
La Corée du sud a
une cinématographie très vivante. Ces dernières années, elle a présenté plusieurs films au
Festival de Cannes, en particulier en
compétition officielle (
Old Boy illus.,
Ivre de femmes et de peinture). Cette année, seul
The Host, à la
Quinzaine des réalisateurs, représente cette industrie florissante. Elle n’en a pas moins fait parler d’elle au milieu des festivités, avec une certaine virulence. La raison en est la menace que font peser des accords commerciaux en passe d’être signés entre la Corée du sud et les Etats Unis. Ils risquent de déboucher sur la remise en cause du système des quotas écrans qui, depuis plus de dix ans, permet au cinéma coréen de résister à l’hégémonie nord-américaine.
Créé par une loi de 1966 qui n’est réellement appliquée que depuis 1993, ces quotas imposent aux exploitants la projection obligatoire de 6 films coréens pendant 146 jours (à l’origine, 90 jours). En 2003, dans le cadre d’accords bilatéraux entre la Corée et les Etats Unis, ils ont été remis en cause. Même LEE Chang-dong, cinéaste de talent (
Oasis,
Peppermint candy) mais aussi ministre de la culture, y alla de sa ritournelle, en juin 2004 : « il est temps de reconsidérer la mesure de réduction des quotas écrans pour l’avenir de l’industrie coréenne du cinéma ».
En janvier 2006, le débat est relancé par l’acceptation par le gouvernement des pré-conditions imposées par les Etats Unis à tout futur accord commercial. En février, les cinéastes commencent à organiser des manifestations quotidiennes pour appeler à la conservation des quotas. Le 6 mars débute une grève sous tente dont la fin est prévue pour juillet 2006. Malgré cela, le 7 mars, un conseil ministériel abaisse les quotas à 76 jours par an. La résistance néanmoins continue. Elle est relayée par un collectif de 45 associations,
l’Alliance Coréenne d’Action pour les Quotas Ecrans, qui a reçu le soutien, entre autres, de Martin Scorsese et Tsai Ming Liang. Comme quoi, l’exception culturelle n’est pas l’apanage des seuls Français.