
La
Quinzaine des réalisateurs n’est pas une habituée des films d’animation. En choisir un pour ouvrir cette nouvelle édition est donc en soi une option audacieuse. Si, en plus, le film ne s’adresse qu’à un public averti, ce n’est plus de l’audace mais la preuve d’une assurance certaine. Par ce choix, on sent la revendication d’un cinéma ouvert, prenant des risques, plutôt qu’assoupi sur des certitudes. Avec
Princesse, l’option est affirmée haut, fort et de belle manière. Premier long métrage du danois
Anders Morgenthaler, il mélange animation traditionnelle, images 3D, vidéo et prises de vue réelles. Cette rencontre pourrait se suffire à elle-même, tant elle est ici maîtrisée de bout en bout.
Elle est s’organise néanmoins autour d’un récit qui en renforce l’intensité : après la mort de sa mère, la petite Christina est récupéré par son oncle ; cet ancien prêtre est révolté de voir l’image de sa sœur souillée par ceux qui en ont fait une reine du porno ; il décide alors de venger sa mémoire et entraîne sa nièce dans une campagne explosive et sanglante. A priori, l’intrigue ressemble à du mauvais manga, mais face à l’écran, on change vite d’avis. Loin du second degré ou de la complaisance, Princess cherche au contraire à donner une dignité à ses personnages. Cette volonté organise le mélange des formes. Aux images du passé, la vidéo. Au présent, fait de duretés concrètes et d’envolées oniriques, l’animation. A la conclusion, l’enregistrement sur pellicule.
L’animation exacerbe les événements et les émotions pour mieux donner vie à ces condamnés à mort. Elle galvanise une réalité morbide et désespérée. Associée à des vidéos figées dans le glauque et le sexuel, périmées avant même d’être consommées, elle chemine vers une fin discutable mais nécessaire. Etrangement conventionnelle, cette conclusion est marquée par l’irruption de la prise de vue réelle, de l’incarnation. Et ce retour à la chair, cohérent, conclue un film voué à la confrontation des représentations. Les personnages prennent alors littéralement vie. Et montrent qu’ils ne sont qu’humains, trop humains.
Princess d'Anders Morgenthaler
Film d'animation danois Durée : 1h30, 2006