Présenté dans la séance dite « très spéciale » de la Semaine de la critique, ce film grec n’a pas trahi ce qualificatif. Il est si particulier qu’il a réussi à vider la grande salle du Miramar (où sont projetés les films de la Semaine, à deux pas de la Croisette) d’un bon tiers de ses spectateurs. Il faut dire que l’expérience est rude, et par là reconnaître du mérite – ou du masochisme – à ceux qui sont restés jusqu’au bout de l’épreuve (soit dit en passant, j’étais de ceux là). Pendant toute la durée du film, ça hurle, ça insulte, ça frappe. Pas une phrase qui ne se termine par connard, salaud, putain ou je ne sais quel autre nom fleuri. Pas une scène où on ne se tape dessus, où une caresse ne se transforme en coup de poing. Pas un moment de répit. Ah si, juste à la fin, quand pourrait enfin advenir une vague preuve d’amour, ou au moins de tendresse ; mais la scène se termine par un crâne fracassé sur un tableau de bord. On peut comprendre que le réalisateur ait voulu faire passer sa colère. On peut également accepter que Takis, ouvrier dans une fabrique de lustre, ait des envies de meurtres après avoir été violenté, méprisé, annihilé par sa femme, sa famille, ses collègues, son patron, sans prononcer un seul mot ou faire acte de résistance, à une ou deux exceptions près. On peut même adhérer, à l’extrême, à cette vision d’une humanité réduite à sa plus simple expression, où l’autre n’est qu’un intrus, un corps étranger qu’il faut bien se coltiner envers et contre tout, où l’amour se résume à quelques sodomies dans un garage. Mais il est difficilement acceptable qu’un homme cherche à imposer cette misanthropie durant deux heures. Reconnaissons lui néanmoins un certaine gloire : celui d’avoir choisi une voie et de ne pas l’avoir quittée un seul instant. Ce qui ne nous empêchera pas de nous promener ailleurs pour voir si on y trouve encore un peu d’affection.
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