
Minimaliste et graphique, l'art de Bass est celui de l'épure. Ses affiches à la typographie fragmentée reposent le plus souvent sur une idée maîtresse, compactant tout le film en un logo : Vertigo devient une spirale vertigineuse, L'homme au bras d'or se résume à un bras géométrique, Anatomy of murder à un corps disloqué. Aux stars se substituent le concept, avec Bass on frôle l'abstraction.
L'affiche de The Informant, de Steven Soderbergh reprend à son compte la patte si reconnaissable de Bass, comme récemment le poster du dernier Coen (Burn After Reading). La star Matt Damon est ici réduite au maximum, visuellement compressée, au profit de son double graphique : une ombre géante et cartoonesque découpée sur un fond blanc, dans lequel s'incrit en lettres "saulbassiennes" (typo brisée) le titre du film. L'effet comique, basé sur un décalage corps/ombre (évoquant Lucky Luke), en dit plus long sur le personnage qu'une longue bande annonce, rendant la tagline superflue. "Le design c'est la pensée rendue visible", disait Saul Bass. Bel hommage !
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