
Au Festival, certaines séances se transforment parfois en pièces de vaudeville. Les fauteuils claquent, les portes s’ouvrent puis se ferment. On entre, un peu, on sort, beaucoup. La projection se vide, ponctuée parfois de rires intempestifs ou de rappels au silence émis par les spectateurs les plus studieux. Tout cela confère au film une présence qu’il aurait bien du mal à avoir dans d’autres circonstances.
Honor de Cavalleria a bénéficié, si on peut dire, de ces conditions. Le film a tout du film pseudo-conceptuel et soporifique.
Il s’agit d’une adaptation du
Don Quichotte de Cervantes, tourné en 17 jours avec deux acteurs non professionnels, et qui ressemble fort à du Guiraudie à la sauce espagnole (les connaisseurs apprécieront). Sancho et son maître marchent dans la campagne boisée, coupent des hautes herbes, roupillent. Le chevalier de pacotille passe son temps à tenir des propos d’une importance capitale (du genre « Sancho, tu dors ? ») et se baigne en disant qu’il ne sait pas nager.
L’humour des répliques, sans doute bien involontaire, n’a pas empêché la salle de se vider de moitié. Le public encore présent, mi endormi, mi tordu de rire, a tenu bon jusqu’au bout. Peut-être est-il resté par compassion pour ce pauvre Sancho, mutique et impuissant face au déballage sans consistance du Cavalier. A moins qu’il ne se soit reconnu en lui, tel un miroir de sa propre condition de spectateur qui n’en peut mais face à une telle indigence. La similitude est si frappante que je soupçonnerai presque le réalisateur de l’avoir fait exprès. Comme quoi, un film qui n’exprime rien et ne montre rien (on a même eu droit à une scène nocturne, avec une image si obscurcie qu’elle a été applaudie) peut aussi avoir sa chance. C’est aussi ça la magie de Cannes.
Honor de Cavalleria (L’Honneur d’un cavalier) - Un film de Albert SerraEspagne, 2006, 1h50 - Quinzaine des réalisateurs
http://blog.technart.fr/2007/06/18/honor-de-cavalleria-de-albert-serra/