

Et puisqu'on est entre gens décomplexés, parlons peu, parlons chiffres : pas moins de 11 affiches côté Jeunet, contre plus d'une douzaine côté Moix. Micmacs la joue humble et démocratique : chaque personnage a droit à son morceau de papier collé au mur. Si la star Boon se réserve le poster officiel (rapport au succès historique des Ch'tis) et les comiques Julie Ferrier/Omar Sy les meilleurs emplacements dans le métro, les outsiders Michel Cremades et Marie-Julie Baup peuvent quand même se targuer d'avoir une affiche de même taille que les autres, à leur nom (peu vendeur) et sans faute d'orthographe.
Avec sa campagne de teasing massive lancée dès août (12 affiches pastichant Scarface, Jurassic Park, Trainspotting, E.T. l'Extraterrestre, etc.) Cineman n'a pas non plus mégoté sur le battage marketing : la face peinturlurée en Tarzan (poster officiel) de son unique star Frank Dubosc tapisse actuellement les 3/4 des panneaux publicitaires français, assortie d'une tagline très peu drôle.
Mais puisqu'on est entre artistes, parlons (aussi un peu) Beau : les deux affiches échouent sur ce créneau (kitsch du pastiche chez Moix, teintes pipi caca d'oie chez Jeunet) Pas grave : le succès des deux films ne se joue pas (uniquement) là. Ce qu'il faut pour attirer le péquin, c'est caresser l'inconscient collectif dans le bon sens du poil. Lui rappeller des bons souvenirs. Ne jamais le brusquer. L'amener là où il se sent le mieux : en TERRAIN CONNU.
Pour Jeunet, c'est facile : Boon (plus de 20 millions de fans avec les Ch'tis) + esthétique brocanteur d'Amélie Poulain (plus de 9 millions d'entrées, sans compter les DVD et son rayonnement touristique dans le quartier de Montmartre) = gros potentiel en euros.
Cinéman y va plus franco dans le "no risky business", revisitant (après les poses de Claude François dans Podium) l'imagerie de grands classiques du 7e art avec l'acteur bankable de Camping (et bientôt Camping 2) : mimé par Dubosc (à défaut de Benoit Poelvoorde, embrouillé avec Moix) sur l'une des affiches officielles, la star du muet Harold Loyd doit se retourner dans sa tombe. "Quand les petits s'attaquent aux grands...", commente (involontairement), la tagline un poil démago du Jeunet, soudain caustique.
Les affiches ont parlé, place au cinéma box-office !
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Non mais! D'abord, t'as pas compris l'affiche de Micmacs! C'est du marketart, avec toute une symbolique derrière: le grand, le majestueux, Danny Boon (1m80, pour le ciné, c'est limite) apparait comme un messie (cf le halo de lumière doré, comme au temps des enluminures pieuses) et Il double en trombe la modernité en faisant machine arrière. Citroen Traction, air hébété, passif: l'homme post-industriel et moraliste qu'est Jeunet nous croque avec nostalgie un adonis raté comme l'hirondelle du retour à la tradition et aux valeurs d'antan.
Et il n'est pas innocent le pubard qui a choisi une salopette couleur marron devant (jaune derrière? histoire de tout bien faire à l'envers?) pour atténuer le contraste de la tenace tâche de merde qui colle depuis quelques temps au cul ce Boon ami des français. Stéréotypage maniaco-compulsif des communautés, ringardisation stupide du vingtième siècle, le cinéma de Jeunet, par la voix de son prophète Danny (Tahar Rahim aurait refusé le rôle), est un précurseur - que dis-je :un guide! - pour la société, l'humour et l'art.
Si l'affiche, qui suinte la fausse humilité et la précarité triomphante, estompe la sensation qu'aller voir MicMacs à Tire-Larigots, c'est payer le droit de devenir plus con en rendant Boon plus riche (tout en invitant les autres à nous imiter: cf les 20 grégaires millions d'entrées pour Les Ch'tis - toujours consanguins?), elle ne parvient pas à dissoudre les effluves fécales et puissamment odorifères qui émanent de l'entreprise.
Micro
Cinéman semble d'une médiocrité bien fade en comparaison, c'est pourquoi je n'irai pas le voir.
Pas assez informatif... De Slick Rick, posté le 29.10.09 à 11:44