Le vent a laissé place à la grisaille, mais pour ceux qui vont de salle en salle, c’est du pareil au même. A Cannes, on n’est pas vraiment là pour bronzer, sinon sous les spotlights des soirées ou les lumières des projecteurs. Et puis pourquoi mettre un nez dehors quand on peut voyager au loin tout en restant dans son fauteuil ? C’est ce que la sélection officielle vient nous rappeler à point nommer : Du Babel de Alejandro Gonzales Inarritu, qui navigue entre le Maroc, les Etats Unis et le Japon, au Flandres de Bruno Dumont (illus.), qui plonge un agriculteur belge dans un conflit armé situé en une lointaine contrée, l’ailleurs est au rendez-vous. Pendant ce temps, à deux pas de là, hors compétition, on ira du côté du Bamako de Abderrahmane Sissako (très beau) et on explorera la mémoire de la déportation grâce à Volevo solo vivere (Mimmo Calopresti, un doc élaboré à partir des archives de la Fondation Spielberg). Et si avec Zidane, un portrait du XXième siècle, on pense ne pas être dépaysé, on risque d’avoir tort. Filmer uniquement la star du foot pendant l’intégralité d’un match et en restituer l’expérience sur grand écran ; autrement dit surprendre avec du déjà vu : le cinéma, ça sert aussi à ça. Ce que n’oublie pas Un certain regard où le roumain Mitelscu nous dira « Comment j’ai fêté la fin du monde » et le tadjikistan Usmonov nous rappellera que Pour aller au ciel, il faut mourir (au cas où…). La Quinzaine ne sera pas en reste d’horizons originaux mais aussi et surtout d’expériences humaines fortes : des familles australiennes de Jindabyne (le retour de Ray Lawrence après Lantana) aux réseaux européens de prostitution dans Transe, en passant par l’immeuble labyrinthique de Fantasma, on essaiera de se perdre sans retenue. Avant de s’enfoncer dans la nuit d’Acapulco, dans Drama/Mex à la Semaine de la critique.
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