
Autrefois populaire, la comédie musicale est un genre aujourd'hui tombé en désuétude. Quelques uns, pourtant, tentent timidement de la ressusciter, souvent avec un succès public indiquant finalement que ces laudateurs sont plus nombreux que ceux qu'il fait ricaner. Pour rappeler encore la splendeur d'un genre qui a fait les lettres d'or d'Hollywood et en particulier de la MGM, voici une sélection des plus belles scènes de son histoire. On retrouvera beaucoup de titres célèbres issus du répertoire classique (mais parfois encore méconnus), ainsi que quelques incartades modernes que nous admirons. Après donc les gunfights, la danse, où comment créer une filiation. A vous désormais de nous faire partager ces moments en danse et chanson qui font palpiter votre cœur.
10. Hairspray d'Adam Shankman (2007)
Avec ce remake (sacrilège pour les uns, génial pour les autres) du Hairspray de John Waters, le chorégraphe et réalisateur Adam Shankman a prouvé qu'il connaissait ses classiques sur le bout des doigts. Sans se hisser au niveau de son génie, il a en effet tout compris à Stanley Donen. Sens du tempo incroyable, précision du cadre et du découpage, fluidité de la caméra et narration constante des scènes dansées enveloppant avec ampleur les acteurs, Shankman nous fait avec Hairspray une démonstration implacable de ses talents. Parmi les meilleurs morceaux du film, on a une préférence pour Without Love. Alors certes, il y a Zach Efron, mais il faut bien avouer qu'ici, il est à sa place, et plutôt bon.
9. Traquenard (Party Girl) de Nicholas Ray (1958)
Petite tricherie : Traquenard de Nicholas Ray n'est pas une comédie musicale. Mais on y retrouve en star la belle, l'unique, la divine, Cyd Charisse, princesse du musical qu'on ne cesse de pleurer. Dans une scène de danse à tomber par terre, le réalisateur de La Fureur de vivre filme avec une classe folle notre égérie : ses jambes interminables, sa grâce cosmique, tout ça sous l'œil de Robert Taylor. Un morceau inoubliable qui valait bien un léger détour pour en faire la démonstration.
8. Rent de Chris Columbus (2005)
Personne n'a vu Rent de Chris Columbus, l'adaptation du célèbre musical de Broadway écrit par Jonathan Larson. Le film n'ayant pour l'essentiel que provoqué moqueries ou ricanements. C'est dommage, non seulement Columbus signe ici son chef d'œuvre (c'était pas difficile vu sa filmo), mais surtout une relecture filmique d'une puissance dévastatrice. Cette histoire sur un groupe d'amis à la fin des 80's, en pleine années Sida, est l'une des plus généreuse et démocratique jamais conçue. Columbus lui donne une dimension lyrique n'ayant d'égale que sa conscience exacte des enjeux soulevés par Larson, et une mise en scène au diapason. Le casting original reprend ici du service, accompagné de Rosario Dawson, qui révèle des talents de chanteuse insoupçonnés. Pour illustrer, on a choisi le final, qu'on ne peut revoir sans verser une larme. Sublime.
7. Le Pirate (The Pirate) de Vincente Minnelli (1948)
Là on rentre dans le vif du sujet. Dernier film entre Vincente Minnelli et son épouse d'alors, Judy Garland, Le Pirate est aussi l'une des plus grandes réussites du musical et de son auteur. Si on a beaucoup parlé du rêve pour expliquer son cinéma, on lui préfère, nuance, le fantasme. Ainsi, ici, c'est en voulant être la projection fantasmagorique du désir de Judy Garland que Gene Kelly devient Macoco le pirate (alors qu'il n'est qu'un acteur au départ). L'illusion ne s'oppose pas à la réalité, elles communiquent voire cohabitent chez Minnelli. Peut-être même tout ceci est aussi une question d'hypnose (comme dans Melinda), tel que le prouve cette scène inoubliable où Judy Garland, en transe, chante son pirate tant désiré, sous l'œil décontenancé de Gene Kelly. Un des derniers grands rôles de la star du Magicien d'Oz.
6. Les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (1967)
Jacques Demy, adoré des uns, détesté des autres, le génie de la comédie musicale française ne fait généralement pas l'unanimité. Pourtant Les demoiselles de Rochefort demeure l'un des chefs-d'œuvre du cinéma français. Tourné alors que le musical hollywoodien était quasiment mort, le film ressuscite, à sa manière et avec un talent de chaque plan, la splendeur en déclin de ce cinéma qu'il a tant aimé. Une œuvre riche, généreuse, colorée, vivante et non sans nuances à la noirceur définitive. Avec Les demoiselles, Demy amène un bout d'Hollywood en France. Quand il tournera plus tard Model Shop à Los Angeles, ce sera l'inverse, il apportera le cinéma européen sur les terres américaines. Pour illustrer, nous avons choisi l'une des scènes les plus virtuoses en terme de composition et de rythme.
5. Drôle de frimousse (Funny Face) de Stanley Donen (1957)
Il y a deux génies du musical hollywoodien, Minnelli et Stanley Donen. Inévitablement, cette liste leur est beaucoup consacrée. Premier film de cette sélection, Drôle de frimousse avec Fred Astaire et notre éternelle âme sœur Audrey Hepburn. Bien que formée à la danse, l'actrice ne s'est jamais vraiment illustrée dans la comédie musicale au cinéma, en dépit du succès monstre de My Fair Lady. Ici chez Donen pour la première fois, elle nous montre pourtant l'étendu de ses talents. Notamment dans cette scène où sous les yeux ébahis de Fred Astaire, dans un cabaret, elle exécute une danse à la fois pleine de grâce, drôle et sexy. Comme à son habitude, Donen maîtrise admirablement l'espace, sa caméra mettant en valeur chaque mouvement sans jamais trahir les personnages et ce qu'ils expriment par la danse.
4. Le chant du Missouri (Meet Me in St. Louis) de Vincente Minnelli (1944)
Premier film de la collaboration entre Minnelli et Judy Garland, Le Chant du Missouri est une œuvre nostalgique qui servira plus ou moins de bréviaire thématique et esthétique au cinéaste. C'est aussi le premier grand musical de Minnelli, où il développe déjà une maîtrise de la mise en scène révolutionnant les canons du genre, alors très figés quand ils ne partaient pas dans des numéros décontextualisés du récit à la Bubsy Berkley. L'auteur intègre donc le chant et la danse à la narration, ceux-ci participant à l'évolution de l'intrigue. Il supervise aussi absolument tout, du moindre décor au costume, avec une rigueur implacable. Parmi les plus beaux numéros du film, la scène célèbre où Judy Garland est à bord d'un tramway. Plutôt qu'un long discours, les images parlent d'elles-mêmes.
3. Chantons sous la pluie (Singin' in the Rain) de Stanley Donen et Gene Kelly (1952)
Quand on pense comédie musicale, spontanément on pense à Chantons sous la pluie. Le film mythique de Donen et Gene Kelly, produit par l'irremplaçable Arthur Freed et écrit par le tandem star du musical, Betty Comden et Adolph Green, demeure l'œuvre emblématique du genre. Il est aussi, déjà, un film crépusculaire où Hollywood et son histoire sont au centre de l'intrigue. Mais pas de nostalgie ou réelle mélancolie pour autant, Chantons sous la pluie est plutôt une cristallisation du génie hollywoodien, tout y est réunit pour atteindre l'acmé du genre. Tous les numéros sont donc parfaits, les chorégraphies d'une précision et d'une inventivité à tomber par terre. Puisqu'il fallait choisir pour illustrer, on a pris Make them laugh où Donald O'Connor revisite le burlesque par la danse. Le génie de Donen et Kelly se manifeste ici à l'état pur dans cette reconfiguration des objets, de l'espace et du corps.
2. Tous en scène (The Band Wagon) de Vincente Minnelli (1953)
Quand Fred Astaire tourne Tous en scène, sa carrière déjà bien avancée décline. Betty Comden et Adolph Green, à nouveau au scénario de cette production Arthur Freed pour la MGM (d'où sont sortis les plus belles comédies musicale), en sont conscient. Ils lui créent donc un rôle sur mesure de star sur le retour, embarquée par deux scénaristes amis dans une production prenant des détours cocasses et amers avant de finir par une grande éloge du musical tel qu'Hollywood l'a connu encore il y a peu. Avec ce film critique, franchement moqueur (le mauvais rôle étant attribué à un metteur en scène prétentieux s'accaparant le projet des scénaristes pour en faire une relecture boursouflée de Faust), Minnelli et la Freed Unit règlent leurs comptes. Ils veulent que le genre survive et déclament leur amour. Le plus beau numéro sera celui où Fred Astaire danse dans une kermesse. Vertigineux.
1. Beau fixe sur New York (It's Always Fair Weather) de Stanley Donen et Gene Kelly (1955)
On pourrait presque considérer Beau fixe sur New York comme la dernière comédie musicale de l'âge d'or hollywoodien. Deux ans après Tous en scène, la Freed Unit semble mettre un point final teinté d'amertume au cinéma qu'ils ont tant aimé voir et faire. Ce qui est aussi toute une conception du monde. Le génie de Donen et Kelly, dont c'est la dernière collaboration, s'exerce pour le coup comme un geste ultime. Jamais les chorégraphies n'ont été aussi inventives ; jamais cette sortie du confinement des studios que l'on doit beaucoup à Donen, n'a manifesté autant sa nécessité ; jamais le cinéaste n'a aussi bien maîtrisé sa caméra cadrant chaque plan, mouvement, danseur et geste, avec grâce, style, aisance, conscience des enjeux narratifs, reconfiguration des objets ou de l'espace. Parmi les numéros d'anthologie du film, celui avec les couvercles de poubelles (hélas n'étant pas disponible, on a sélectionné celui où Kelly fait des claquettes avec des rollers, très bien aussi). Une mécanique parfaite, grandiose. Un adieu sublime et fixé pour l'éternité, donc immortel.
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La scène des couvercles de poubelles dans It's Always Fair Weather est bien disponible sur youtube : http://www.youtube.com/watch?v=D1InfoCfipM
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