat de Michael Mann (1995)

 

 

Savoir filmer un gunfight, c'est une question de style et de rapport à l'espace, pour ne pas dire au monde. Afin d'établir une construction parfaite, efficace, créer des dynamiques, des lignes de tension et les points qui vont avec pour se repérer, il faut aussi être un peu mathématicien, s'y connaître en géométrie. Michael Mann a fait de la ligne droite le motif de son cinéma. Ses personnages, ce qui les habite, leur donne une direction, comme ses plans, sont donc des tracés. Avec Heat et sa scène d'anthologie où De Niro et son équipe s'enfuient de la banque, pourchassé par Al Pacino et ses hommes, Mann donne un bréviaire de son cinéma : des héros nietzschéens fonçant droit, anéantissant tout sur leur passage, pour arriver à leur but. Toujours mus par la pureté de leur morale, ils pulvérisent ce qui entrave leur rêve.

 

1. A toute épreuve (Hard Boiled) de John Woo (1992)

 

 

Avant John Woo, personne n'utilisait le terme de gunfight pour évoquer une fusillade, tout au moins chez nous. Il est pour ainsi dire donc l'instigateur du mot, celui qui aura laissé sa trace dans l'Histoire du cinéma avec des scènes devenues sa marque de fabrique. On aurait pu citer dans cette liste tous ses derniers chefs-d'œuvre hongkongais : Le Syndicat du crime 1 et 2, Une balle dans la tête (notre favori), The Killer, mais le plus évident demeure son adieu à l'ex colonie britannique : A toute épreuve. Un film d'action pur, aux proportions jamais vues ni dépassées depuis. Woo a tout donné pour cette carte de visite que les Américains se sont passés en boucle. Parmi les nombreux gunfights du film, le premier venant spontanément en mémoire est celui de la maison de thé. En juin 1993, à la sortie du film en salles ici, le choc esthétique était sans commune mesure. Rien ne nous y avait préparé.

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De Pauline, posté le 05.08.09 à 14:11 Prévenir les modérateurs en cas d'abus Superbe Top 10. Tellement d'accord avec vous pour The Mission, quelle classe cette séquence et quelle film magistral et élégant  ! J'aurais peut-être ajouté L'homme qui tua Liberty Valence pour le duel "trompeur" ou encore la scène finale d'Impitoyable, mais bon, c'est histoire de chipoter !
De Macpain, posté le 09.08.09 à 20:04 Prévenir les modérateurs en cas d'abus Equilibrium était intéressant dans le genre aussi. Mais rien, rien ne peut remplacer Hard Boiled.
De _rem, posté le 10.08.09 à 12:56 Prévenir les modérateurs en cas d'abus J'ai passé le gun fight de l'entrepot de hardboiled en boucle dans mon adolescence mais vrai que le salon de thé rox.

Je pensais aussi au 10 premières minutes de breaking news ou au gun fight dans l'ascenseur dans Sonatine de Kitano.
De Johannes, posté le 12.08.09 à 22:31 Prévenir les modérateurs en cas d'abus Dommage que la liste soit tributaire de la disponibilité des extraits sur Youtube ou Dailymotion. Le Gang des Frères James ("The long Riders" en V. o. ) de Walter Hill, Keoma d'Enzo G. Castellari, Dillinger de John Milius, Miller's Crossing des frères Coen contiennent également de très belles fusillades. Dans le genre mitraillade, un homme contre toute une armée, il y a une séquence absolument anthologique, dans un très beau noir et blanc, à la fin de La Vérification d'Alexei Guerman.
De Johannes, posté le 13.08.09 à 12:52 Prévenir les modérateurs en cas d'abus Et il est vrai que certains combats au revolver comme ceux qui terminent La Poursuite infernale et Règlement de comptes à O.K. Corral, pour vieux qu'ils soient, restent des références en termes de gestion de l'espace, de chorégraphie du mouvement et de découpage cinématographique. Il y a aussi un "gunfight" bref mais incroyablement violent et efficace à la fin de L'Homme sans frontière de Peter Fonda. Pour revenir à Castellari, la fusillade finale dans le port de Marseille à la fin de Le Témoin à abattre est tout simplement incroyable ! Mais il est vrai que le film abonde en séquences mémorables, la plus anthologique - aux limites du grotesque - étant celle de l'assassinat de James Whitmore.

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